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Bulletin Quotidien Europe N° 9760
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Relance de la coopération UE/Russie: perspectives et obstacles

La relance est acquise, mais… Un aspect du Conseil européen de cette semaine ne suscitera pas de controverses ; les relations avec la Russie. La relance de la coopération et la reprise des négociations sur l'accord de partenariat sont pratiquement acquises. Ce n'est pas seulement une question de calcul politique et d'opportunité, mais une évolution souhaitée et recherchée d'un côté comme de l'autre.

Ceci ne signifie aucunement que la suite sera simple ni que les divergences sont aplanies ; au contraire, bien des aspects controversés subsistent, aussi bien politiques (indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie avec en perspective les problèmes de l'Ukraine et de la Crimée) qu'économiques et surtout énergétiques. Les négociations seront difficiles. Mais l'hypothèse d'une rupture n'a jamais été prise en considération par l'UE. Elle était préconisée dans certains milieux américains, et quelques pays européens particulièrement sensibles (à juste titre) aux précédents historiques étaient hésitants ; ils devaient être rassurés, ils l'ont été. Dans l'UE comme ensemble, l'idée de la rupture n'existait que dans la tête de quelques exaltés ou inconscients, et le choix de la relance s'est imposé tout naturellement.

Positifs mais réalistes. Certaines prises de position en faveur de la coopération avaient le ton de véritables plaidoyers. Eneko Landaburu, le haut fonctionnaire de la Commission chargé de négocier l'accord de partenariat au niveau technique, avait prouvé l'exigence réciproque de coopérer sur le plan économique et surtout énergétique (voir notre bulletin n° 9751) ; mais il avait insisté en même temps sur les aspects politiques, historiques et culturels. Après la dissolution de l'URSS, la Russie avait subi humiliation sur humiliation et avait d'abord réagi comme un animal blessé. Quelque chose subsiste de cette réaction, mais la coopération russe avec l'Europe et les États-Unis s'est progressivement développée, non seulement sur le plan économique mais aussi politique et dans quelques cas militaire: Iran, Afghanistan, Tchad, lutte contre le terrorisme, utilisation croissante de l'euro. Mais il ne faut certes pas cacher ni sous-évaluer les divergences, qui s'appellent: indépendance reconnue des deux territoires juridiquement géorgiens déjà cités, réintroduction du concept de zones d'influence, restrictions confirmées et même renforcées en matière d'investissements L'Europe ne doit pas être ingénue. Si, à Moscou, on affirme que Gazprom agit sur la base de critères purement commerciaux, on a le droit de sourire, et la réciprocité doit être requise sans failles dans les dispositions de l'accord de partenariat. L'UE ne doit pas non plus renoncer à ses exigences en matière de démocratie et de droits de l'homme, mais en gardant à l'esprit que l'interprétation de ces concepts n'est pas toujours uniforme et que les mots n'ont pas partout la même valeur et la même signification.

Réactions encourageantes, points à clarifier. Les réactions russes sont dans l'ensemble encourageantes (voir notamment notre bulletin n° 9754). Moscou ne veut pas parler de zones d'influence (concept américain, à son avis, tout comme la notion d'encerclement), mais de régions où la Russie a des intérêts spécifiques ; et la nature des liens avec ces régions est librement choisie, rien n'est imposé. Moscou n'a aucune objection au développement des liens des républiques de l'ex-URSS avec l'UE, c'est leur affaire ; ce à quoi elle s'oppose, c'est leur entrée dans l'OTAN. Moscou est disposée à participer directement au projet Nabucco (le gazoduc destiné à fournir du gaz asiatique à l'UE sans passer par le territoire russe).

L'UE souhaite que la Russie renonce à la tactique visant à «jouer» les États membres l'un contre l'autre. Elle l'utilise sur le plan économique surtout dans le domaine de l'énergie. Elle l'avait essayée sur le plan politique à propos du cessez-le-feu en Géorgie, mais M. Sarkozy n'avait pas cédé, ni à propos de la présence physique des institutions européennes (M. Barroso et M. Solana) à la réunion de Moscou, ni à propos du drapeau européen. C'est une tactique à courte vue… sauf si l'UE elle-même la justifie, notamment en renonçant à parler d'une seule voix en matière énergétique.

En principe, il n'y a pas de conflit idéologique entre l'Europe et la Russie comme à l'époque de la guerre froide. Les conflits qui existent sont de nature géopolitique, résultant du fait que les pays du voisinage sont les mêmes. Ces conflits peuvent être réglés par la volonté de coopération. Le Conseil européen de cette semaine abordera en principe le dossier Russie dans le même esprit qui a caractérisé la rencontre impromptue de mercredi dernier à Évian entre M. Sarkozy et M. Medvedev: ouverture, dans la clarté et la franchise. Cet esprit devrait s'imposer non seulement à propos des questions politiques, mais aussi et surtout dans le secteur essentiel de l'énergie, où les défis et les difficultés se multiplient, ce qui appelle un commentaire spécifique.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE
SUPPLEMENT