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Bulletin Quotidien Europe N° 9989
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Économie et finances: vérités et légendes sur la « stratégie de sortie »

Signification. Dans l'ensemble des orientations approuvées le mois dernier par le G20, le volet de la « stratégie de sortie » (exit strategy) est l'un des plus importants, et en même temps le plus mal compris. Selon certains commentateurs de journaux qui souvent donnent des leçons, cette stratégie concernerait tout simplement la sortie de la crise. En réalité, pour ceux qui en décident, qui en définissent le programme et qui la préparent, elle consiste à sortir des mesures exceptionnelles, et en particulier des déficits budgétaires qui ont été gonflés dans des proportions telles qu'ils deviendraient ingérables, et ruineux notamment pour la durabilité des garanties sociales. Le G20 a reconnu que les mesures exceptionnelles étaient indispensables, malgré l'aggravation qui en résulte pour l'endettement des États, et qu'elles ne peuvent pas disparaître d'un coup ; le rythme de leur suppression dépendra de la relance économique et d'autres facteurs qui évoluent de façon différente selon les pays. Il en résulte que la stratégie de sortie ne peut pas être uniforme, la déclaration du G20 l'indique explicitement: l'abandon des incitations budgétaires est lié aux évolutions de chacun et les modalités ne peuvent pas être uniformes ; les États-Unis doivent augmenter l'épargne (ce qui implique un certain contrôle de la consommation), la Chine doit soutenir la demande interne, et ainsi de suite. Mais le G20 a demandé que les différentes stratégies soient coordonnées.

Diversité et coordination. En Europe, la situation est analogue: l'UE ne peut pas définir une « stratégie de sortie » uniforme pour tous les États membres, car les situations nationales divergent ; les ministres de l'Économie et des Finances sont en train d'en discuter dans leur réunion informelle de Göteborg (voir les pages suivantes). Le document de la Présidence suédoise qui a préparé cette réunion était explicite, en soulignant que: a) la politique macro-économique expansionniste doit être maintenue jusqu'à ce que la relance soit clairement installée ; b) il faut commencer tout de suite à discuter de la voie à suivre pour rétablir la normalité des politiques budgétaires, monétaires et financières ; c) chaque État membre devrait indiquer la voie qu'il envisage pour sortir des déficits creusés pour financer les mesures sociales et de relance économique. Même si elles seront différentes d'un État membre à l'autre, ces « stratégies de sortie » devraient être coordonnées au niveau européen et respecter les principes du Pacte de stabilité et de croissance. La Présidence suédoise reconnaît que la consolidation budgétaire demandera plusieurs années et devra être accompagnée de réformes structurelles couvrant les marchés du travail, les systèmes de retraite, les investissements dans la recherche et le développement des « technologies vertes » (voir notre bulletin n° 9987).

Les responsables de l'euro sont (presque) d'accord. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), a affirmé lui aussi que les mesures de soutien exceptionnelles doivent être retirées dès que la relance économique sera consolidée. L'opération devra commencer en 2010 et prendre de l'ampleur en 2011, en tenant compte des situations spécifiques des États membres. Il a rappelé que l'endettement excessif freine la croissance ; le contrôle et la réduction de la dette publique en pourcentage du PIB sont les « alliés de la prospérité ». Et il a souligné que les financements non conventionnels de la BCE aux banques ne visent pas à avantager celles-ci mais à soutenir l'économie réelle, en particulier les petites et moyennes entreprises. Le président du Groupe de l'euro, Jean-Claude Juncker, partage les mêmes orientations mais il est moins optimiste sur le calendrier: il estime que, pour le moment, la situation économique s'est simplement « stabilisée » et que 2010, c'est trop tôt pour envisager le démantèlement des mesures de soutien ; la « stratégie de sortie » ne pourra s'appliquer, à son avis, qu'à partir de 2011. Quant aux réformes structurelles, le calendrier de mise en œuvre de la « stratégie de Lisbonne » devra être rendu plus réaliste, en le prolongeant au-delà de 2010. Il est normal que les deux principaux responsables de l'euro soient extrêmement attentifs à la « exit strategy », car la tenue et le rôle de la monnaie commune sont directement en jeu ; les dispositions relatives aux déficits budgétaires représentent un aspect essentiel de sa gestion. Si les pays de la zone euro ne les respectent pas, cette zone pourrait éclater (même si les autorités ne le disent pas).

Le volet manquant. En résumé: la nouvelle réglementation et la surveillance du secteur financier constituent la base de la révolution en cours. Les mesures exceptionnelles de soutien public et la « stratégie de sortie» en représentent un corollaire transitoire mais inéluctable. Il reste un troisième aspect souvent négligé: l'exigence de définir une méthode plus correcte et des instruments plus fiables pour évaluer la croissance économique réelle, au-delà du calcul mathématique du produit intérieur brut (PIB), mécanisme qui sera considéré un jour comme aveugle et fallacieux. Cette rubrique reviendra sur les évolutions à cet égard. (F.R.)

 

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