Jonathan Faull, haut fonctionnaire à la Commission européenne, est sans doute étonné et même peut-être quelque peu amusé du battage journalistique et politique qui a entouré l'annonce de ses prochaines fonctions: directeur général « Marché intérieur et services ». Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe parlementaire des Verts/ALE, a annoncé que la tâche de M. Faull sera de contrôler Michel Barnier, commissaire européen chargé de ce secteur, et qu'il a été désigné à ce rôle par le président Barroso « sous la pression de la City de Londres ». Or, il est vrai que la City de Londres a essayé d'empêcher que la responsabilité des services financiers soit confiée à un commissaire de nationalité française et qu'elle a organisé une véritable bataille journalistique à ce sujet dans la presse particulièrement sensible à ses positions. Mais ce battage n'a pas empêché M. Barroso de donner suite à son projet concernant le portefeuille de M. Barnier, et de préciser que c'est M. Barnier lui-même qui a choisi son directeur général.
Face à la clameur suscitée par cette affaire, M. Barnier a clarifié ses orientations très générales à propos des services financiers: il n'entend pas « faire de la régulation tous azimuts, mais de la régulation intelligente », et il souligne que « même à la City certains réclament davantage de régulation ». Ceci n'a pas empêché William Hague, porte-parole du Parti conservateur à Londres, d'affirmer que « les propositions de la Commission européenne pourraient nuire gravement à notre industrie des services financiers ». Le président français Nicolas Sarkozy n'a pas contribué à apaiser la situation lorsqu'il a affirmé que les idées françaises de régulation triomphent en Europe, permettant ainsi à l'Association des banquiers britanniques d'affirmer que ces commentaires de M. Sarkozy ont ébranlé la confiance du public dans les nouvelles institutions de l'UE. Et certains journalistes estiment que cette polémique a amené le président français à renoncer à une visite à Londres qu'il avait envisagée pour rencontrer Gordon Brown ! On savait que la City de Londres, et la presse qui lui est proche, sont puissantes, mais pas à ce point ! Au Royaume-Uni, cette affaire est devenue un enjeu de la campagne électorale. Je vous le dis, M. Faull doit être étonné.
La vérité est que le Conseil Économie/Finances de l'UE et la Commission européenne agissent après mûre réflexion et s'être entourés de toutes les consultations appropriées. La régulation européenne et mondiale de l'activité financière progresse et continuera à progresser, avec l'appui de la presque totalité des forces politiques et des opinions publiques, tous d'accord pour estimer qu'un niveau raisonnable de règles et de surveillance est indispensable. (F.R.)