login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9879
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour l'interprétation correcte du volet commercial des résultats du G20

Conclure le Doha Round en s'appuyant sur les résultats acquis. Le volet commercial des conclusions du Sommet du G 20 n'a pas eu beaucoup d'échos. On le comprend, car il ne contient rien de vraiment nouveau. Alors que les parties relatives à la refondation du monde de la finance sont innovantes et concrètes (voir cette rubrique d'hier), les paragraphes commerciaux se limitent à réaffirmer quelques principes, importants sans doute mais bien connus: rejet des pressions protectionnistes, invitation à relancer les échanges et les investissements, surveillance des incitations budgétaires afin d'éviter qu'elles soient discriminatoires, financement spécifique de mesures visant à développer le commerce. Avec en plus l' énième confirmation de l'engagement à faire aboutir le Doha Round, mais avec une indication supplémentaire: « Nous nous engageons à nous appuyer sur les progrès déjà réalisés, y compris en ce qui concerne les modalités ».

Le vrai objectif pour le secteur agricole. Quelle est la signification de cette phrase ? Si elle signifie que le Doha Round doit essentiellement engranger les résultats acquis, ce serait la sagesse même, parce que la recherche acharnée de concessions supplémentaires significatives conduirait à l'échec ; cette rubrique l'affirme depuis longtemps. Le domaine agricole en particulier n'a pas besoin d'une libéralisation supplémentaire spectaculaire, mais plutôt de nouvelles règles et disciplines. En ce domaine, le souci prioritaire n'est pas le développement des échanges mondiaux en lui-même mais la recherche de la sécurité alimentaire et le droit pour chacun de poursuivre un degré aussi élevé que possible d'autosuffisance alimentaire. Pour les pays pauvres, ce droit devrait représenter la revendication prioritaire ; et l'UE aussi ne devrait jamais l'oublier.

Cette exigence fait son chemin. Le rapport élaboré par Olivier De Schutter, à la demande de l'ONU, affirme explicitement que le commerce international ne garantit pas la sécurité alimentaire, et que la souveraineté alimentaire est incompatible avec l'organisation des marchés agricoles poursuivie par l'OMC (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9823). Le rapport McGuinness, adopté par le Parlement européen à une très large majorité, estime que la politique d'ouverture des marchés agricoles poursuivie par l'OMC a entamé la sécurité alimentaire de nombreux pays en développement. L'étude toute récente du think tank français Momagri a évalué les répercussions désastreuses qu'aurait une libéralisation incontrôlée des échanges agricoles mondiaux (voir notre bulletin n° 9877). Selon Jacques Carles, délégué général de Momagri, les effets seraient catastrophiques pour le revenu agricole dans les pays pauvres et dans les pays émergents importateurs (comme la Chine et l'Inde), et les répercussions seraient sérieuses en Europe et aux États-Unis à la fois pour la sécurité alimentaire et pour l'emploi agricole et dans le secteur agro-alimentaire. L'approvisionnement alimentaire mondial serait compromis et le caractère spéculatif de l'alimentation serait renforcé, avec des hauts et des bas impressionnants des prix qui affecteraient le potentiel productif aussi en Australie, au Canada et ailleurs. S'y ajouteraient les conséquences pour l'environnement et la nature.

Pour éviter ces désastres, Momagri estime nécessaire de créer une « gouvernance mondiale » de l'agriculture, dont il décrit les objectifs et le fonctionnement. C'est l'aspect faible, presque ingénu, de l'étude, car la structure préconisée ne s'improvise pas, elle demande des années de travaux et de négociations.

Une orientation qui progresse. C'est pourquoi le Doha Round devrait, à mon avis, renoncer à poursuivre une libéralisation excessive du commerce agricole mondial et l'OMC devrait plutôt agir pour renforcer les règles et leur application. Dans ce secteur, le G 20 devrait viser la sécurité et l'autosuffisance alimentaire.

C'est d'ailleurs dans ce sens que s'orientent de plus en plus les populations, les citoyens. Les pays en développement se rebellent contre l'achat de leurs terres par des pays riches ; Madagascar a annulé l'accord avec un groupe sud-coréen pour l'achat de 1,3 million d'hectares de terres, et des réticences analogues apparaissent ailleurs. Les longs voyages par le monde de produits alimentaires sont de plus en plus déconseillés, lorsqu'ils ne sont pas nécessaires mais essentiellement spéculatifs. L'Europe multiplie et renforce ses règles et précautions alimentaires, qui resteraient inefficaces si les produits importés y échappaient. Les réformes de la PAC visant à développer la concurrence et les échanges mondiaux sont de plus en plus contestées ; mais l'UE doit s'interdire de faire aux autres la concurrence déloyale qu'elle ne veut pas subir en supprimant ses subventions à l'exportation, sauf à l'égard des pays demandeurs d'importations à bas prix.

On le voit, le volet commerce agricole des conclusions du G 20 a besoin d'interprétations et de clarifications, dans l'intérêt surtout des pays les moins favorisés.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES