Bruxelles, 29/01/2009 (Agence Europe) - Le coordinateur de la lutte contre le terrorisme de l'Union européenne, Gilles de Kerchove, a annoncé, jeudi 29 janvier, son intention de faire de nouvelles propositions pour empêcher le Parti des travailleurs du Kurdistan (PPK) de lever des fonds en Europe pour financer des attaques en Turquie et au nord de l'Irak. « Je vais présenter au Conseil (des ministres de l'UE) des propositions pour renforcer la lutte contre le PKK en Europe en raison de ses activités négatives de collecte de fonds pour mener des attaques à la fois en Turquie et au nord de l'Irak », a-t-il déclaré lors d'une audition devant la sous-commission sécurité et défense du Parlement européen à Bruxelles. Le PKK, considéré comme un groupe terroriste par Ankara et la plus grande partie de la communauté internationale, a pris les armes en 1984 pour revendiquer l'indépendance du sud-est de la Turquie, à majorité kurde. Depuis, le conflit a fait 44 000 morts. « Le PKK est sur la liste des organisations terroristes et est un mouvement très actif dans la collecte des fonds dans l'UE », a souligné M. de Kerchove. « Mais je ne vois aucun lien concret entre ce mouvement et Al-Qaïda et ses réseaux franchisés comme Al-Qaïda au Maghreb islamique qui restent la principale menace pour l'UE », a-t-il toutefois précisé.
Popularité de Ben Laden en chute. « Il est frappant de voir que le soutien dans le monde musulman pour Al-Qaïda, pour les talibans, pour Oussama ben Laden est en déclin », a indiqué M. de Kerchove. « Ce n'est pas une surprise puisque l'essentiel des victimes du terrorisme islamique extrémiste sont des musulmans eux-mêmes », a-t-il ajouté. Et de poursuivre: « Si vous regardez YouTube et vous regardez le nombre de vidéos qui y sont mises par les musulmans eux-mêmes, il est intéressant de voir le nombre de séquences dénigrant Oussama ben Laden ». Selon M. de Kerchove, il faut encourager cette tendance: « Tout ce qui peut contribuer à la fois à inciter les autorités religieuses (…), les musulmans modérés à s'exprimer à travers la création de portails, de sites Internet, la confection de clips vidéo, va dans la bonne direction ». Comme exemple de cet engagement, il a notamment cité le livre du Docteur Khaled Abou El Fadl intitulé « The Great Theft: Wrestling Islam from the Extremists » qui dénonce le détournement de l'Islam à des fins criminelles.
« Vision à long terme » du partage des données. « Le point sur lequel j'insiste le plus et sur lequel le Parlement européen aura un rôle important à jouer, c'est d'essayer de déterminer une stratégie à long terme en matière de collecte et de partage de l'information » en matière de sécurité, a déclaré M. de Kerchove. Il a regretté que l'UE n'ait pas encore été capable de développer une vision suffisamment globale dans ce domaine. « Nous n'avons pas l'ambition prométhéenne de tout collecter sur tout le monde à tout moment. Nous voulons limiter la collecte de l'information à ce qui est strictement nécessaire parce que notre point de départ est celui de la protection des données à caractère personnel », a-t-il dit.
En attendant le Traité de Lisbonne. « À vingt-sept, nous avons atteint la limite pour élaborer du droit pénal », a jugé le coordinateur, suggérant qu'il est temps que l'Union européenne se dote enfin du Traité de Lisbonne pour faire avancer la coopération policière et judiciaire qui se joue encore actuellement à l'unanimité au Conseil. Si le mandat d'arrêt européen est « un véritable succès », le mandat d'obtention des preuves est, en revanche, « complètement raté », a-t-il affirmé pour appuyer son propos. « La plus grande réforme du Traité de Lisbonne, c'est la communautarisation du troisième pilier. La sécurité intérieure ne se développera plus dans le contexte actuel », a conclu M. de Kerchove. (B.C.)