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Bulletin Quotidien Europe N° 10093
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques préliminaires sur la « Stratégie 2020 » de la Commission européenne

Éviter les malentendus. L'importance du document de la Commission européenne sur la « Stratégie 2020 » pour l'Union européenne est indiscutable. Tout le monde en parle, et elle sera au centre de la session des 25 et 26 mars du Conseil européen. Je considère quand même que ce document appelle quelques remarques préliminaires afin d'éviter des malentendus et des équivoques.

Ne pas confondre la « stratégie » et le traité. Ma première remarque est, je le reconnais, superficielle. Le nouveau document était attendu et souvent présenté comme la suite de la «stratégie de Lisbonne», et ceci pourrait susciter une certaine confusion dans les opinions publiques et même auprès de certains commentateurs. Le nom de la capitale portugaise est désormais lié au Traité de Lisbonne, et il le restera ; or, dans le langage courant, la définition de ce traité se réduit souvent au nom de la ville: on dit Lisbonne et on se réfère au traité. Mais le même terme est encore souvent utilisé aussi à propos de la « stratégie » ; il en résulte que celui qui entend « Lisbonne a été un échec » peut croire qu'on se réfère au Traité et non à la stratégie, dont souvent il ignore même l'existence ou il l'a totalement oubliée. Or, ce sont deux réalités radicalement différentes. Le Traité de Lisbonne réunit les éléments susceptibles de rétablir la confiance dans l'avenir de l'Europe, de rallumer les espoirs et l'optimisme et, pourquoi pas ?, l'enthousiasme. La stratégie de Lisbonne, par contre, a été globalement considérée comme un échec, malgré certains éléments positifs et le fait qu'elle a mis en route un mouvement utile. L'objectif le plus connu affiché par cette « stratégie » était de faire de l'Europe « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » ; cet objectif est aujourd'hui cité avec une certaine ironie, car l'échéance indiquée pour l'atteindre était l'année 2010 ; oui, celle-ci, qui va entrer bientôt dans son printemps. Et on sait combien l'Europe en est loin. Le président de la Commission lui-même, en présentant la nouvelle stratégie, a souligné le changement radical d'attitude: « Il ne s'agit plus de l'idée grandiose d'être le numéro un mondial, mais de sortir de la crise en préparant l'avenir, en fixant un nombre limité d'objectifs, alors que personne ne se souvient plus du nombre d'objectifs de la stratégie de Lisbonne… » Ma première remarque est donc purement sémantique: laissons de côté le mot Lisbonne, qui est désormais lié à la confiance dans l'avenir. D'ailleurs, la dénomination du nouveau document est « EUROPE 2020 - une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive ». Utilisons donc le terme « Stratégie 2020 » en réservant le terme Lisbonne au traité de l'espoir

Se méfier des objectifs chiffrés. La deuxième remarque concerne la signification et l'importance des objectifs chiffrés (voir notre bulletin n° 10090). Les échéances sont peut-être politiquement et psychologiquement utiles, voire indispensables pour mobiliser les volontés et pour offrir des points de référence; mais il est en même temps certain que l'échéance de 2020 ne sera pas respectée dans tous les cas. Je ne le dis pas dans un sens pessimiste ; il est possible que certains objectifs soient atteints plus rapidement que prévu, et les progrès ne seront pas uniformes d'un État membre à l'autre. Mais les media ont logiquement mis l'accent sur les cinq échéances qui ne seront sans doute pas toutes respectées: un emploi pour 75% de la population située entre 20 et 64 ans ; 3 % du produit intérieur brut de l'UE consacré à la recherche/développement ; respect de la triple réduction 20/20/20 en matière de climat ; abandon scolaire réduit à moins de 10% des enfants et diplôme d'enseignement supérieur pour au moins 40% des jeunes ; moins de 20% de la population totale menacée par la pauvreté. Le risque est évidemment qu'à l'échéance 2020, en constatant que ces objectifs ne sont pas tous atteints, on dénonce l'échec de l'Europe. Une bonne partie des objectifs chiffrés sont déjà atteints dans certains États membres ; comment obtenir que tous se les approprient en les transformant en objectifs nationaux ? Et qu'il soit en même temps reconnu que la nouvelle stratégie ne sera efficace que si elle est vraiment européenne, et non facultative pays par pays comme l'ancienne « stratégie de Lisbonne » ?

La Commission a très sagement mis l'accent surtout sur le contenu des politiques à suivre, davantage que sur les échéances, en insistant sur l'exigence de mettre en œuvre immédiatement les instruments indispensables, tels que: une véritable gouvernance économique européenne, la réglementation financière, le brevet communautaire, une croissance plus « verte ». Et son président a insisté sur la portée des nouveaux instruments résultant du Traité de Lisbonne, et sur les possibilités d'agir le cas échéant à l'égard des « États membres récalcitrants » (pas de sanctions, mais au moins des avertissements politiques).

Pour certaines forces politiques, le document est trop faible ; c'est normal. Il est maintenant dans les mains du Conseil européen. Tout commence.

(F.R.)

 

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