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Bulletin Quotidien Europe N° 9760
Sommaire Publication complète Par article 34 / 36
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 796

*** DIETER FRISCH: La politique de développement de l'Union européenne. Un regard personnel sur 50 ans de coopération internationale. Centre européen de gestion des politiques de développement (21 Onze Lieve Vrouweplein, NL-6211 HE Maastricht, Pays-Bas. Tél.: (31-43) 3502900 - fax: 3502902 / 5 rue Archimède, V-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2374310 - fax: 2374319 - Courriel: info@ecdpm.org - Internet: http://www.ecdpm.org ). Collection "Rapport ECDPM", n° 15. 2008, 74 p.. ISBN 978-90-72908-36-0.

Gratuit et publié également en anglais sous le titre "The European Union's Development Policy - A Personal View of 50 Years of International Cooperation", ce petit ouvrage est parole d'orfèvre. Même si, pour cause de départ à la retraite, il a quitté la Commission depuis 1993 déjà, Dieter Frisch est un nom qui reste présent dans beaucoup de mémoires, à Bruxelles comme ailleurs dans le monde. C'est que, entré à la Commission dès 1958, ce grand commis de l'Europe a passé les deux tiers de ses 36 années de carrière à la DG Développement, ne lui étant infidèle que le temps d'assumer les fonctions de directeur à la DG Budget entre 1977 et 1982. Il revint alors au "bercail" avec le titre - et les responsabilités - de Directeur général du développement, ce qui lui valut de piloter les négociations de Lomé III et IV. Qui mieux que lui pouvait donc retracer l'évolution de la coopération au développement de la Communauté, puis de l'Union, et guider dans les méandres de la genèse des relations nouées avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, des Conventions de Yaoundé et Lomé jusqu'à, cerise sur le gâteau, la concrétisation formelle de la coopération au développement européenne dans le traité de Maastricht ? A l'évidence, personne.

Avec ces pages de nature essentiellement historique, Dieter Frisch explique n'avoir voulu assouvir aucune ambition académique. Son seul but est d'offrir à ses lecteurs le témoignage de son expérience personnelle de la coopération et, ainsi que l'écrit dans sa préface Paul Engel, directeur du Centre européen de gestion des politiques de développement, de "faire connaître le passé" et de "s'assurer que l'on ne perde pas la trace des racines de ce côté résolument international" de l'aventure européenne. Dans un premier temps, l'auteur rappelle ainsi ce que fut le chemin "de Rome à Lomé" entre 1958 et 1975, avec l'association des pays et territoires d'outre-mer, la Convention de Yaoundé et les Accords de Lagos et d'Arusha, l'aide alimentaire en tant que première forme d'aide non liée géographiquement, la politique commerciale comme instrument de la coopération au développement, la politique de développement à la croisée des chemins lorsque, au début des années 70, la Commission ouvrit la voie au dépassement de la politique d'association limitée sur le plan régional aux anciennes colonies qui prévalait jusqu'alors. C'est ensuite le chemin parcouru de 1975 à 1993, "de Lomé à Maastricht", puis la route empruntée jusqu'au traité de Lisbonne, qui sont parcourus.

Plusieurs enseignements généraux se dégagent de ces pages. Le premier, c'est que la volonté politique l'emporte, et de loin, sur les textes juridiques: Dieter Frisch rappelle de manière très claire que la politique européenne de coopération au développement a évolué trente-cinq années durant… sans base juridique spécifique, vide qui n'a été comblé que dans le traité de Maastricht. D'où aussi le constat que ce sont des personnalités qui ont fait progresser la construction européenne, au moins autant que les traités successifs: "retenons que les procédures et les structures, même les plus complexes, voire tordues, peuvent fonctionner si ceux qui en ont la charge sont animés par la volonté de les faire marcher !", conclut l'auteur dans ce qui apparaîtra, aux yeux de certains, comme un appel angoissé. A lire Dieter Frisch, on comprend aussi que la Commission doit, aujourd'hui tout comme hier, se garder de susciter, par de grands effets d'annonce, des attentes auxquelles ses ressources humaines et financières ne lui permettront pas de donner un contenu opérationnel par la suite. Pour l'auteur, il importe encore de ne jamais lâcher la proie pour l'ombre, mais bien de bâtir à partir de l'acquis, pour fragmentaire qu'il soit, afin de développer graduellement une politique cohérente: Dieter Frisch laisse ainsi clairement entendre que si la Convention de "Yaoundé" avait été abandonnée pour mettre en place directement une politique à l'échelle mondiale, l'Union européenne ne serait probablement aujourd'hui nulle part en matière de politique de développement. Enfin, l'ancien DG rappelle une vérité qui devrait être sans cesse répétée: la position de la Commission n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle entretient avec le Conseil des ministres des relations de confiance, confortées par son professionnalisme et son indépendance. D'aucuns le liront peut-être comme un autre appel angoissé.

Michel Theys

*** BARBARA DELCOURT, MARTA MARTINELLI, EMMANUEL KLIMIS (sous la dir. de): L'Union européenne et la gestion de crises. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "Études européennes". 2008, 270 p.. ISBN 978-2-8004-1412-6.

Conscients de s'attaquer à un domaine déjà maintes fois étudié, les auteurs de cet ouvrage ont voulu "apporter des éléments de réflexion permettant tout à la fois de questionner les évolutions récentes et de développer de nouveaux agendas de recherche" en matière de gestion des crises internationales par l'Union européenne. Il s'agit donc ici d'entrouvrir une porte sur une évaluation réelle des politiques mises en œuvre, ce type de démarche étant à l'heure actuelle, selon eux, impossible du fait d'un manque de recul ou de la diversité des missions menées. Pour ce faire, après avoir fait le point sur les théories existantes en matière d'interaction des États et de résolution des conflits, les représentants des États membres, de l'Union, des ONG et du monde académique ayant participé à la rédaction de cet ouvrage ont procédé en trois étapes. Tout d'abord, les moyens d'intervention et la coordination entre chacune des trois grandes institutions européennes (Conseil, Commission et Parlement) sont analysés. Les auteurs y expliquent le manque de cohérence perçu au sein de l'Union par une structure et des processus de décision trop complexes, auxquelles s'ajoutent des politiques nationales parfois incompatibles. La deuxième partie est divisée entre étude de cas et analyse des relations entre l'Union, les ONG, l'Onu ou l'OCDE. Elle met en lumière la forte compétition entre acteurs sur le terrain, le manque de cohérence entre eux, la nécessité de prendre en compte les spécificités locales ou encore, plus étonnant, l'existence de problèmes récurrents dans des régions aussi différentes que la République démocratique du Congo et la Macédoine. Le tout est par ailleurs enrichi de l'expérience vécue par le major de Fabribeckers en RDC qui confirme les propos des analystes académiques. La troisième et dernière partie, plus large, amène une réflexion intéressante sur l'intégration des dimensions civiles et militaires ("militarisation de l'humanitaire et privatisation du militaire"), sur les moyens à mettre en œuvre pour l'améliorer, ainsi que sur la coordination entre action nationale et européenne (cas de la Belgique et de la Région des Grands Lacs). En conclusion, un travail convaincant qui, malgré certaines nuances, voit dans la coordination à la fois le problème et la solution en matière de gestion européenne efficace des conflits.

(TBa)

*** INES TREPANT: Pays émergents et nouvel équilibre des forces. Centre de recherche et d'information socio-politiques (1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 -
Courriel: crisp@cfwb.be - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 1991-1992. 2008, 55 p., 12,40 euros.

Ce Courrier hebdomadaire met en lumière le contexte dans lequel les pays émergents se sont développés et appréhende quelques questions clés que la montée en puissance de la Chine, de l'Inde et du Brésil soulève pour l'Union européenne. Concrètement, Inès Trépant esquisse les caractéristiques majeures de ces pays et évoque le contexte de leur émergence. Elle analyse ensuite les principaux enjeux que ces pays posent sur les plans économique, social, environnemental et sous l'angle des droits de l'homme, ainsi que la manière dont l'Union se profile par rapport à eux. Enfin, l'auteur étudie brièvement la manière dont ces puissances émergentes sont en train de modifier le rapport de forces au sein des institutions internationales. Une étude brève qui montre de manière claire que le monde multipolaire de demain ne sera plus seulement façonné au gré des seules humeurs du monde occidental.

(MT)

*** CHRISTOPH BERTRAM: Rethinking Iran: From confrontation to cooperation. Institut d'études de sécurité (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris cedex 16. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.europa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection "Chaillot Paper", n° 110. 2008, 58 p., 10 €. ISBN 978-92-9198-126-7.

L'Institut d'études de sécurité est une agence de l'Union qui a pour mission de fournir à celle-ci des analyses et des recommandations dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense. Il est on ne peut mieux dans son rôle avec cette brève publication qui invite l'Occident à cesser d'aborder le cas iranien de manière belliqueuse tel un taureau devant le chiffon rouge de la menace nucléaire, mais à plutôt se souvenir que dans le cas du problème autrement problématique qu'a pu constituer en son temps l'Union soviétique, une approche moins hystérique, fondée sur un alliage de dissuasion, d'endiguement et de détente, peut s'avérer tout à fait payante.

(PBo)

*** TIMOTHY J. LYNCH, ROBERT S. SINGH: After Bush. The Case for Continuity in American Foreign Policy. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). 2008, 381 p., 20 £. ISBN 978-0-521-88004-6.

La fin de l'ère Bush s'approchant, nombreux sont ceux qui ont parié sur le fait que son successeur serait obligé d'envisager la politique extérieure des États-Unis d'une manière totalement différente. Timothy Lynch et Robert Singh ne sont pas de ceux-là: pour eux, le prochain président américain ne pourra que perpétuer ce qui est déjà devenu, par la force des choses, une tradition politique presque ancestrale. La ligne rouge de l'ouvrage est ainsi une comparaison de l'ère Bush junior avec celle de l'administration Truman pendant la guerre froide. Une comparaison que les auteurs poussent à l'extrême… Ainsi, la guerre contre le terrorisme, leitmotiv de la politique extérieure américaine au cours des sept dernières années, est considérée ici comme la "deuxième guerre froide". Le conflit en Irak est, lui, directement comparé à la guerre du Vietnam, et les auteurs semblent convaincus que si George W. Bush était le Truman du début du 21ème siècle, les États-Unis attendent le Reagan qui le suivra.

Afin d'appuyer ces thèses aussi surprenantes qu'innovantes, les auteurs ont effectué une comparaison de la politique étrangère de Bush avec la tradition installée par ses prédécesseurs. Pour eux, point de doute possible: l'ère Bush "s'intégrait dans cette tradition et l'a étendue", et sa politique extérieure est la seule à même de gagner la guerre contre la terreur. "Parce que les frustrations et les ambitions de l'ennemi ne semblent pas vouées à changer avec le temps, nous ne devrions pas nous attendre à ce que la réponse américaine à ces ambitions change beaucoup non plus", expliquent les auteurs. L'ouvrage amène une réflexion sur les pour et les contre de l'administration Bush, la place des organisations internationales comme l'Otan et l'Onu dans la lutte contre le terrorisme, la guerre en Irak ou encore les relations des États-Unis avec les grandes puissances mondiales telles que l'Europe, la Russie, la Chine ou l'Inde. Loin de faire l'apologie de la guerre mais précisant toutefois que "ni la faiblesse ni le statut quo ne suffiront", les auteurs signalent que le nécessaire combat contre le terrorisme "ne veut pas dire que la lutte doit prendre une forme militaire, vu que le développement économique, l'éducation, la diplomatie et d'autres instruments peuvent être d'une utilité substantielle". Néanmoins, la position tranchée des auteurs est parfois à prendre avec des pincettes. Nous vivons ainsi, selon eux, dans "un monde profondément dangereux" marqué par "le caractère indispensable de la puissance américaine face à un nouvel ennemi global" … De quoi faire sourciller certains. La politique extérieure de George W. Bush est, quant à elle, qualifiée de succès au vu de sa capacité à empêcher l'accession des islamistes aux armes de destruction massive, tandis que la guerre en Irak, malgré quelques bémols, semble être considérée comme une décision incontournable. Au final, un livre aussi intéressant que dérangeant !

(TBa)

*** BERNARD REMICHE, JORGE KORS (sous la dir. de): L'Accord ADPIC: dix ans après. Regards croisés Europe-Amérique latine. Éditions De Boeck / Larcier (39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480711 - fax: (32-10) 482750 - Internet: http://www.larcier.com ). Collection "Droit Economie international". 2007, 560 p.. ISBN 978-2-8044-2708-5.

Actes d'un séminaire organisé par l'Association internationale du droit économique à Buenos Aires en 2005, cet ouvrage est entièrement consacré à l'accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce, signé en 1994 lors de la mise en place de l'OMC. Sa particularité: une collaboration entre sommités intellectuelles venant d'Europe et d'Amérique latine qui a permis de mettre en perspective l'effet des ADPIC sur chacune des deux régions. Au cours de ce forum, des groupes constitués de deux économistes et de deux juristes (un de chaque région) ont débattu de quatre thèmes distincts. Le premier s'est attelé à l'analyse de l'interaction entre bilatéralisme et multilatéralisme en partant de l'étude du cas des brevets. On y retrouve ainsi, entre autres, une comparaison entre les accords bilatéraux des États-Unis et de l'Europe, l'impact de l'Uruguay Round sur la situation en Amérique latine ou la traditionnelle question des conséquences de la prolifération des accords bilatéraux sur l'efficacité de l'OMC. La deuxième partie s'intéresse au cas des brevets dans le secteur de la santé publique et pose la question des avantages de ces brevets pour l'amélioration de celle-ci. Ensuite, les auteurs s'attaquent à la question de l'innovation et du transfert de technologies, avant de terminer par celle des droits d'auteur et de l'accès à l'information dans le cadre d'une évolution de plus en plus rapide des TIC: efficacité et légitimité du système, mesures à prendre pour l'améliorer… Ce livre constitue à n'en pas douter un incontournable pour toute personne intéressée par la question des droits intellectuels.

(TBa)

 

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