Bruxelles, 22/02/2010 (Agence Europe) - Sans surprise, la Commission européenne a proposé, lundi 22 février, d'assurer une protection maximale au thon rouge, une espèce dont les stocks sont en voie d'épuisement (EUROPE n° 10082). La Commission a recommandé que l'Union européenne soutienne, lors de la prochaine réunion de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui se tiendra à Doha, au Qatar, du 13 au 25 mars 2010, une interdiction du commerce international de cette espèce. Elle propose que cette interdiction intervienne dans le courant de l'année 2011 et que la pêche artisanale puisse continuer à capturer le thon rouge (selon des modalités qui restent à déterminer) et ne prévoit pas de nouveaux fonds européens pour indemniser la flotte industrielle (thoniers senneurs) frappée par l'arrêt du commerce et donc de la pêche (80% des thons capturés par les navires de l'UE sont vendus au Japon).
Janez Potoènik, le commissaire européen à l'Environnement, chef de file sur ce dossier, a rappelé qu'au cours des 60 dernières années « une surpêche a provoqué un déclin grave des stocks ». Au point qu'aujourd'hui, a poursuivi le commissaire, les perspectives de survie du thon rouge sont « très pessimistes à moins que des mesures ne soient prises pour protéger cette espèce ». Cette exploitation à outrance est déterminée par le commerce international et elle a atteint un sommet au cours des 15 dernières années. « Ce sont des gros navires qui capturent des thons en Méditerranée et qui les transportent vivants vers des centres de pisciculture. Puis ils sont exportés vers le Japon où ils vont alimenter les marchés de sushis et sashimis », a rappelé M. Potoènik. Le thon rouge est l'une des espèces les plus touchées par les prises illégales. La CICTA (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) a récemment pris des mesures afin d'améliorer la situation. Cependant, « les dernières données scientifiques révèlent que les stocks de thon rouge sont actuellement tellement bas que la Commission européenne se dit que cette espèce mérite d'être incluse dans l'annexe I de la CITES », a souligné le commissaire à l'Environnement. L'annexe I regroupe les espèces menacées d'extinction dont le commerce doit être soumis à une réglementation particulièrement stricte et ne doit être autorisé que dans des conditions exceptionnelles. Inscrire le thon rouge à l'annexe I signifierait interdire le commerce international de ce poisson.
Délai de 12 mois et dérogations pour le maintien d'une pêche artisanale. La Commission européenne propose toutefois que l'inscription ne prenne pas effet immédiatement. La réunion de la CITES à Doha indiquerait que l'entrée en vigueur de cette inscription devrait être décidée par le comité permanent de la CITES dans un délai de 12 mois. Le comité permanent devrait fonder sa décision sur les données scientifiques publiées en octobre prochain par le comité scientifique de la CICTA. La CICTA se réunira et se prononcera en novembre. Si l'interdiction entre en vigueur, la Commission européenne veillera à ce que les entreprises de pêche artisanale soient autorisées à approvisionner le marché de l'UE avec des captures provenant des eaux des États membres.
Maria Damanaki a déclaré que la mise en place « d'un accord spécial pour les navires pratiquant la pêche artisanale constitue un important volet de la solution que nous proposons aujourd'hui ». La pêche artisanale a un impact limité sur les stocks et génère plus d'emplois que les plus gros navires industriels. La Commission et les pays de l'UE vont devoir examiner comment l'argent existant du Fonds européen pour la pêche (FEP) peut être utilisé au mieux pour aider les pêcheurs et les armateurs affectés par l'interdiction, a ajouté la commissaire aux Affaires maritimes et à la Pêche.
« Nous devons agir maintenant si nous voulons avoir à l'avenir une activité durable de pêche au thon rouge », a conclu Mme Damanaki.
La France a estimé que la proposition de la Commission va dans la bonne direction, mais juge que deux éléments doivent être améliorés. Selon la Commission, la dérogation s'appliquerait à la pêche artisanale uniquement dans les eaux sous souveraineté nationale (eaux qui vont jusqu'à 12 milles au large des côtes nationales). Or, la France souhaite que la dérogation soit étendue aux bateaux qui vont au-delà des 12 milles. De plus, la France demande que des fonds européens supplémentaires soient débloqués pour des programmes de restructuration de la flotte de thon rouge, alors que la Commission propose d'utiliser les fonds déjà alloués aux pays au titre du Fonds européen pour la pêche (2007-2013). Or, selon Bruno Le Maire, le ministre français de la Pêche, les crédits du FEP ont déjà été consommés.
La recommandation de la Commission doit encore être entérinée par le Conseil des ministres de l'UE, puis par la CITES. Le Japon a déjà fait savoir qu'il refusait toute interdiction de la pêche et du commerce de l'espèce. En un demi-siècle, de 1957 à 2007, les stocks de thon rouge ont baissé de 75%, et de plus de 60% au cours des dix dernières années, selon les défenseurs de l'environnement. (L.C.)