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Bulletin Quotidien Europe N° 9901
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/onu/climat

Il est temps de passer d'un accord européen à un accord global, affirment José Manuel Barroso, Nicolas Stern et Rajendra Pachauri

Bruxelles, 13/05/2009 (Agence Europe) - Les préparatifs s'intensifient en vue de la conférence climatique onusienne de Copenhague (7-18 décembre 2009) dont l'UE et les Nations Unies espèrent qu'elle sera un succès pour l'après-Kyoto. C'est à ces préparatifs qu'a été consacré le déjeuner de travail, mercredi 13 mai à Bruxelles, entre José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, le Dr Rajendra Pachauri, président du groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) et prix Nobel de la paix, et Nicolas Stern, auteur du rapport sur le coût économique du changement climatique. De l'avis de tous, l'absence prolongée d'engagements des pays industrialisés sur un objectif contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2020, comparable à celui qu'ambitionne l'UE pour tous les pays développés ( - 30% par rapport à 1990) demeure la principale difficulté des négociations. Tous trois se disent néanmoins confiants dans les chances de parvenir à un accord climatique global ambitieux en décembre, fondé sur une contribution équitable de chacun des pays à l'effort collectif. Hasard de calendrier, l'agenda du changement climatique et de l'énergie était aussi au menu d'un déjeuner de travail qui a réuni, le même jour, à Bruxelles, M. Barroso et Lars Lokke Rasmussen, le nouveau Premier ministre du Danemark qui accueillera la conférence de Copenhague. Tous deux se retrouveront à Copenhague mardi 26 mai pour poursuivre leurs discussions à ce sujet.

« Nous avons eu une excellente discussion sur l'état des préparatifs en vue d'un accord à Copenhague, mais nous avons aussi commencé à débattre de ce que nous avons à faire après Copenhague », a confié M. Barroso à l'issue de sa réunion avec les deux experts de renommée internationale. Avant Copenhague, il convient surtout de «construire l'élan » avant la réunion du G8 (l'Aquila, Italie, 7-9 juillet), le sommet des chefs d'État du Forum des économies majeures et les réunions onusiennes en septembre. « 2020 est une date importante mais ce n'est qu'une étape entre 1990 et 2050 », et c'est en 2050 que devront intervenir les changements majeurs, a fait observer M. Barroso pour donner une idée du chemin à parcourir après Copenhague. Avec l'adoption formelle du paquet Énergie/Climat le 23 avril dernier, « l'Europe a de nouveau fait la preuve de son leadership, dans les faits, non en paroles, puisqu'elle est la première région au monde à mettre en œuvre des objectifs contraignants en matière de climat et d'énergie aussi ambitieux. Mais nous sommes tout à fait près à partager cette position de leader », a-t-il précisé, estimant qu' « il est temps maintenant de passer d'un accord européen à un accord global ». Après avoir eu des entretiens avec les dirigeants américain, canadien et japonais, M. Barroso rencontrera, avant la fin du mois de mai, les dirigeants de la Chine et la Russie (un sommet avec Dmitri Medvedev est prévu la semaine prochaine).

Pour Nicolas Stern, qui a salué les travaux du GIEC et le rôle de chef de file de l'UE, aucun doute sur ce qu'il convient de faire: « Il faut réduire les émissions globales de 50% entre 1990 et 2050, et pour que l'accord soit équitable, les pays riches doivent réduire leurs émissions de 80% à cette échéance, avec un objectif intermédiaire ». Cela suppose que les émissions atteignent un pic en 2015, puis que débutent les réductions. L'enjeu est de taille car il ne s'agit pas seulement de sauver la planète, mais aussi de pouvoir poursuivre la croissance et combattre la pauvreté, a-t-il fait observer. Selon lui, le leadership de l'UE a été fondamental en termes d'objectifs, de technologies et de mécanismes (comme l'ETS), et « il est vital que ce leadership se poursuive car tout relâchement de l'Europe aurait un effet très important sur les négociations internationales. Penser qu'il faut relâcher l'effort à cause de la crise est une erreur car tout retard dans l'action en ces circonstances difficiles ne ferait qu'accroître les risques. Il faut investir dans les technologies pauvres en carbone », a-t-il martelé. Il juge « très attrayante la perspective d'une croissance sobre en carbone ».

Invité à se prononcer sur les objectifs des États-Unis, de l'Australie et de la Chine, M. Stern a répondu: « L'Europe est sur la bonne voie. Les États-Unis (entre -15 et -20% en 2020 par rapport à 2005, ce qui correspond à un retour au niveau de 1990 ou à une réduction de 5%) et l'Australie sont loin du compte. Mais il faut reconnaître que le chemin qu'ils ont parcouru au cours des deux dernières années est remarquable ». Quant à la Chine, sa stratégie énergétique qui débutera en 2011 fera référence à des réductions d'émissions, et les Chinois envisagent un pic de leurs émissions en 2020. « Il faut les aider à combattre la pauvreté en partageant les technologies avec eux », plaide M. Stern. Rajendra Pachauri estime que l'administration Obama, mobilisée par une crise économique majeure, a néanmoins pris des positions clés « qui donnent énormément d'espoir ». Il ajoute: « Je suis confiant qu'à Copenhague, les États-Unis feront partie de la communauté globale ».

L'Europe ne serait-elle pas la championne du cadre réglementaire, quand les États-Unis, eux, sont les champions des investissements massifs dans les énergies renouvelables et les emplois verts? Certes, « les États-Unis ont adopté un plan de relance fondé sur les emplois verts, mais l'Union européenne est chef de file en termes de réduction des émissions dans les transports, d'efficacité énergétique dans le secteur de la construction », répond Rajendra Pachauri. Et d'ajouter: « Les États-Unis ont vu dans la crise une opportunité d'investissements publics, mais ils adopteront aussi des mesures réglementaires. Les États-Unis sont dans une phase de rattrapage ». De l'avis de Nicolas Stern, la réduction des émissions exige des autorités publiques un prix pour les émissions (via l'ETS), une réglementation et le soutien aux nouvelles technologies: « Il existe des progrès sur les trois fronts aux États-Unis et dans l'UE, mais les États-Unis sont en rattrapage ». L'investissement, lui, sera poussé par le secteur privé. « Il est important que l'UE donne le signal à l'industrie qu'elle saisisse l'opportunité d'être leader en nouvelles technologies », rappelle M. Stern. (A.N.)

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