Bruxelles, 13/05/2009 (Agence Europe) - Examiner la politique régionale de l'UE et voir comment elle pourrait être utile au développement régional dans d'autres parties du monde: tel était l'objectif premier de la conférence sur la gouvernance régionale, qui s'est tenue ce mardi 12 mai à Bruxelles à l'initiative de la commissaire compétente Danuta Hübner, et en présence de visiteurs des régions d'Europe mais aussi du Brésil, du Paraguay, du Canada, de la Chine, de la Russie, du Sénégal, du Burkina Faso et d'autres parties du monde (EUROPE n° 9898).
Se référant dans son discours d'introduction aux travaux du lauréat du prix Nobel 2007, le professeur Michael Spencer, Danuta Hübner a souligné qu' « il y a une demande croissante parmi nos partenaires internationaux pour s'engager avec la Commission afin de discuter des politiques qui visent à générer un développement territorial équilibré. Dans des pays qui connaissent une croissance rapide, tels que la Chine, le Brésil et la Russie, le fait de s'assurer que les bénéfices soient largement redistribués a donné lieu à un intérêt aigu pour la politique régionale et à la gouvernance régionale au niveau politique le plus élevé », a-t-elle précisé en ajoutant que « cela nous a encouragés à conclure des protocoles d'accord formels avec eux ». Mme Hübner a ensuite fait part de deux messages: (1) les régions deviennent des acteurs clés sur la scène mondiale afin de relever la plupart des défis économiques, sociaux et environnementaux que le monde doit affronter aujourd'hui. « Je suis fermement convaincue que ces défis requièrent des solutions régionales et locales. En d'autres mots, comme l'ont mis en avant nombre de scientifiques, nous avons besoin de penser mondialement et d'agir localement » ; (2) pour permettre aux régions de jouer un rôle actif croissant, le système de gouvernance multi-niveaux donne la bonne réponse institutionnelle et le cadre politique régional européen est le meilleur exemple dont on puisse tirer des leçons.
« Avec les 17 réseaux de régions de tout le globe, représentant près de 1000 régions du monde qui font partie du FOGAR (Forum global d'Associations de régions), nous sommes arrivés à la conclusion que, pour constituer les bases d'une mondialisation réussie, nous devons renforcer les grands regroupements régionaux tels que l'Union européenne, le Mercosur, l'UEMOA, etc. et faire monter en puissance les régions dans ces ensembles et à l'échelle mondiale, le tout accompagné de politiques d'équité territoriale, de politique de cohésion », a enchaîné le président de la Toscane et de la CRPM (Conférence des régions périphériques maritimes), Claudio Martini. Il a noté qu'aujourd'hui, les régions « définissent, construisent, mettent en œuvre des priorités, des programmes, des actions qui contribuent au développement de leur territoire, au bien-être de leurs populations ». Claudio Martini a ajouté que la participation des régions a contribué à la croissance, à la construction d'une Union territorialement la plus équilibrée possible, ce qui a contribué à l'acceptation et au soutien de l'idée européenne par les citoyens. Et de conclure: « Ce rôle que les régions ont obtenu de longue lutte au niveau européen, il faut maintenant le conquérir au niveau global ».
Stefano Manservisi, directeur général à la Commission (DG Développement), a déclaré d'entrée de jeu: « La politique régionale doit inspirer la politique de développement européen ». Le rapport entre ces deux politiques est fort, a noté M. Manservisi en appelant à «construire un partenariat plus structuré avec les autorités locales et à constater l'importance d'une politique financière structurée ». Que faire ensemble ? a demandé le directeur général, en répondant par trois points d'action: (1) consolider les assises qui puissent dialoguer avec les institutions européennes dans le cadre d'échanges continus ; (2) la Commission doit préparer un atlas de la coopération avec la contribution des autorités locales ; (3) mettre en place un mécanisme (sorte de stock-exchange) qui puisse préparer des objectifs (comme l'eau par exemple) et des allocations. Christophe Rouillon a présenté l'avis du Comité des Régions, adopté lors de la plénière du 22 avril 2009, et qui place le Comité au centre des collectivités territoriales qui s'occupent de la pauvreté dans le monde. « Un milliard d'hommes, femmes et enfants vivent avec moins d'un dollar par jour aujourd'hui ! », s'est exclamé le conseiller régional en rappelant que le Comité plaide pour une meilleure gouvernance et que nous sommes dans une période clé qui pose la question de savoir où est notre modèle de développement régional et local. Elsa Casa Cabello, commissaire aux affaires extérieures du gouvernement des îles Canaries, a présenté les Caraïbes « comme une référence de modèle institutionnel ». Mamadou Dior Diaw, directeur de la coopération décentralisée au Sénégal, a expliqué l'importance de la relation avec les régions africaines, « une relation qui devrait continuer à se développer de façon positive ». Et de conclure: « Il faut que l'on se rende à l'évidence que le local, c'est la voie du futur ».
« Réduire les inégalités régionales, c'est une mission pour une Union européenne qui vise à augmenter sa cohésion », a affirmé mardi en séance Xavier Gizard, secrétaire général de la CRPM. Mais comment les réduire ? Xavier Gizard a présenté cinq pistes pour y parvenir: « (1) l'efficience de l'agglomération: celle-ci n'est pas toujours liée à la croissance, et arrive un moment où une agglomération trop grande n'est plus efficiente ; (2) les coûts du transport: les régions à la périphérie de l'Europe sont loin d'être des axes principaux pour les transports et elles doivent soutenir leurs coûts qui sont plus importants du fait de l'éloignement ; (3) la fourniture des services d'intérêt généraux: il faut aussi tenir compte du coût du capital humain et de la migration ; (4) les frontières ouvertes: être sur une frontière doit être un atout et non un handicap, mais il faut créer les bases d'une coopération forte entre pays ; (5) la bonne gouvernance: le passage à des politiques coordonnées est essentiel pour assurer une bonne gouvernance entre l'Union, les États membres et les régions ».
Concluant les travaux, Dirk Ahner, directeur général à la Commission (DG Regio), a précisé que « pour la Communauté, la cohésion doit être interprétée d'une façon positive, sur ca capacité de mobilisation et pas seulement sur son effet compensateur ». (G.B.)