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Bulletin Quotidien Europe N° 9782
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE et le sommet financier mondial: signification réelle, ambitions modestes

Sommet opportun mais sans décisions. Aucune décision spectaculaire ne sortira du Sommet mondial de ce samedi à Washington sur la crise financière. Des attentes excessives ne pourraient qu'engendrer des déceptions ou des accusations d'inefficacité aux grands de ce monde. L'objectif est de prouver une volonté commune de réagir, les pays émergents et les représentants des pays moins favorisés étant enfin invités aux côtés des pays industrialisés qui dominent les organismes financiers internationaux. Un signal, quelques expressions de bonne volonté et la décision de se réunir à nouveau: voici ce qu'il est raisonnable de prévoir.

Certains observateurs se demandent si la date a été bien choisie, car elle implique que les États-Unis ne sont pas représentés par leur nouveau président et son administration, mais par un président qui ne dispose plus de véritables pouvoirs de décision. Je crois que cette remarque n'est pas justifiée et que la réunion est dès maintenant opportune. Attendre M. Obama signifierait retarder la rencontre de plusieurs mois, le temps qu'il ait pris ses fonctions, nommé ses collaborateurs et défini la position américaine. Il est opportun qu'au moins un message commun soit lancé et que la sensation d'urgence soit réaffirmée.

Les progrès de l'UE. Les prévisions modérées sur les résultats immédiats possibles ne signifient donc pas que la réunion soit une cérémonie inutile et qu'elle ne puisse pas avoir des répercussions significatives pour l'avenir. Quel rôle y jouera l'UE, qui, en pratique, en avait pris l'initiative ? Je ne partage pas le scepticisme qui semble prévaloir dans certains milieux communautaires. Certes, l'UE est encore loin d'avoir défini une stratégie cohérente et globale sur la nouvelle gouvernance financière indispensable, mais elle y travaille sérieusement et certains progrès sont déjà visibles. Au-delà du contenu technique des textes, ce qui est, à mon avis, essentiel est la double évolution sur les principes: il est maintenant reconnu dans l'UE que les marchés financiers doivent respecter des normes détaillées et être soumis à une surveillance rigoureuse ; il est généralement admis que ces normes doivent être contraignantes et ne pas représenter seulement des orientations gérées par les intéressés eux-mêmes.

Il est vrai que le document préparatoire au Sommet de Washington, approuvé par le Conseil européen, indique des principes et des orientations davantage que des mesures opérationnelles. Mais, entre-temps, la Commission présente à un rythme accéléré les projets de règles qui étaient parfois en préparation depuis longtemps (par exemple, le régime européen pour les Agences de notation) mais se heurtaient à des réserves qui sont aujourd'hui, en principe, balayées. Quelques États membres continuent à craindre la naissance d'une réglementation à leurs yeux excessive ; mais le Conseil européen a quand même défini une position concertée (dont notre bulletin n° 9778 a amplement rendu compte), après avoir assoupli quelques aspects du projet de la présidence résumé dans notre bulletin n° 9777. Les changements sont relativement mineurs.

Quatre principes et cinq orientations ont été retenus, reprenant l'essentiel des idées qui avaient fait l'objet de vastes débats dans les semaines précédentes, à différents niveaux et au sein du Conseil européen lui-même. Je renvoie à nos bulletins déjà cités, qui ne cachent pas les réserves ni un certain scepticisme (notamment de M. Juncker) sur les résultats prévisibles. Certains aspects sont encore controversés, par exemple le rôle du FMI dans la réforme du système monétaire international.

Par moment, les chefs de gouvernement ont donné l'impression de se préoccuper surtout de leur participation au Sommet de Washington. L'Espagne y sera, la France lui cédant sa place «nationale» car elle dispose déjà d'une place «européenne» (présidence). Les Européens seront nombreux (même trop, selon certains pays d'autres continents), mais ni le président de l'Eurogroupe ni celui de la Banque centrale européenne ne sont invités (sauf changements de dernière minute). La cohérence de la participation européenne est discutable, mais sur la crise financière l'Europe s'exprimera amplement.

Le volet qui manque. Ce qui, en revanche, fait encore défaut est une orientation commune pour faire face à la crise économique. Le Conseil européen n'en a pas encore délibéré (il le fera en décembre) et la définition de politiques uniformes apparaît pratiquement impossible car les situations ne le sont pas. Certains États membres disposent de marges de manœuvre budgétaires, d'autres pas car ils n'ont pas assez réduit leurs déficits lorsque c'était possible. L'UE n'a ni un «gouvernement économique» ni les ressources financières pour agir comme un ensemble. Les pays qui ont rejeté la participation à l'euro s'en repentent, mais c'est un peu tard. L'UE ne peut agir qu'avec les instruments dont elle dispose ; chacun est responsable de ses choix d'hier.

(F.R.)

 

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