Prague, 15/04/2009 (Agence Europe) - Pour la première fois, une réunion informelle des ministres de l'UE chargés de l'environnement s'est posé la question de l'adaptation aux effets du changement climatique. Selon, Martin Bursik, président du Conseil Environnement, vice-premier ministre et ministre tchèque, démissionnaire, de l'Environnement, « nous devons changer notre façon de penser et intégrer l'adaptation au changement climatique dans l'ensemble de nos politiques, de l'agriculture à l'énergie ou aux assurances en passant par la gestion de l'eau ». Un message appuyé par Jacqueline McGlade, directrice de l'Agence européenne de l'Environnement, pour qui cela « arrive vite et de différentes façons sur l'Europe (…) ce qui nous conduit à agir plus rapidement que nous ne le pensions ».
Tour à tour, les ministres de huit pays membres (l'Allemagne, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) ont ainsi témoigné de mesures mises, ou à mettre en place, dans leur pays. Le ministre britannique a, par exemple, plaidé pour la pose de prises électriques en hauteur et non plus à ras du sol pour prévenir les courts-circuits en cas d'inondations. Dans un document de travail, la Présidence tchèque plaidait, quant à elle, pour un accroissement de la consommation de thé (qui requiert 30 litres d'eau pour une tasse de 25 centilitres) au détriment du café (dont l'ensemble du cycle de production nécessite 140 litres pour une tasse de 12,5 centilitres). S'inspirant du Livre blanc publié par la Commission européenne au début de ce mois, les ministres ont insisté sur le fait que les conséquences du changement climatique étaient très différentes d'un pays à l'autre et, parfois même, d'une région à l'autre selon les reliefs, et qu'en conséquence, les mesures d'adaptation devaient être prises, le plus souvent, au niveau national. Une vision toutefois nuancée par le président du Conseil Environnement pour qui il existe trois raisons importantes de coordonner les actions des États membres: « D'abord, le changement climatique a un impact transfrontalier, notamment sur les bassins fluviaux. En outre, il existe des secteurs, tels que l'agriculture, l'aquaculture ou la pêche, qui sont très intégrés en Europe et pour lesquels nous avons des politiques communes. Enfin, la troisième raison est la solidarité mutuelle entre les États membres ».
Les ministres ont souligné l'importance de l'échange mutuel d'informations, un objectif susceptible d'être atteint, par exemple, au travers de l'introduction d'un mécanisme commun de centres locaux d'échange d'informations, comme l'a proposé la Commission européenne.
Ils ont par ailleurs insisté sur le fait qu'il était nécessaire d'améliorer les systèmes d'information actuels qui servent de base à l'élaboration de mesures d'adaptation efficaces, notamment pour ce qui est des effets concrets des changements climatiques mais aussi de leurs incidences sociales et économiques et enfin de l'analyse des coûts et des apports de la réalisation des différents types de mesures. Et Martin Bursik d'ajouter qu'« il nous faut aussi revoir nos politiques et notre législation actuelles comme la directive-cadre sur l'eau, la politique agricole commune ou le programme Natura 2000 afin qu'ils soient mieux préparés pour les prochains effets du changement climatique ».
Dans un second temps, les ministres de l'Environnement se sont penchés sur la préparation des négociations sur le futur accord international climatique qui doivent avoir lieu en décembre prochain à Copenhague. L'ensemble des ministres présents ont reconnu que parvenir à un accord international était d'une importance capitale et que, comme l'a déclaré Chantal Jouanno, secrétaire d'État française à l'Écologie, « cette réunion informelle de Prague était un tournant crucial dans la préparation de Copenhague, insistant sur le fait que l'UE restait le leader sur le dossier des changements climatiques mais que nous ne sommes pas tous d'accord pour dire qu'on est ouverts à un co-leadership dès lors que d'autres pays s'adapteront à notre niveau d'exigences ». « L'UE est aujourd'hui la plus avancée et jusqu'à présent la seule région du monde à avoir adopté un ensemble ambitieux de mesures pour faire face au changement climatique ainsi qu'une position détaillée vis-à-vis du futur accord climatique de Copenhague, mais nous invitons d'autres pays à nous rejoindre », a renchéri Andreas Carlgren, ministre suédois de l'Environnement. La Présidence tchèque a conduit l'Union lors des négociations bilatérales avec l'Inde, le Japon et les États-Unis ainsi que lors des pourparlers multilatéraux dont les derniers se sont déroulés la semaine dernière dans le cadre de la réunion des Nations Unies à Bonn. « Malgré les problèmes politiques actuels en République tchèque, la Présidence va continuer à mener le débat sur cette question lors des réunions des Nations unies ou du G8 dans les mois à venir », a tenté de rassurer Martin Bursík.
Une première proposition de texte de l'accord de Copenhague devrait voir le jour en mai prochain, tandis que les États-Unis commencent à définir leurs positions. « On connaît mieux la position américaine et c'est fondamental, selon Stavros Dimas, commissaire européen à l'Environnement, parce que le succès de Copenhague repose sur des mesures concrètes et réalistes pour les pays en développement qui seront financées par des pays développés ». Le ministre Bursik a rappelé qu'il « est absolument évident que les économies se développant rapidement telles celles de la Chine, de l'Inde ou du Brésil, considéreront le passage à une économie à faible émission de carbone comme trop exigeant si elles ne reçoivent pas de soutien financier et technologique de la part du monde développé, notamment de l'UE, des États-Unis, du Japon et d'autres pays ». Sur ce volet épineux du financement des mesures nécessaires, qui dès la fin de la prochaine décennie devrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, l'UE propose « une contribution juste de l'Union au financement des mesures d'adaptation et de réduction des émissions, comme élément de l'accord de Copenhague » sans être plus précise avant que ne débutent les négociations de Copenhague. Martin Bursik et Stavros Dimas ont annoncé « une réunion informelle Environnement / Finance au niveau des directeurs généraux et vice-ministres dans un premier temps, puis des ministres si cela s'avère nécessaire ». Elle devrait se tenir dès le mois prochain. (P.B.)