Le rôle de l'UE dans le domaine du climat n'est pas contesté. Elle est depuis plusieurs années à l'avant-garde, les institutions et les États membres sont d'accord sur l'essentiel. Selon les Verts (forces politiques et organisations), les positions européennes sont encore trop faibles ; c'est normal. Certains aspects, comme la répartition de la charge de la nouvelle politique entre les États membres, demeurent partiellement ouverts ; le dernier Conseil européen a progressé même sur ces aspects en définissant des principes et des procédures. Je comprends qu'il est malaisé de définir le point d'équilibre entre ce qui est souhaitable et ce qui est réalisable ; notre bulletin rend régulièrement compte de façon objective des positions en présence.
Il est généralement reconnu que, si des résultats positifs sont prochainement atteints au niveau mondial, une grande partie du mérite en reviendra à l'Europe. Ceci étant acquis, je voudrais présenter quelques considérations sur deux aspects de caractère général qui soulèvent, à mon avis, des perplexités.
L'aspect démographique est incontournable. Cette question est parfois citée dans le monde scientifique ou évoquée à propos de quelques problèmes spécifiques ; mais pas un mot ne figure, à ma connaissance, dans les prises de position politiques officielles. Pendant des millénaires, l'homme a considéré que la nature est infinie et éternelle ; on sait aujourd'hui que c'est faux, et que c'est l'humanité qui est responsable de la détérioration de l'air, de l'eau, des océans, ainsi que de la disparition des forêts et d'un nombre croissant d'espèces animales et végétales. Pourtant, la constatation que rien ne sera efficace pour redresser la situation si l'humanité ne pose pas de limites à son expansion, n'est jamais exprimée au niveau politique, comme si un tabou politique ou religieux interdisait même d'en parler.
Les analyses constatent que l'expansion de la production alimentaire, en Afrique surtout mais aussi ailleurs, ne réduit pas les risques de pénuries car la population augmente beaucoup plus vite ; or, les projets et les documents officiels négligent cet aspect. Certaines analyses récentes annoncent que l'explosion démographique s'arrêtera d'ici quelques décennies et qu'avant la fin du siècle, la population mondiale sera stabilisée. C'est possible ; entre-temps, le problème se pose. Il n'existe pas de réponse toute faite, mais cet aspect ne peut pas être ignoré, l'évolution de la population mondiale doit être prise en considération, sans quoi les débats et les études perdent toute signification et les programmes qu'on élabore risquent de s'avérer inefficaces ; la réduction du carbone est indispensable mais elle n'évitera pas en elle-même l'appauvrissement progressif de la vie animale et végétale sur la terre. C'est n'est pas un problème qui concerne tel ou tel continent, telle ou telle race, mais l'humanité dans son ensemble. La poursuite de son expansion a déjà des conséquences ahurissantes sur lesquelles cette rubrique reviendra prochainement.
Le financement n'est qu'un aspect. Ma deuxième perplexité se réfère à la place excessive que le volet « financement » a pris dans le débat. Les objectifs essentiels de la stratégie mondiale à lancer paraissent évidents: réduction des émissions nocives, énergie propre, économies d'énergie, sauvegarde des forêts et autres habitats naturels, protection des espèces végétales et animales, relance des productions alimentaires dans des conditions durables. Dans cette direction, les comportements sont beaucoup plus décisifs que les subventions. Ces dernières sont indispensables dans la mesure où elles sont utilisées pour réaliser concrètement les changements. Or, en ce moment, toutes les batailles ont pour objet essentiel le volume d'argent à mobiliser, et comme d'habitude, ce sont des batailles acharnées qui laissent l'impression que l'objectif prioritaire de tous - bénéficiaires potentiels, grands organismes internationaux, entreprises multinationales - est d'arracher le maximum. Alors que se multiplient les dénonciations de gaspillages, détournements de fonds (souvent avec des objectifs militaires) et autres déviations. Cette rubrique reviendra plus en détail sur cet élément.
Certes, les financements sont nécessaires pour agir. Mais certaines prises de position, certaines condamnations virulentes de la position que l'UE est en train de définir, laissent l'impression désagréable d'une course aux subventions, surtout si l'on considère que les montants sur lesquels on se bat n'ont rien à voir avec les aides d'urgence en cas de catastrophes et de famines, ni avec l'aide générale au développement. Si l'UE et les États membres respectent leurs engagements relatifs à ces derniers aspects, les financements supplémentaires destinés à la protection climatique doivent être destinés à des projets définis, avec des objectifs contrôlables, et subordonnés à des conditions précises. Et l'UE a raison de réclamer que les autres grandes puissances mondiales participent aussi à l'effort de manière équitable.
(F.R.)