Bruxelles, 25/09/2008 (Agence Europe) - Les derniers cas de piraterie au large des côtes somaliennes, qui ont poussé les pêcheurs concernés à se réfugier aux Seychelles et qui inquiètent les travailleurs de ce secteur, ont fait, mardi 23 septembre, l'objet d'un débat au Parlement européen. Le président en exercice du Conseil, Dominique Bussereau, secrétaire d'État français chargé des transports, et le vice-président de la Commission européenne chargé des Transports, Antonio Tajani, ont fait le point sur les mesures prévues par l'Union pour lutter contre ces actes, qui se sont multipliés dans certaines régions au cours des dernières années.
Le 14 septembre, « presque hier », un thonier a été attaqué au large des côtes somaliennes: il ne s'agit pas d'un cas isolé, puisque c'est le dixième incident de cette sorte depuis juillet, a déclaré d'emblée Dominique Bussereau, président du Conseil. Ce phénomène risque de s'étendre aux eaux internationales et il présente un danger grave pour les navires agissant dans le cadre du Programme alimentaire mondial. Les Nations unies ont adopté deux résolutions qui devraient permettre une meilleure application des mesures préventives et répressives existantes, et l'Union européenne s'est déjà engagée sur cette voie en adoptant au mois d'août un concept de gestion de crise et, lundi 15 septembre, une option militaire stratégique. Dans ce cadre, rappelle le président du Conseil, « le lancement d'une opération navale est clairement envisagé ». Dans une première étape, une cellule de coordination militaire a été mise en place à Bruxelles, pouvant agir sur trois volets: l'accompagnement de certains navires, la protection des navires du PAM, la surveillance de zones de pêche.
Nous sommes en train de revenir en arrière de plusieurs siècles, a constaté le commissaire Tajani, en évoquant aussi le danger que les actes qui se sont concentrés dans certaines zones puissent s'étendre à d'autres, à travers l'action de réseaux criminels organisés qui veulent « attaquer scientifiquement les navires et les passagers ». La Commission européenne a toujours défendu la liberté de navigation et souscrit aux mesures préventives contre les actes illégaux dans le cadre de l'Organisation maritime internationale. Une révision actuellement en cours des instruments juridiques de l'OMI dans ce domaine devrait être achevée en décembre, a précisé M. Tajani. Il insiste par ailleurs sur la nécessité de promouvoir des normes de sécurité de navigation dans les pays partenaires de l'UE, notamment les pays méditerranéens ou l'ASEAN (dont le Forum régional prépare actuellement un séminaire sur la question). Les services de la Commission étudient en outre l'opportunité de se servir de l'instrument de stabilité pour soutenir des initiatives régionales ainsi que des moyens pour aider les pays à risque, afin d'« enlever de la main-d'œuvre aux organisations criminelles » qui misent sur la pauvreté des gens. Une question se pose enfin, a dit le Commissaire: ces actes de piraterie sont-ils utilisés pour financer le terrorisme international ? « Même si, aujourd'hui, il n'existe pas de preuve que le terrorisme soit financé par le paiement de rançons, rien ne nous dit que, a priori, ceci n'est pas possible », conclut M. Tajani, en demandant un effort pour mieux comprendre les flux financiers associés à la piraterie.
Mettre en place une cellule de crise, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant, a affirmé, au nom du PPE/DE, l'Allemand Georg Jarzembowski, en plaidant pour des opérations maritimes concertées sur place, fondées sur une claire évaluation stratégique de la situation. Il faut protéger les pêcheurs, et offrir une escorte aux navires qui transportent l'aide humanitaire aux pays qui en ont besoin, a ajouté, pour le groupe socialiste, l'Espagnole Rosa Miguelez Ramos. Nous ne pouvons pas dire aux pêcheurs que la recrudescence de la piraterie n'est pas l'affaire de l'Europe, a déclaré à son tour le Français Philippe Morillon, président de la commission de la pêche, qui parlait pour le groupe ALDE: au contraire, « elle doit être l'occasion pour l'Union de mettre en œuvre les moyens de défendre partout, si nécessaire, ses valeurs et ses intérêts ». Il faudra aussi consulter les alliés de l'Union à travers le monde, selon le général Morillon, convaincu que des moyens d'action efficace existent, à condition d'en avoir la volonté. Le cas de la Somalie est particulièrement grave, puisque ce pays a connu, l'année dernière, 27 cas de piraterie, a rappelé l'Espagnol Raül Romeva i Rueda, pour les Verts/ALE: il est donc essentiel de contribuer à une solution de la crise politique en Somalie.
Le socialiste français Gilles Savary, tout en se félicitant de la réaction rapide des pays concernés (France et Espagne), a invité les pays de l'Union à éviter: - d'accepter l'idée d'armer des navires civils, qui aurait des conséquences dangereuses ; - de laisser déraper ce phénomène (éventuellement vers le terrorisme) ; - de laisser les États membres agir « en ordre séparé ». La solidarité s'impose, soutient M. Savary: ceux qui n'ont pas le moyen de se protéger doivent l'être par ceux qui les ont. Et il conclut: « La criminalité est dans la nature de l'homme, mais sa légitimité se nourrit du désespoir des peuples » ; il importe donc d'aider ceux qui vivent dans la privation. Du côté du PPE/DE, sa compatriote Margie Sudre est d'accord: il faut aider les pays concernés à retrouver la stabilité politique et à sortir de la pauvreté, et la seule solution durable est politique et diplomatique. Si on veut des résultats dans la lutte contre la piraterie, il faut en avoir les moyens, ajoute l'Espagnole Carmen Fraga Estevez (PPE/DE), auteur d'un amendement budgétaire, qui propose de consacrer 2 millions d'euros à une étude de faisabilité sur les instruments auxquels on pourrait avoir recours. Dans le même groupe, Daniel Varelas Suanzes-Carpegna a rappelé que l'Espagne a attiré déjà il y a longtemps l'attention du Conseil et de la Commission sur ce problème, et qu'elle a pris l'initiative de faire survoler certaines zones par des avions de reconnaissance, dans un but de dissuasion. La pêche ne doit pas devenir une activité à haut risque, estime l'élu espagnol. Le Grec Giorgios Dimitrakopoulos (PPE/DE) est également favorable à une intervention aérienne dans les zones concernées, et demande que l'on modernise le droit de la mer pour améliorer les bases juridiques des mesures qu'on pourrait être obligés de prendre.
L'idée d'une intervention musclée de l'Union contre les actes de piraterie ne plaît pas à tout le monde. Pour des raisons différentes: la Verte allemande Angelika Beer se méfie d'actions à l'allure militaire, alors que le conservateur britannique Geoffrey Van Orden estime qu'il s'agit d'une affaire pour l'OTAN.
Non, a répliqué le président du Conseil: l'OTAN n'a pas compétence en la matière, elle a un mandat pour le terrorisme et « ce n'est pas la même chose ». Et il s'est félicité de la réaction concrète de certains États, qui, par une « réponse militaire adaptée, ont donné des signaux forts permettant d'épargner des vies ». (L.G.)