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Bulletin Quotidien Europe N° 10011
Sommaire Publication complète Par article 30 / 31
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 845

*** PHILIPPE JOURDON: Histoire monétaire de l'Europe de 1800 à 2007. De l'esprit des Lumières après le XVIIIe siècle à la généralisation de l'économie monétarisée à partir du XXIe siècle. L'Harmattan (5-7 rue de l'École polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2009, 295 p., 28,50 €. ISBN 978-2-296-08367-7.

Inspiré par la cliométrie, discipline de synthèse qui utilise les données des statistiques, les méthodes de l'histoire et les modèles scientifiques de l'économie, cet ouvrage est largement inclassable. C'est une fresque, parfois hirsute dans la forme et la structuration, qui conte la montée en puissance des monnaies et leur rôle dans l'économie - ainsi que, plus largement, dans les sociétés, européennes en particulier. Les économistes jugeront de la validité des idées et analyses qui composent ce tableau touffu, mais ceux qui ne connaissent de la monnaie que ce qu'elle pèse au fond de leurs poches ou sur leurs comptes en banque tireront aussi profit de la lecture de ce livre qui a pour premier mérite de bien montrer que l'Europe et le monde viennent, sur le plan monétaire, sinon du néant, en tout cas d'une planète toute différente !

Professeur d'économie ayant défendu, voici deux ans, une thèse de 2 300 pages consacrée au passé, au présent et à l'avenir de la monnaie européenne, Philippe Jourdon structure son ouvrage autour de trois cycles longs monétaires. Le premier va de 1800 à 1873, époque où l'économie commence tout doucement à se monétariser avec, entre autres, l'apparition de banques privées et des premières Banques centrales, indépendamment de l'anglaise créée plus de cent ans plus tôt. C'est une époque aussi où certaines monnaies, comme la Livre Sterling, font de l'or le seul étalon de mesure alors que d'autres, comme le franc français, lui préfèrent l'argent. L'auteur relève encore que, si la France de cette époque avait une "vision très guerrière de l'ordre politique", la Banque de France privilégie alors une vision très modérée de l'ordre monétaire, refusant de "jouer la providence du commerce et de l'industrie", au contraire de la Banque d'Angleterre. Dans les deux cas, l'histoire donnera raison aux Britanniques. Dans la période allant de 1873 à 1945, qui est celle de la monétarisation de l'économie et du triomphe de l'étalon or, le règne de l'étalon Livre sterling prévaut jusqu'au moment où, après la Première Guerre mondiale, il doit céder le relais au dollar américain. À propos de ce conflit, l'auteur avance notamment l'hypothèse que, "à partir d'un certain seuil d'endettement public, compris entre 80 et 100%, un pays se trouve fatalement happé par la guerre", ce qui est une manière de rendre hommage aux auteurs du critère de convergence relatif à l'endettement.

Le troisième cycle long discerné par Philippe Jourdon est celui qui nous concerne le plus, allant de 1945 à 2007. C'est celui où, après une impulsion initiale des Américains avec le Plan Marshall, des projets de coordination monétaire et financière entre les pays européens se précisent au fil des avancées de la construction européenne, leur point d'ancrage étant évidemment le D-Mark, fruit de la "révolution monétaire" opérée par l'Allemagne et seul capable de résister à la domination du dollar. Dans ce contexte, l'auteur salue tout particulièrement le mécanisme des Montants compensatoires monétaires, le secteur agricole ayant été, grâce à lui, le premier à pouvoir bénéficier d'une monnaie européenne commune traduisant une vraie solidarité financière entre les États membres. Et d'asséner que c'est "un des plus beaux mécanismes monétaires conçus par l'humanité". Dans les pages qui suivent, c'est toute l'histoire qui conduit à l'avènement de l'euro qui sont décryptées. L'auteur y revient notamment sur le critère d'endettement, s'employant à démontrer que le niveau de 60% fixé comme objectif, même s'il n'a pas été publiquement expliqué, "rejoint une expérience historique bien réelle et fort douloureuse". D'autre part, en comparant les attributions de la Banque centrale européenne avec la Réserve fédérale américaine, il observe que l'une et l'autre doivent lutter contre l'inflation et pour la stabilité des prix, mais que la première ne doit pas, au contraire de la seconde, "aider à gérer et quand il le faut à relancer la croissance et l'emploi", ce qui lui fait parler d'une institution encore "dans l'enfance". Se voir attribuer cette mission la plongerait "dans l'adolescence", seule la capacité à fixer, comme la FED, des taux d'intérêt au plan national et à influencer ainsi le plan mondial lui permettant d'entrer enfin dans "l'âge adulte". En conclusion, l'auteur défend l'idée que le destin de l'euro serait de porter un projet social assurant à la fois le développement durable et un équilibre entre propriété privée, propriété sociale et propriété de soi. Un appel, en somme, à une véritable révolution par rapport au "modèle néolibéral à l'américaine", mais qui nécessite sans tarder une augmentation conséquente du budget européen afin de donner "une visibilité et une crédibilité sociale à la monnaie" commune.

Pierre Bouvier

*** HANNS GÜNTHER HILPERT, STORMY MILDNER (sous la dir. de): The Financial Crisis: Collateral Damage and Responses. Editions SWP (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49-30) 88007-0 - fax: 880 07-100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http://www.swp-berlin.org ). Collection "SWP Research Paper", n° 6. 2009, 50 p.

Les effets de la crise financière qui paralyse marchés et flux de capitaux depuis 2008 ne sont pas près d'être passés. Pire, ils ne seraient pas même encore arrivés. Tel est, en tout cas, l'avis des chercheurs du Stiftung Wissenschaft und Politik qui mettent en garde, dans cette publication, contre les effets encore à venir de cette crise. Jusqu'à présent, les retombées ont surtout concerné les banques, mais des distorsions dangereuses se sont aussi manifestées dans d'autres domaines, notamment dans le secteur alimentaire international ou les marchés de l'énergie. De plus, l'expérience des autres crises tend à enseigner que la récession en cours devrait encore se prolonger et que le produit national brut du globe devrait baisser en 2009 - du jamais vu depuis 1945 ! Selon les auteurs, il est urgent que les institutions internationales, telles que le FMI, l'OMC et le G20 veillent à mettre en place des politiques susceptibles de relancer la machine financière et, d'autre part, à freiner les réflexes isolationnistes et protectionnistes des États car ils pourraient avoir des résultats aussi désastreux que dans les années 30. Le manque de liquidités qui découle de la crise financière fait, en outre, qu'il existe un manque criant d'investissements dans les nouvelles énergies et la protection de l'environnement, ce au moment même où de larges pans des infrastructures énergétiques occidentales sont devenus trop obsolètes pour faire face aux défis énergétiques de demain. Ces dommages collatéraux de la crise rendent vital de reconnaître, au niveau mondial, l'importance tout à la fois des marchés de l'énergie et de l'agriculture, du commerce, de la protection de l'environnement et de l'intégration européenne. Par ailleurs, il est aussi de la plus haute importance que personne ne fasse cavalier seul et que les économies du monde entier travaillent conjointement à vaincre la crise, le contraire étant susceptible de déclencher une spirale descendante dont on aurait encore plus de mal à se remettre.

(NDu)

*** HENRI-CLAUDE DE BETTIGNIES, FRANCOIS LEPINEUX (sous la dir. de): Business, Globalization and the Common Good. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Frontiers of Business Ethics", n° 6. 2009,447 p., 46 €. ISBN 978-3-03911-876-2.

La globalisation et les nouvelles technologies, dont on chantait allègrement les louanges il y a peu encore, sont en train de donner leurs premiers fruits, et force est de constater qu'ils sont un peu amers. Plutôt que de rendre le monde "plat", la globalisation le rend encore plus inégal et montre à quel point tout y est - de plus en plus - interdépendant. L'économie, supposée créer un monde meilleur, le fait, mais pour une minorité de personnes. Ce monde sans frontières où la croissance devait nourrir la compréhension interculturelle, créer des relations plus sûres et diffuser le progrès à tous les niveaux de la société n'est pas au rendez-vous. Tout au contraire, le monde est aujourd'hui plus dangereux, plus désordonné, en proie au terrorisme, aux catastrophes naturelles et autres schismes culturels et religieux, tandis que la capacité de l'être humain à maîtriser le progrès semble lui échapper des mains. L'activité économique, vue dans nos sociétés comme la manière la plus efficace de créer de la valeur - à travers produits et services, innovations, travail et autres contributions sociales - et de la diffuser au reste de la collectivité, semble incapable d'internaliser ses effets négatifs. Le paradigme dominant étant la maximisation des profits de l'actionnaire, il reste peu de place pour la notion de bien commun, et on prend conscience que ce modèle mène la planète à la catastrophe, en particulier pour les générations futures. Partant de ce constat, les auteurs de cet ouvrage cherchent à concilier cette idée de bien commun avec l'activité économique et la globalisation, de manière à ce que les acteurs économiques ne puissent continuer d'ignorer le reste de la collectivité. Scientifiques spécialisés dans le domaine économique, ils cherchent, dans la première partie, à définir le concept de "bien commun" et à voir dans quelle mesure la sphère économique en est responsable dans l'ère de la globalisation. Ils y discernent l'idée individualiste de l'entrepreneur, y développent la notion de Responsabilité Sociale des Entreprises et expliquent pourquoi les firmes ne pourront pas ignorer beaucoup plus longtemps le bien commun, sous peine d'en subir les conséquences. Un chapitre est également consacré à la - grande - responsabilité des sphères religieuses dans l'éthique des affaires et le rôle que ces traditions ont à jouer dans l'âge de la globalisation, spécialement pour en atténuer les aspects négatifs et générer la dynamique d'un changement de valeurs. La deuxième partie du livre se veut plus empirique et développe une série d'initiatives qui, dans le monde des affaires, vise à la réalisation du bien commun dans le contexte de la globalisation. On y aborde le cas du Nicaragua et des efforts que ce pays fait pour assurer le développement humain de ses citoyens à travers l'économie, ainsi que les exemples de sociétés capables de faire des profits tout en promouvant l'environnement, le développement durable et la citoyenneté, ou encore des pratiques de Responsabilité Sociale des Entreprises à l'échelon global. La dernière partie de l'ouvrage traite de la relation entre la sphère des affaires et la société civile globale émergente. Il y est notamment question de gouvernement et citoyenneté globaux, les auteurs arguant que la société libérale et le marché doivent impérativement être contrebalancés par la société civile. On y trouve aussi une contribution sur le sujet délicat de l'eau, l'auteur cherchant à prévenir les "guerres de l'eau" - l'une des plus grandes menaces du 21ème siècle - et plaidant pour que soit garanti l'accès universel à cette ressource vitale. Le tout est ponctué par quelques réflexions, à caractère philosophique, sur l'éthique et l'activité économique. Un ouvrage à mettre entre toutes les mains !

(NDu)

*** European View. The Future of Market Economy. Editions Springer (7 Haberstrasse, D-69126 Heidelberg. Tél.: (49-6221) 345-4304 - fax: 345-4229 - Courriel: subscriptions@springer.com - Internet: http://www.springer.com ). Collection "European View", n° 8. Juin 2009, 161 p.

Ce nouvel opus d'European View, journal académique du Centre pour les Études Européennes qui est le groupe de réflexion du Parti Populaire Européen, traite essentiellement du problème de la crise économique actuelle et de l'avenir de l'économie de marché. Issus d'horizons variés (tels mondes académique, politique ou des affaires), les auteurs discutent de différents aspects de la crise actuelle et cherchent d'éventuelles solutions à mettre en place pour rétablir l'ordre dans la sphère économique, ainsi que des nouvelles règles à mettre en place pour que le système économique revête un caractère plus social et plus stable.

(NDu)

*** DAVID HIEZ (sous la dir. de): Droit comparé des coopératives européennes. Éditions Larcier (39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480713 - fax: 5480714 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.larcier.com ). Collection "Faculté de Droit, d'Économie et de Finance de l'Université du Luxembourg". 2009, 163 p., 73 €. ISBN: 978-2-8044-2000-0.

Suite aux affres de la crise économique, les recherches et études vont bon train pour trouver une alternative viable au modèle capitaliste de ces dernières années. Plusieurs spécialistes académiques en droit, en économie et en finances s'interrogent, dans ce livre, sur le cas des coopératives qui étaient en vogue en Europe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. La recherche sur le sujet, éteinte depuis un siècle, a été ravivée par plusieurs chercheurs dans la plupart des pays européens, mais pêche encore par un manque de recherches comparatives et par une connaissance des différents systèmes trop souvent rudimentaire. Cet ouvrage cherche à donner une clef de compréhension des caractéristiques essentielles de chaque pays en présentant les principales législations coopératives et les traits essentiels de chaque pays. Les auteurs analysent les aspects du droit tel qu'il s'applique aux coopératives dans plusieurs États européens (Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Finlande, Belgique) afin de fournir du matériel utile à des recherches plus avancées sur le sujet. (NDu)

*** Bulletin de l'Observatoire des politiques économiques en Europe. Université de Strasbourg (Pôle européen de gestion et d'économie, 61 av. de la Forêt Noire, F-67085 Strasbourg. Courriel: thierry.stolle@urs.u-strasbg.fr - Internet: http://www.opee.u-strasbg.fr ). Hiver 2009, n° 20, 48 p..

Dirigé par le Pr. Michel Dévoluy, ce Bulletin fête son dixième anniversaire avec ce numéro. Il confirme plus que jamais l'ambition initiale de ses concepteurs - voir des universitaires sortir de leur milieu académique et s'adresser à un public plus large que leurs étudiants et collègues pour apporter leurs analyses et leurs points de vue sur l'Europe en mouvement - puisque l'intégration européenne n'y est plus seulement abordée sous l'angle de l'économie, mais aussi, désormais, sous le regard d'autres disciplines. Alors que le numéro précédent avait été presque totalement consacré à la crise financière et économique, celui-ci revient sur ce thème, notamment avec des contributions sur la manière dont la zone euro y a réagi, les raisons expliquant pourquoi les nouveaux pays membres en sont particulièrement les victimes et à "la marque européenne sur les conclusions du G20" d'avril. Deux autres thèmes économiques y trouvent aussi leur place, à savoir la question de l'emploi féminin dans l'Union et la question de savoir si les objectifs européens de compétitivité et de cohésion territoriale sont compatibles. Toutefois, un juriste y appréhende aussi l'Europe à la lumière du principe d'égalité.

(MT)

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