Bruxelles, 08/03/2010 (Agence Europe) - Les pays qui participent au processus de Bologne se heurtent encore à certaines difficultés en matière de modernisation de l'enseignement, dix ans après le lancement du modèle de réforme. Tel est le message délivré par le dernier rapport du réseau Eurydice, intitulé « Focus sur l'enseignement supérieur en EUROPE 2010: l'impact du processus de Bologne ». Les conclusions, fondées sur les données fournies par les quarante-six pays participant au processus, seront présentées lors de la conférence des ministres européens de l'Enseignement supérieur, qui se tiendra jeudi 11 mars à Budapest et vendredi 12 mars à Vienne. « Nous devons continuer à moderniser l'enseignement supérieur et à améliorer sa qualité tout en le rendant plus abordable pour les citoyens. La nouvelle stratégie EUROPE 2020 donnera un nouvel élan à notre démarche en ce sens, en mettant notamment l'accent sur les mesures qui visent à faire passer le nombre de diplômés de l'enseignement supérieur de moins d'un tiers à au moins 40 % de la population », a commenté Androulla Vassiliou, la commissaire européenne à l'Éducation, à la Culture, au Multilinguisme et à la Jeunesse. Mme Vassiliou sera présente à Budapest et à Vienne.
Même si la situation est contrastée d'un pays à l'autre, les gouvernements n'ont pas procédé à des coupes sombres dans le budget consacré à l'enseignement supérieur, ce qui montre bien qu'ils comptent sur l'éducation pour sortir de la crise. Tel est le message que l'on doit retenir de ce rapport, a souligné l'un des experts, David Crosier. Le rapport indique que le processus de Bologne a largement atteint ses objectifs, grâce à la volonté conjointe des pays participants. Le système d'études en trois cycles et les normes de qualité supérieures sont devenus la règle en Europe, bien que la reconnaissance des diplômes pose encore problème dans certains cas. Le rapport met en évidence la diversité des réactions face à la crise économique et conclut que, plus que jamais, il est vital que l'Europe se montre cohérente et investisse dans la modernisation de l'enseignement supérieur afin d'aider les citoyens à s'adapter à la nouvelle donne économique, démographique et sociale. Il précise qu'il est également nécessaire d'accélérer la mise en œuvre des mesures destinées à encourager les groupes socialement défavorisés et les apprenants adultes à participer à l'enseignement supérieur.
Plus précisément, le rapport dresse le bilan suivant: 1) Système d'études en trois cycles : le nouveau système en trois cycles (licence, master, doctorat) est bien implanté dans les quarante-six pays. Cependant, certaines professions particulièrement réglementées telles que la médecine et les filières apparentées restent soumises aux anciennes règles ; 2) Enseignement professionnel supérieur : l'inclusion de l'enseignement professionnel dans le processus de Bologne n'existe pas dans tous les pays. Plusieurs d'entre eux ne donnent d'ailleurs pas la même définition à « enseignement professionnel ». Certains pays (Danemark, Lettonie) ont toutefois intégré l'enseignement professionnel dans le processus de Bologne avec succès et font une référence explicite à ces programmes dans leur cadre national de certifications ; 3) Système européen de transfert d'unités de cours capitalisables (ECTS) et suppléments au diplôme : trente six pays ont mis en œuvre ces deux instruments qui ont largement contribué à ancrer les réformes nécessaires et qui ont facilité la compréhension mutuelle des systèmes nationaux d'enseignement supérieur ; 4) Cadre national de certifications: huit pays ont mis en place ce cadre destiné à rendre les certifications plus transparentes d'un pays à l'autre. Onze autres sont en bonne voie de finaliser le processus alors que les autres sont encore en phase préparatoire ; 5) Assurance-qualité : bien que pratiquement tous les pays participant au processus de Bologne aient mis en place l'une ou l'autre forme de système d'assurance qualité, on constate des différences dans la philosophie et l'approche qui sous-tendent ces systèmes. 5) Mobilité des étudiants : même si la mobilité est l'un des objectifs phares du processus de Bologne, celle-ci ne fait pas l'objet d'une réelle politique. Certains pays ont mis en place des mesures de soutien mais les disparités entre pays riches et moins riches font que la mobilité est loin d'être devenue une réalité ; 6) Dimension sociale et éducation tout au long de la vie dans l'enseignement supérieur: ces aspects sont traités de manière très différente d'un pays à l'autre. En matière d'égalité sociale, très peu d'entre eux ont fait en sorte que les étudiants issus de milieux défavorisés aient un accès plus aisé aux études supérieures. En ce qui concerne l'éducation tout au long de la vie, elle semble n'être qu'un « sujet périphérique » dans de nombreux pays. Peu d'investissements sont consentis en la matière ; 7) Impact de la crise économique : les pays ont réagi très différemment. Selon les données disponibles, cinq d'entre eux n'ont pas modifié leurs plans. Onze ont réduit les budgets alors que vingt-neuf ont, au contraire, augmenté les dépenses en la matière.
Le processus de Bologne a vu le jour en juin 1999 et marqué le coup d'envoi d'une série de réformes dont l'objectif était de rendre l'enseignement supérieur européen plus compatible, comparable, compétitif et attrayant. Il était principalement axé sur l'instauration d'un système d'études en trois cycles, l'assurance qualité et la reconnaissance des diplômes et des périodes d'études. (I.L.)