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Bulletin Quotidien Europe N° 9886
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Réflexions et débats européens liés à la réforme du monde de la finance

Les efforts européens pour concrétiser la réforme radicale du monde de la finance (voir cette rubrique d'hier) sont accompagnés par des évolutions d'autres dossiers liés à la crise économique et financière mondiale et pouvant influencer le fonctionnement de l'Union européenne. Certains aspects ont un caractère essentiellement technique, comme les projets de la Banque centrale européenne (BCE) ou les arguments pour ou contre l'hypothèse des eurobonds ; d'autres ont une signification plus large, comme le débat sur l'importance de la stabilité budgétaire ou la réflexion sur la notion de croissance économique.

Les implications des eurobonds. L'hypothèse d'emprunts européens est controversée en raison de ses liens avec la stabilité de l'euro et avec le glissement vers une responsabilité collective des déficits budgétaires. L'objectif serait de surmonter les difficultés que rencontrent certains pays de la zone euro à placer leurs bons du trésor sur le marché, avec la surcharge des taux d'intérêt qui en résulte. Devant la commission compétente du Parlement européen, Jean-Claude Juncker a estimé que le jour viendra où l'Union économique et monétaire disposera de cet instrument, car on comprendra qu'il est nécessaire ; mais il a reconnu que, pour le moment, dès qu'il l'évoque « on lui tire dessus ». En Allemagne, l'idée est rejetée car elle créerait une responsabilité européenne pour les dettes publiques des États membres en l'absence de leur gestion commune.

Un lien évident existe donc entre les eurobonds (obligations européennes) et la coordination obligatoire des politiques budgétaires: la zone euro ne peut pas devenir responsable des dettes publiques de ses membres si chaque État demeure maître de sa politique budgétaire. Selon Angela Merkel, l'équilibre budgétaire devrait constituer une obligation constitutionnelle, en harmonie avec le concept d'économie sociale de marché où le pouvoir public est le « gardien des règles ». Elle estime que la nouvelle architecture financière internationale devrait fixer des limites à l'endettement admissible ; tout déficit supplémentaire doit être provisoire et comporter des plans contraignants de retour à l'équilibre. L'UE doit anticiper en son sein ce que devrait devenir un jour une Charte mondiale de gestion et de surveillance économique. En attendant, ni les eurobonds ni une responsabilité commune des déficits ne sont, à son avis, possibles.

Il a été observé, que dans certains États membres, les recettes de l'impôt sur le revenu couvrent à peine les intérêts de la dette. Les dévaluations monétaires (que certains milieux préconisent) gonflent le coût de l'énergie et des matières premières importées ; l'effet apparemment positif n'est que momentané, et le remboursement des emprunts en devises fortes devient plus lourd à chaque dévaluation.

La BCE prépare… Faut-il conclure de ce qui précède que, pour le moment, aucune initiative européenne supplémentaire n'est possible ? Pas tout à fait. D'après les anticipations des milieux financiers, la Banque centrale européenne (BCE) se prépare à intervenir sur les marchés des capitaux. L'achat de bons du trésor nationaux ou d'autres titres publics lui étant juridiquement interdit, la BCE envisagerait l'achat sur le marché d'obligations privées à rendement fixe. Le volume maximal serait de l'ordre de 125 milliards d'euros sur six mois. L'opération serait annoncée le 7 mai, en indiquant une liste de titres (qui demande encore des travaux techniques de mise au point) ; les Banques centrales nationales seraient chargées des achats. Face aux indiscrétions, Jean-Claude Trichet a invité à ne pas attendre des coups de théâtre ; le rôle essentiel reste aux banques privées ; l'intervention de la BCE pourrait relancer l'octroi des crédits bancaires et contribuer à ramener à un niveau raisonnable les taux d'intérêt à court et à moyen terme. La BCE annoncerait en même temps la fixation de son taux de base à 1%, mais en confirmant que le taux zéro est exclu.

L'action de la BEI. Entre-temps, la Commission européenne met au point ses propositions sur les hedge funds et private equity, et Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d'investissement, a précisé les limites et les objectifs de ses financements. La BEI n'apporte pas d'aide à court terme ni des financements aux entreprises en difficulté. Elle finance exclusivement les investissements, en donnant la priorité à des projets qui peuvent devenir opérationnels aussi rapidement que possible tout en s'inscrivant dans une vision à long terme. Il a cité à titre d'exemples l'efficacité énergétique et les projets de recherche-développement pour l'automobile propre. En respectant ces principes, la BEI estime qu'elle augmentera de 30% le volume de ses prêts de cette année-ci et de l'année prochaine, en dépassant les 60 milliards d'euros par an.

Rappelons aussi la discussion sur la notion même de croissance économique (voir les Notules dans le bulletin n° 9883) et les doutes croissants sur la possibilité d'éviter une chute de la valeur du dollar.

(F.R.)

 

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