*** JEAN-MARC SOREL: La lutte contre le financement du terrorisme: perspective transatlantique / The Fight against Terrorist Financing: A transatlantic perspective. Éditions Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 43540597 - fax: 46340760 - Courriel: editions-pedone@wanadoo.fr). Collection « Cahiers internationaux » du Centre d'étude et de recherche en droit international de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, n° 21. 2009, 213 p., 26 €. ISBN 978-2-233-00579-3.
Le Parlement européen a-t-il le regard fixé vers Genève là où les exécutifs - le Conseil des ministres, la Commission - sont attirés par New York ? La question peut paraître bizarre, et peut-être l'est-elle même un peu tant il est vrai que le vote parlementaire qui a clos provisoirement le dossier Swift a des causes diverses. Il va de soi que l'institution parlementaire a voulu, par ce vote, marquer le coup et baliser symboliquement le terrain en signifiant au Conseil des ministres - et, accessoirement, à la Commission - qu'il aurait, à l'avenir, à manifester moins d'arrogance, le Traité de Lisbonne imposant que les décisions soient dorénavant le fait, dans l'Union, tant des représentants des États membres que de ceux des citoyens européens. Pour autant, ce vote est aussi illustratif de sensibilités différentes qui s'expriment sur la question de la lutte contre le terrorisme ou, plutôt, sur les moyens qu'il est permis de mettre en œuvre à cette fin dans des États de droit. Dans cet ouvrage juridique a priori austère qui rend compte d'un colloque universitaire consacré à la lutte contre le financement du terrorisme, cette tension entre les impératifs sécuritaires et la nécessité… impérative de respecter les droits fondamentaux est mise en lumière de manière édifiante.
Les feux sont braqués, dans une première partie du livre, sur les actions qui ont été menées au cours des dernières années au plan international en vue de contrecarrer le financement du terrorisme. Les contributions des Nations Unies, de son Office contre la drogue et le crime, des institutions financières internationales et des différentes organisations européennes (Union européenne, Conseil de l'Europe), ainsi que celles propres à la France et aux États-Unis, sont passées en revue de manière détaillée, les contributions ne pouvant toutefois prétendre à l'exhaustivité tant il est vrai que, entre autres, ce terrain est particulièrement mouvant, chaque mois étant susceptible d'apporter son lot d'évolutions réservées aux initiés dans un premier temps. Ces pages offrent, en l'occurrence, un « instantané » de l'éventail complexe d'organes et de moyens mobilisés dans ce combat. Mais voilà, celui-ci présente aussi, ainsi que l'indique Jean-Marc Sorel dans son avant-propos, « tous les risques d'un danger élevé en syndrome permanent au-delà duquel aucune garantie ne serait plus possible ». Du coup, la deuxième partie est consacrée « à la récurrente mais ô combien importante question du respect de l'état de droit dans le contexte de cette lutte », avec des contributions de nature à intéresser un public plus large même si la doctrine est un genre littéraire que prisent surtout les juristes. Certains parmi ceux-ci manient fort heureusement la plume avec élégance, tel Olivier de Frouville pour qui partir à la recherche des mesures qui ont été prises par les Nations Unies « pour essayer de concilier la lutte contre le terrorisme et le respect des droits de l'Homme, c'est un peu partir à la recherche du temps perdu », tant il est vrai qu'elles ont été dix années durant « obsédées par la sécurité ». Du moins à New York où, si l'ONU « pense le monde en termes de paix et de sécurité », le deuxième terme de l'expression a eu tendance, après le 11 septembre 2001, à acquérir « une certaine autonomie, venant ainsi déformer l'idée de départ ». Heureusement, explique, méthodiquement, ce professeur à l'Université de Montpellier I, les instances onusiennes de Genève ont fait de la résistance avec de plus en plus de force, veillant à ce que les personnes soupçonnées de financer le terrorisme ne soient pas à la merci d'une « justice » discrétionnaire et rappelant sans cesse cette évidence: « La lutte contre le terrorisme, c'est les droits de l'Homme, la sécurité, c'est la paix ! » Du coup, New York s'est vu contraint, à contrecœur et en traînant les pieds, d'infléchir tant soit peu le cap, même si des dérives subsistent. Du coup, conclut l'auteur, « il faut espérer que le temps qu'il reste (…) à perdre, avant que New York ne rejoigne enfin Genève, ne soit pas celui de la dérive des continents ».
À ceux qui seraient tentés de penser - et ils sont nombreux, hélas - que toutes les armes sont bonnes pour combattre l'hydre terroriste, le Pr. Symeon Karagiannis (Université de Strasbourg) rappelle aussi que, « tout comme en droit de la guerre, les États n'ont pas un droit illimité quant au choix des moyens de nuire à l'ennemi ». Que « le citoyen cède devant l'homme paniqué dans la même proportion que la protection des libertés publiques recule devant l'utopie de pouvoir les défendre en les réduisant », n'est-il pas, en réalité, la victoire posthume du terroriste: « Une éclipse, même provisoire, de ce qui fait la démocratie n'est-il pas un début de triomphe pour quelqu'un qui tente de provoquer son éclipse définitive ? » Sous cet angle, le vote du Parlement européen, quelles que soient ses motivations institutionnelles propres à l'Union, a aussi et surtout (ainsi que le combat mené par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui est mis en lumière par le Pr. Karagiannis dans le contexte des « listes noires » du Conseil de sécurité) une portée civilisationnelle. Pour le Conseil qui a tendance à plutôt lorgner vers New York - et Washington - que vers Genève, la leçon serait, dans ce cas, double… Et doublement cuisante !
Michel Theys
*** MARIO TELÒ: International Relations. A European Perspective. Ashgate Publishing Ltd (Wey Court East, Union Road, Farham, Surrey, GU9 7PT, UK. Internet: http://www.ashgate.com ). 2009, 224 p.. ISBN 978-0-7546-7815-1.
Version anglaise et enrichie d'un ouvrage paru initialement en français (voir Bibliothèque européenne n° 776 du 29 avril 2008), ce livre constitue un apport majeur à la réflexion scientifique sur les relations internationales. Réalisme, institutionnalisme, constructivisme: dans un premier temps, l'auteur, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles, s'emploie à décortiquer l'évolution de la théorie des relations internationales et à en éclairer les différents courants de pensée qu'il analyse de manière critique tour à tour. Son propos est surtout de déterminer ensuite s'il existe oui ou non une perspective européenne - et, partant, un apport de l'Union - en relations internationales. Sans aucunement céder à la tentation de l'eurocentrisme, il revient sur le contexte mondial post-guerre froide qui a favorisé la création de la première Communauté, sur la tension entre globalisation et néo-régionalisme (qu'il considère comme multidimensionnel, par opposition au régionalisme, uniquement économique et par là-même lié directement à la globalisation), sur la dynamique interne et externe de la régionalisation, sur la notion de soft power ou encore sur l'impact de la construction européenne en matière de souveraineté (à travers la lutte entre intergouvernementalistes et fédéralistes). Quid, justement, de l'Union ? Premièrement, d'après l'auteur, elle « n'est pas le modèle incontournable », mais elle constitue néanmoins « une référence pour les autres associations régionales » et promeut le régionalisme dans le monde, le dirigeant vers une « multilevel global governance ». En conclusion, le Pr. Telò soutient que « soixante ans de construction européenne constituent une période suffisante pour autoriser des hypothèses théoriques allant au-delà de notre vieux continent et affectant la gouvernance globale ».
(MT)
*** CHRISTIAN FRANCK, JEAN-CHRISTOPHE DEFRAIGNE, VIRGINIE DE MORIAME (sous la dir. de): L'Union européenne et la montée du régionalisme: exemplarité et partenariats / The European Union and the Rise of Regionalism: Source of Inspiration and Active Promoter. XIII Chaire AGC d'études européennes. Éditions Academia-Bruylant (29 Grand Place, B-1348 Louvain-la-Neuve. Internet: http://www.academia-bruylant.be ). Collection « Études européennes Louvain », n° 3. 2009, 316 p., 35 €. ISBN 978-2-87209-929-0.
Contenant des contributions écrites en français ou en anglais, cet ouvrage rend fidèlement compte d'un cycle de conférences que la Chaire AGC de l'Institut d'études européennes de l'Université catholique de Louvain a consacré à l'Union européenne en tant que modèle et partenaire des intégrations régionales qui se multiplient et se développent ailleurs dans le monde. Dans un premier temps, les auteurs s'intéressent aux fondements du régionalisme, tant au regard du GATT que dans la perspective d'une gouvernance mondiale. Cette première partie s'ouvre notamment sur un tour d'horizon tant des partenariats stratégiques avec les principaux acteurs du système mondial multipolaire que des partenariats interrégionaux auxquels l'Union est partie, cette mise en perspective générale étant l'œuvre d'un orfèvre en la matière puisque Eneko Landaburu était encore, à l'époque, le directeur général des Relations extérieures de la Commission. On y retrouve aussi, notamment, la signature du Pr. Telò qui soutient que l'Union, étant elle-même une forme de multilatéralisme approfondi, doit contribuer au développement d'enceintes multilatérales qui « institutionnalisent » les relations internationales. Les trois autres parties du livre décrivent par différents biais et sous différents angles tant le développement des groupements régionaux en Afrique, en Amérique latine et en Asie que les relations nouées par l'Europe des Vingt-sept avec ceux-ci. Le tout compose un ouvrage très riche et complet qui permettra à tout un chacun de saisir l'image du monde multipolaire qui émerge progressivement.
(MT)
*** BERIT BLIESEMANN DE GUEVARA: Staatlichkeit in Zeiten des Statebuilding: Intervention und Herrschaft in Bosnien und Herzegowina. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection « Strategische Kultur Europas », n° 6. 2009, 308 p., 48,40 €. ISBN 978-3-631-58966-3
Le thème de la souveraineté, élément central de cet ouvrage et de la science politique en général, peut être analysé par le biais de différentes disciplines. L'auteur de ce livre l'appréhende à la fois par la pensée politique, l'histoire ou encore les relations internationales en prenant comme sujet spécifique d'étude le cas de la Bosnie-Herzégovine. Il analyse la manière dont la souveraineté s'y exerce au moment même où l'État se construit. Le financement, l'autorité et la légitimité du pouvoir sont trois angles abordés en profondeur.
(JD)
*** CHRISTIAN BÜRGER: Türkey ante portas - Der Beitritt der Türkey zur Europaïschen Union. Implikationen für die Außen -, Sicherheits- und Verteidigungspolitik der EU. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). 2009, 149 p., 23,20 €. ISBN 978-3-631-58961-8.
Le lancement des négociations d'adhésion entre l'Union et la Turquie a déjà fait couler beaucoup d'encre. Avec la perspective d'un élargissement à la Turquie, le débat sur l'identité ou les frontières ultimes de l'Europe s'est avivé jusque dans les cercles dirigeants de certains États membres. Cependant, l'éventuelle entrée de la Turquie ne constituerait pas seulement un défi culturel ou identitaire. Ainsi, l'auteur de ce livre s'emploie à déterminer quelles seraient les implications d'une adhésion d'Ankara sur la Politique extérieure et de défense de l'Union. Les deux premières parties de l'ouvrage sont d'ordre descriptif: la première présente les cultures politiques propres à l'Union et à la Turquie, alors que la deuxième explique les effets que l'intégration de la Turquie aurait sur le processus décisionnel européen. Les deux parties suivantes constituent le cœur de l'analyse de Christian Bürger. Les relations que l'Union entretient avec l'Otan et les États-Unis sont ainsi analysées par l'auteur, avant que celui-ci ne s'attarde sur certains pays et régions voisines de la Turquie, qu'il s'agisse de Chypre, du Proche et du Moyen-Orient ou du Caucase.
(JD)
*** ARIANE WEWERS: Die Pflicht der EU-Partner zur Koordinierung in internationalen Organisationen und auf internationalen Konferenz (Art. 19 EUV). Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Dresdner Schriften zu Recht und Politik der Vereinten Nationen ». 2009, 370 p., 52,80 €. ISBN 978-3-631-57311-2.
L'Union s'est donné les moyens de présenter une position commune devant les organisations et lors des conférences internationales. Cet ouvrage reprend le thème de la coordination des États membres dans les dimensions de la politique étrangère, en prenant l'exemple des Nations Unies. Après un chapitre introductif, l'auteur rappelle, dans un premier temps, l'histoire de la coordination entre les États membres depuis le Traité de Nice et donne des exemples de coordination systématique, avant de présenter les modalités juridiques d'une telle coordination. Ariane Wewers analyse ensuite de manière détaillée la coordination au sein des Nations Unies, avant de s'attaquer à la problématique du grand élargissement et aux implications qui auraient pu être apportées par le Traité constitutionnel et qui le sont en définitive par le Traité de Lisbonne.
(JD)
*** MATTHIAS BADENHOP: Globaler Ölmarkt und die Außenpolitik der Vereinigten Staaten von Amerika, Implikationen und Interdependenzen. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 308 p., 44,70 €. ISBN 978-3-631-59048-5.
L'accès aux ressources naturelles a toujours été un enjeu considérable pour les États, et le pétrole ne fait évidemment pas figure d'exception. Après les années 70, l'accès à cette ressource est même devenu primordial. Les États-Unis, qui en sont un très grand consommateur, ont dû changer leur politique étrangère afin d'assurer un approvisionnement suffisant. La situation a changé à nouveau au début des années 2000 avec l'émergence de nouveaux acteurs économiques, donc grands consommateurs de pétrole aussi, comme la Chine ou l'Inde. Cet ouvrage pluridisciplinaire de Matthias Badenhop se focalise essentiellement sur ce dernier développement et sur ses implications pour les États-Unis. L'aspect économique est présenté dans un premier temps, l'auteur y expliquant tour à tour les problématiques de l'offre et de la demande. La politique étrangère des États-Unis est analysée dans la seconde partie. Les conflits avec les pays producteurs y sont d'abord décrits, ainsi que leurs conséquences sur la politique américaine. Les troisième et dernière parties se concentrent sur les perspectives qui s'offrent au marché pétrolier pour les années à venir et sur les implications qu'elles sont susceptibles d'avoir sur la stratégie américaine.
(JD)