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Bulletin Quotidien Europe N° 10024
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Tentative d'expliquer les décisions des chefs d'État et de gouvernement

Le plaisir de critiquer. Les titulaires des deux nouvelles fonctions créées par le Traité de Lisbonne viennent d'être l'un nommé et l'autre désignée (Catherine Ashton doit être confirmée par le Parlement) rapidement et à l'unanimité ; et, comme prévu, dans les commentaires les critiques ont largement prévalu sur les expressions de satisfaction. Dans quelques États membres, la presse s'est plainte du fait que le candidat de sa nationalité n'a pas été choisi. Or, il est évident que si les places sont deux et les États membres vingt-sept, vingt-cinq pays pourraient réagir de la même manière (ce qui, heureusement, n'a pas été le cas). Le commentaire du principal quotidien d'un grand pays commence ainsi: « Il n'était pas simple de trahir un Traité fortement voulu et qui est sur le point d'entrer en vigueur ; l'Europe l'a réussi. » Rien de moins ! L'accusation au Conseil européen d'avoir choisi un « profil bas » revient souvent, pas seulement dans la presse: selon le co-président d'un des groupes politiques du Parlement, les deux personnalités désignées sont « insignifiantes, l'Europe va au plus bas ». On sait par ailleurs quel aurait été l'accueil à certaines personnalités plus connues, ayant un profil moins bas, Tony Blair par exemple, car il avait été amplement annoncé.

S'informer d'abord. Il est évident que chacun peut avoir son opinion sur les personnalités choisies, et l'exprimer à sa guise ; mais la mode de dénigrer l'Europe quoi qu'elle fasse incite à préciser quelques points et à répondre à quelques inexactitudes. La première recommandation serait d'inviter à lire notre bulletin, qui, jeudi en fin d'après-midi, avait déjà annoncé les deux gagnants, et, dans l'édition spéciale de la nuit, a amplement rendu compte des clarifications et commentaires de ceux qui avaient pris les décisions ou qui avaient participé à la session du Conseil européen. Aussi bien le Premier ministre suédois qui avait présidé les travaux, M. Reinfeldt, que plusieurs chefs d'État ou de gouvernement et le président de la Commission, M. Barroso, ont dit des choses intéressantes qu'il est utile de connaître, et surtout Herman Van Rompuy lui-même a expliqué comment il conçoit ses fonctions et comment il entend les exercer ; il est correct d'en informer les citoyens et de ne pas se limiter à porter des jugements a priori. Catherine Ashton s'est aussi exprimée. Seule l'information correcte et aussi complète que possible permet aux lecteurs de se former leur opinion.

Les interprétations. Après quoi, commencent les interprétations, et je voudrais prendre un peu le contre-pied des évaluations systématiquement négatives. Ce qu'on appelle souvent marchandage, répond en fait à l'exigence d'un certain équilibre entre les tendances politiques, entre les États membres, entre les hommes et les femmes. Un comportement fondé exclusivement sur le principe majorité/opposition, tel qu'il existe à l'intérieur d'un pays, serait inéquitable en Europe. Vu que le groupe PPE est le plus nombreux au Parlement, serait-il équitable et admissible qu'il s'efforce d'occuper toutes les places ? N'est-il pas préférable que les autres tendances soient elles aussi représentées aux niveaux élevés ? On l'appelle marchandage, j'estime préférable de l'appeler équilibre politique. Un équilibre géographique raisonnable n'est-il pas tout aussi opportun, ainsi que l'équilibre entre grands et petits États membres ? Et entre les hommes et les femmes ?

Le rôle du président. Quant au rôle du président stable du Conseil européen, le débat est justifié. Le choix d'une personnalité flamboyante, connue en Europe et dans le monde, a ses raisons et ses partisans. Ce n'est pas l'interprétation de M. Van Rompuy. Il entend représenter la continuité (ce qui est de plus en plus indispensable) et le consensus au niveau européen. Ses opinions personnelles n'ont aucune importance, il ne les fera même pas connaître. Son rôle est de rechercher le consensus en respectant les diversités, en concertation permanente avec la Commission et le Parlement. Il est clair qu'il ne se considère pas comme le « président de l'Europe » (qui n'existe pas), mais le président d'une de ses institutions, dans le respect de l'équilibre institutionnel (donc, de la méthode communautaire, même s'il n'a pas utilisé ces termes). Grâce à ses fonctions, la présence institutionnelle de l'UE dans le monde sera plus visible et plus forte.

Il est licite de discuter de l'interprétation qu'il donne de son rôle ; encore faut-il la présenter de manière correcte.

Choix démocratiques. Quant à l'aspect anti-démocratique de la procédure suivie, il est évident que tous les appels à la clarté et à la transparence sont bienvenus, et que des améliorations sont possibles. Mais sans oublier que la procédure de nomination est inscrite dans le Traité de Lisbonne, qui a été approuvé par tous les parlements des États membres: ce sont les chefs de gouvernement, librement élus par les citoyens qui choisissent celui qui préside leurs travaux et qui est président du Conseil européen, non de l'UE.

J'estime de toute manière que ces querelles sur les procédures et les personnes ne représentent pas l'essentiel. L'essentiel est ailleurs, et cette rubrique y reviendra la semaine prochaine.

(F.R.)

 

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