Bruxelles, 26/06/2009 (Agence Europe) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan était de passage, vendredi 26 juin à Bruxelles où, après avoir reçu un prix du Forum Crans Montana, il a aussi rencontré dans la soirée le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Auparavant, devant un petit groupe de journalistes, M. Erdogan a fait le point sur plusieurs sujets importants, notamment:
Négociations d'adhésion à l'UE. Pour la Turquie, il est « difficile de comprendre pourquoi les pourparlers n'avancent pas plus rapidement » d'autant plus que sur le plan technique plusieurs dossiers pourraient être traités, a dit M. Erdogan. À ce stade, seulement 10 des 35 chapitres sont ouverts et un seul est clos. La principale explication pour ce manque de progrès est que « certains pays membres ralentissent le processus pour des raisons politiques », dit-il. Une dizaine de chapitres sont actuellement bloqués, dont cinq par la France parce qu'ils visent directement l'adhésion (à quoi s'oppose Paris). Huit chapitres ont été suspendus par l'UE en décembre 2006 parce que la Turquie refuse d'appliquer le protocole d'Ankara sur l'Union douanière. Cette suspension doit être réévaluée en décembre prochain. La Turquie va-t-elle ouvrir d'ici là ses ports et aéroports aux Chypriotes pour permettre le dégel des huit chapitres ? « Tout est réciproque. S'il n'y a pas de signe positif du côté de l'UE, personne ne peut attendre que nous fassions un pas positif unilatéral », répond M. Erdogan. Le négociateur turc, Egemen Bagis, a dit, jeudi, que le lancement du commerce direct entre l'UE et Chypre nord était une condition préalable à l'ouverture des ports et aéroports turcs (EUROPE n° 9929). M.Erdogan a aussi laissé entendre qu'il ne partage pas l'avis de la Commission européenne que le processus de réformes en Turquie a ralenti. « Nous sommes étonnés d'entendre cela », dit-il, soulignant que le renforcement des droits et libertés fondamentales et la réforme du secteur judiciaire sont des « priorités » pour son gouvernement et que le parlement y travaille « très dur ». La Turquie ne s'est pas fixé de date-butoir pour l'adhésion. « Certains parlent de 2013 ou de 2015, mais nous sommes patients. Une chose est certaine: nous ne renoncerons jamais à notre objectif », insiste le Premier ministre. En attendant, « nous ferons nos devoirs », ajoute-t-il.
« Partenariat privilégié ». Ce concept promu par Paris et Berlin est « inacceptable » pour la Turquie qui n'a « qu'un seul objectif stratégique: l'adhésion ». « Il n'est pas possible d'accepter quelque chose qui n'existe même pas dans l'UE et qui n'est pas prévu par l'acquis communautaire », souligne M. Erdogan. Interrogé à propos de Nicolas Sarkozy, il pointe du doigt un « manque de cohérence » dans le chef du président français qui, « en bilatéral », se montre très conciliant vis-à-vis de la Turquie mais dont les prises de position publiques sont « très différentes ». Cette « discrimination » est « triste à voir », estime M. Erdogan.
Élections européennes. Dans plusieurs pays membres (il n'a pas cité lesquels) « des politiciens à l'esprit étroit » ont utilisé la Turquie comme un sujet électoral, ce qui est «mauvais et populiste », fustige M. Erdogan. La Turquie, craint-elle les futurs référendums sur son adhésion dans plusieurs pays membres ? Non, pas vraiment, mais les gouvernements des États membres auront une lourde responsabilité à porter « car si l'attitude des gouvernements (à l'égard de la Turquie) est positive, alors celle de la population le sera aussi », affirme le Premier ministre turc.
Nabucco. En tant que pays de transit du gaz vers l'Europe, la Turquie soutient « entièrement » ce projet, souligne le Premier ministre qui espère que le contrat sur le consortium puisse être signé « en juillet » de manière à pouvoir fixer un calendrier pour la construction du gazoduc. Mais si l'UE veut parler d'énergie avec la Turquie, elle devra aussi parler de l'ouverture du chapitre « énergie » (actuellement bloqué par Chypre) dans les négociations d'adhésion, a insisté M. Erdogan. Il est « très populiste » de la part de l'UE d'attendre de la Turquie des engagements « unilatéraux » (soutenir Nabucco) sans faire elle-même des concessions vis-à-vis d'Ankara (ouvrir le chapitre « énergie »), estime M. Erdogan.
Chypre. Ankara soutient « pleinement » les négociations en cours sous les auspices de l'ONU en vue de trouver une solution équitable et acceptable au problème de la division de l'île. L'UE devrait davantage « encourager » les Chypriotes grecs à faire de même, estime M. Erdogan.
Relations entre les autorités civiles et l'armée. « Comparé au passé, les relations se sont beaucoup améliorées et elles continuent à s'améliorer tous les jours », estime M. Erdogan. Si l'autorité civile en Turquie continue à être fortifiée, le danger d'un coup d'État militaire, qui de toute façon serait « inacceptable » dans un État moderne et démocratique comme la Turquie, devrait être écarté « pour toujours ».
Iran. « Le pays peut lui-même résoudre ses propres problèmes », a répondu M. Erdogan à la question de savoir comment la communauté internationale devrait réagir aux événements à Téhéran. Le monde peut observer ce qui se passe en Iran (pays voisin de la Turquie) mais n'a pas le droit de vouloir influencer les développements politiques internes, estime-t-il. (H.B.)