Bruxelles, 03/12/2008 (Agence Europe) - Devant un hémicycle peu garni, le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a présenté aux députés européens réunis en plénière, mercredi 3 décembre, les enjeux du Conseil européen des 11 et 12 décembre. Une réunion qui s'annonce « difficile » avec un ordre du jour très chargé.
Relance économique coordonnée. « Les propositions de la Commission vont dans le bon sens », a répété M. Jouyet, au lendemain de l'approbation, par les ministres des Finances de l'UE, du plan de relance (EUROPE n° 9795). « L'effort qui est proposé par la Commission répond aux difficultés » actuelles, a-t-il estimé et « nous sommes déterminés à obtenir le plan d'ensemble le plus ambitieux possible », a affirmé M. Jouyet. Il est « assez difficile de trouver une réponse économique pour 27 pays avec des situations de départ si différentes », a observé José Manuel Barrroso pour qui « la mise en œuvre du Plan de relance doit bénéficier du même dialogue soutenu que lors de sa préparation ». Selon le président de la Commission, « chacun doit prendre ses responsabilités ». Il serait particulièrement incohérent de ne pas se mettre d'accord pour renforcer nos actions au niveau européen, a-t-il souligné, appelant à « ajuster le cadre budgétaire européen » et à permettre une utilisation de « tous les crédits qui ne sont pas dépensés ».
Au nom du PPE-DE, Joseph Daul a salué le travail de la Commission et les nombreux textes qu'elle a présentés depuis le déclenchement de la crise. « Notre priorité doit être de rétablir la confiance des consommateurs », a rappelé l'élu français, regrettant que certaines familles politiques ne partagent pas cette approche et essaient de profiter de la crise pour en tirer des avantages politiques. Le centre droit ne le fait pas, a souligné M. Daul, qui souhaite défendre l'économie sociale de marché européenne que le monde nous envie. « 25 millions de chômeurs ! Ce sera pour 2010 à moins que nous agissions maintenant », s'est inquiété Poul Nyrup Rasmussen. « Ce que je ne trouve pas dans le programme de la Commission, c'est l'ambition », a déploré le président du Parti socialiste européen. Selon lui, il faut établir un véritable scénario pour protéger l'emploi et définir de combien nous avons besoin en conséquence (selon lui, 1% du PIB l'année prochaine, mais aussi en 2010 et 2011). « L'Europe a déjà été dans des eaux tièdes et il nous faut une action déterminée du Conseil », a aussi exhorté Graham Watson (ADLE, britannique). L'urgence demeure et « je pense que je n'ai pas besoin de le redire au président du Conseil », a reconnu dans un sourire M. Jouyet.
Paquet climat-énergie. L'objectif reste d'obtenir un accord en première lecture d'ici la fin du mois. Ce n'est « pas une question de vanité de la Présidence française », a précisé M. Jouyet, qui affirme ne pas vouloir s'éloigner de la logique initiale de la Commission. Pour autant, il faut être « suffisamment flexible » avec les pays qui doivent faire de gros efforts et avec les secteurs industriels qui sont les plus concernés. M. Jouyet a par ailleurs jugé que l'accord obtenu lundi en trilogue était « équilibré » (EUROPE n° 9795). « Tout ce qu'a dit la Commission est contredit par les réunions de trilogue sur le paquet climat », a en revanche estimé, au nom des Verts-ALE, Rebecca Harms. Pour l'élue allemande, il faudrait véritablement structurer ce « New Green Deal » dont tout le monde parle au lieu de poursuivre sur la voie des politiques du passé.
Traité de Lisbonne. Avec le double objectif d'éviter une marginalisation de l'Irlande en Europe et de proposer une solution qui respecte les positions des autres États membres, les chefs d'État ou de gouvernement devront se prononcer sur les suites à donner au non irlandais au Traité de Lisbonne. Préfigurant peut être de la voie à suivre, un rapport adopté la semaine dernière par la sous-commission du parlement irlandais a constaté qu'il n'y avait pas d'obstacles juridiques à la tenue d'un second référendum, moyennant certaines assurances (EUROPE n° 9792). Ce rapport a été salué par le Taoiseach, Brian Cowen, qui ne l'a toutefois pas repris formellement à son compte. Les contacts entre MM. Cowen et Sarkozy se poursuivront d'ici la fin de la semaine, a déclaré M. Jouyet, en rappelant que la Présidence du Conseil était prête à aider les Irlandais à comprendre leurs demandes et à voir de quelles garanties juridiques ils ont besoin, « en sachant que 25 parlements ont ratifié le traité et qu'il faut donner un signal clair quant à l'entrée en vigueur du traité ». Une ambition que ne partage pas Mary Lou McDonald (élue irlandaise de la GUE-NGL). (A.B.)