*** PRODROMOS MAVRIDIS: Les Turcs dans l'Union européenne. Réflexions sur la prééminence du droit. Établissements Emile Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129845 - fax: 5117202 - Courriel: info@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ) et Édition Ant. N. Sakkoulas (69 rue Solonos, 10679 Athènes. Tél.: (30-210) 3618198 - fax: 3610425 - Courriel: info@ant-sakkoulas.gr - Internet: http://www.ant-sakkoulas.gr ). 2009, 576 p.. ISBN 978-2-8027-2851-1 et 978-960-15-2266-1.
La question de l'éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union alimente une controverse passionnelle qui, trop souvent, se nourrit d'a priori dictés par l'idéologie, voire par les fantasmes et le fanatisme. Professeur de droit à Paris X Nanterre et directeur d'études à l'École de hautes études en sciences sociales, Antoine Lyon-Caen le confirme dès l'entame de la préface qu'il a donnée à cet ouvrage, lorsqu'il relève que la Turquie bénéficie du "triste privilège" de susciter "la plus riche floraison de lieux communs, ces idées sommaires, sans fondement analytique qui, pour cette raison, circulent sans retenue". À entendre les uns, la Turquie admise en Europe ne serait rien d'autre qu'un "cheval de Troie islamiste" ; d'autres leur rétorquent, sur le même mode abominablement simpliste, que s'ouvrir aux Européens reviendrait à ouvrir les portes de la Turquie aux "croisés des temps modernes". Ce n'est pas sur le terrain de ces anathèmes croisés, aussi stériles que dangereux, qu'entend se situer Prodromos Mavridis, même s'il reconnaît être parti du principe, pour rédiger cet ouvrage, qu'une adhésion de la Turquie à l'Union "pourrait servir de trait d'union pour une meilleure compréhension des différentes cultures". En l'occurrence, ce qui est intéressant n'est pas tant le fruit de sa réflexion personnelle que le chemin intellectuel qu'il emprunte pour l'étayer.
Arrivé à la Commission européenne comme stagiaire dans le cabinet du président Delors, l'auteur en est aujourd'hui l'un des hauts fonctionnaires, spécialiste reconnu de la libre circulation et de la sécurité sociale à la DG Emploi, Affaires sociales et Égalité des chances. C'est sur la base de son expertise que ce juriste - qui, non content de fréquenter assidûment la Cour de justice, enseigne aussi dans trois Universités françaises - a bâti sa plaidoirie, en partant du constat que la prééminence du droit constitue le "fondement de l'ordre public européen", lequel implique des "limitations à la souveraineté nationale" dans le processus d'intégration qui valent tant pour les États membres que pour les pays candidats. À l'aune de ce constat, il explore brièvement la question de savoir ce qu'est réellement un "État européen" et ce que veut dire la "capacité d'intégration", mais il observe surtout que l'Union, "fondée sur la prééminence du droit, est tenue de respecter ses engagements vis-à-vis de la Turquie", tous ses engagements depuis l'Accord d'association d'Ankara qui, en 1963, avait prévu la réalisation graduelle de la libre circulation travailleurs, ainsi que l'élimination des restrictions à la liberté d'établissement et à la libre prestation des services, ouvrant même la possibilité d'envisager, à terme, une adhésion de la Turquie. Ces intentions ont été ensuite concrétisées dans le Protocole additionnel entré en vigueur en 1973 - qui a été ponctué par l'achèvement de l'Union douanière le 31 décembre 1995 - et dans trois décisions du Conseil d'association relatives aux droits sociaux des travailleurs turcs. Curieusement, deux de ces décisions n'ont jamais été publiées au Journal officiel, et la troisième ne l'a été qu'au titre de "communication", pas de "législation", ce qui laissait aux États membres les mains libres pour agir à leur guise. C'était compter sans l'intervention de la Cour européenne de justice qui, alors que ces différents textes ne semblaient pas contraignants, a commencé, à partir de 1987, à les interpréter de manière extensive, en veillant à ce que le droit communautaire devienne, pour les travailleurs turcs, "un rempart contre les lois du marché, qui font du migrant un homme jetable après emploi". En clair, au fil d'une cinquantaine d'arrêts qui sont commentés par l'auteur au même titre que tous les accords de base, la Cour a fait en sorte que l'Accord d'association devienne partie intégrante du droit communautaire et a ainsi permis que les travailleurs turcs puissent s'éloigner "de l'extranéité pour pénétrer, partiellement, dans le cercle des citoyens de l'Union". D'où ce commentaire du Pr. Lyon-Caen: "L'on mesure mieux, grâce à cet ouvrage, ce qu'apporte un processus de juridification, tel que celui dont les Turcs ont pu tirer profit".
Toutefois, de par ces Accord, Protocole et décisions tels qu'interprétés par la Cour de justice, la question se pose aussi de savoir si la Turquie, en outre nantie désormais de son statut de pays candidat, témoigne de la même considération que l'Union pour "l'ordre public européen basé sur la prééminence du droit". Cette question, Prodromos Mavridis ne l'élude pas, bien au contraire, lui qui instruit ce dossier avec la même méticulosité juridique. Examen réussi ? Des carences restent patentes dans le chef d'Ankara. D'où la bonne idée de l'auteur de citer, en guise de conclusion, un propos tenu par Jacques Delors au Collège européen de Parme en 2005: "Pour la Turquie, la question est de savoir si l'Union européenne, devant la montée des intégrismes, du rejet de l'autre et la violence des attentats, doit dire non, définitivement non. En agissant ainsi, nous renforcerions le sentiment que le monde chrétien rejette le monde musulman. Est-ce qu'il ne faut pas donner le signe contraire, montrant notre ouverture d'esprit, notre passion par le respect des autres et de leurs convictions, pour le chemin du dialogue et de la reconnaissance mutuelle ? C'est ce qu'a fait le Conseil européen disant oui à la négociation. Pas plus. À chacun de démontrer que l'on peut vivre ensemble, dans un esprit de différences et sous l'emprise des règles du jeu acceptées par tous. Le test reste à faire, au cours précisément des négociations".
Michel Theys
*** ANGELA ROMANO: From Détente in Europe to European Détente. How the West Shaped the Helsinki CSCE. Éditions Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 44. 2009, 248 p., 30,50 €. ISBN 978-90-5201-471-5.
Le présent ouvrage est consacré à la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE). Ce processus initié à Helsinki au début des années 70 a été perçu par beaucoup comme un échec politique vide de sens dans la mesure où l'Occident se serait limité à reconnaître l'équilibre des forces en Europe et, partant, aurait abandonné l'Est aux Soviétiques. Beaucoup de monde oublie qu'il a aussi donné l'impulsion de la détente entre les deux blocs et qu'il a été le point de départ - involontaire - de la lutte pour la reconnaissance des Droits de l'Homme. En tout cas, peu d'études ont porté sur le processus d'Helsinki ou sur la dynamique ayant existé entre l'intégration européenne et le bras de fer entre l'Est et l'Ouest, ce notamment en raison du manque d'archives historiques sur l'époque. Par ce livre, Angela Romano, professeur d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université de Florence, vise à remplir ce vide en analysant l'attitude des gouvernements de l'Ouest - taxés de passivité par l'opinion publique de l'époque - de manière à dégager les buts et les raisonnements tactiques à l'œuvre dans les délégations à la Conférence. Dans un premier temps, l'auteur décrit les structures, procédures et phases de la réunion et présente un résumé du débat sur l'Acte final, de façon à donner une idée précise de l'atmosphère qui prévalait à Helsinki. Angela Romano examine ensuite, de manière scientifique, le contenu du document et rapporte les événements subséquents, en Union soviétique et dans les pays d'Europe de l'Est, montrant ainsi que ce qu'il y avait dans ce texte a engendré, ou renforcé, des réformes et la démocratie, portant un coup sévère à la stabilité interne des régimes communistes. La route menant à l'Acte final d'Helsinki fut longue, comme le prouvent le deuxième et troisième chapitres, Angela Romano rappelant notamment que des propositions des pays communistes visant à mettre en place une conférence paneuropéenne sur la sécurité ont été repoussées par les pays occidentaux, lesquels préféraient réorganiser au préalable la solidarité atlantique et renforcer la Communauté européenne. En se basant sur des archives rendues publiques il y a peu, elle étaye aussi la thèse selon laquelle l'Occident était préparé et déterminé à protéger ses positions, ainsi qu'à atteindre ses objectifs. Elle analyse ensuite la complexité de l'Alliance atlantique en se focalisant sur les relations entre les États-Unis et les membres de la Communauté européenne et sur la nécessité de coordonner des sensibilités et points de vue différents, non seulement au niveau de l'approche et de la stratégie mais aussi quant aux buts de la détente. Le dernier chapitre tire les conclusions sur la "performance" de l'Ouest pendant la Conférence et sur les conséquences de cette page d'histoire d'un triple point de vue: la confrontation avec le bloc soviétique, les relations transatlantiques et le processus d'intégration européenne.
(NDu)
*** SUSAN STEWART: Russia and the Eastern Partnership. Loud Criticisms, Quiet Interest in Cooperation. Editions SWP (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49- 30) 88007-0 - fax: 880 07-100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http://www.swp-berlin.org ). Collection "SWP Comments", n° 7. Mai 2009, 4 p..
Cet article du Stiftung Wissenschaft und Politik examine les relations de l'Union avec ses voisins à l'est, ainsi que les réactions qu'elles suscitent chez le géant russe. Dans un effort visant à prolonger la Politique européenne de voisinage et à développer la dimension orientale de l'Europe, les vingt-sept chefs d'État et de gouvernement de l'Union ont tenu un sommet avec les dirigeants biélorusse, ukrainien, moldave, géorgien, arménien et azerbaïdjanais. Les commentaires relatifs à la participation de la Biélorussie à cette rencontre n'ont pas été tendres en raison de la relation particulière, et loin d'être simple, de la Russie avec ce pays, Moscou jugeant que cette relation pourrait être mise en péril par l'influence européenne. Cependant, si la Russie voit d'un mauvais œil l'initiative européenne qu'elle perçoit comme une intrusion dans sa sphère d'influence, elle n'est pourtant pas totalement réticente à s'investir dans les nouvelles initiatives de l'Union européenne, que du contraire. L'auteur cherche à éclaircir l'attitude ambiguë du Kremlin et, d'autre part, à discerner les éventuelles répercussions de ce dossier pour les relations de la Russie avec l'Union.
(NDu)
*** JUDY BATT, JELENA OBRADOVIC-WOCHNIK (sous la dir. de): War Crimes, conditionality and EU integration in the Western Balkans. European Union Institute for Security Studies (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris cedex 16. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.europa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection "Chaillot Paper", n° 116. Juin 2009, 103 p., 10 €. ISBN 978-92-9198-142-7.
Partant du principe que la sacro-sainte conditionnalité politique de l'Union européenne "ne fonctionne pas à moins que celle-ci ait un partenaire prêt à jouer le jeu", les auteurs de ce "papier" se focalisent sur le cas difficile de l'ex-Yougoslavie. En pleine transition entre gestion de crise et politique d'intégration, l'Union y fait, en effet, face à un défi majeur: celui d'enterrer les conflits du passé, pour laisser ensuite la place à la fois à une coopération régionale et à la pleine collaboration avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Pour les auteurs, il s'agit ici de faire une analyse critique des actions entreprises par chaque partie: reléguant l'efficacité de l'Union à la perspective du verre à moitié vide ou à moitié plein, ils procèdent à un bilan de sa politique et des activités du TPIY, le tout s'appuyant sur un état des lieux complet, pays par pays, des avancées et blocages sur la voie de l'intégration des Balkans occidentaux à l'Union. Conflit frontalier entre la Croatie et la Slovénie, coopération interethnique, gestion domestique des crimes de guerre, tendances nationalistes et réforme de la police en Bosnie… Tous les dossiers les plus délicats sont passés en revue, ce afin de prendre pleinement la mesure des défis qui attendent l'Union dans l'après-TPIY.
(TBa)
*** MURIEL ASSEBURG: European Conflict Management in the Middle East. Toward a More Effective Approach. Editions SWP (voir coordonnées supra). Collection "SWP Research Paper", n° 4. Février 2009, 53 p..
Cette étude porte sur les différentes approches mises en place par l'Europe communautaire dans le cadre du conflit entre la Palestine et Israël. Voulant assumer un rôle plus concret sur le plan international, l'Union ne peut rester à l'écart de ce problème et s'en remettre à l'action des États-Unis. À cet égard, Muriel Asseburg, chef du département Moyen-Orient et Afrique à l'Institut allemand pour les Affaires de Sécurité et Internationales à Berlin, a visité le Centre Carnegie pour le Moyen-Orient en 2008 et, six mois durant, a interviewé le personnel des ambassades des États membres européens et des délégations de la Commission européenne, ainsi que des représentants politiques de la Syrie et du Liban, afin de faire le point sur la stratégie européenne dans la région et dégager d'éventuelles pistes pour la paix. Après avoir décrit le cadre dans lequel se déroulent les politiques européennes envers le Liban la Syrie et les Territoires palestiniens, l'auteur analyse les politiques mises en œuvre par l'Union pour chacun d'eux, cherchant à identifier les objectifs poursuivis, les instruments utilisés ainsi que les résultats de ces politiques, afin de cerner les raisons des succès et des échecs rencontrés. La dernière partie propose quelques conclusions à caractère général ainsi que des recommandations concrètes pour des politiques et des approches plus efficaces.
(NDu)
*** ANTONY BEEVOR: D-Day et la bataille de Normandie. Calmann-Lévy (31 rue de Fleurus, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 49543600 - fax: 45448632 - Internet: http://www.calmann-levy.fr ). 2009, 638 p., 26 €. ISBN 978-2-7021-4016-1.
Dans cet imposant ouvrage, un militaire de formation devenu l'un des historiens réputé pour sa très grande connaissance de la Seconde Guerre mondiale revient sur le débarquement allié du 6 juin 1944 et sur la bataille de Normandie qui s'ensuivit. En l'occurrence, cet adepte de l'historical narrative à l'anglo-saxonne y remet sérieusement les pendules à l'heure: ayant consulté des archives désormais accessibles aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais aussi des documents inédits et des enregistrements comme ceux de débriefings de soldats américains, il révèle que le désordre, l'improvisation, des erreurs stratégiques et tactiques, ainsi que l'impréparation des troupes ont failli coûter la victoire aux Alliés, sauvés par leur supériorité aérienne.
(PBo)