Genève, 23/07/2008 (Agence Europe) - Arrivé seulement mercredi 23 juillet au matin à Genève, le ministre indien du Commerce Kamal Nath a été le principal animateur du 3ème jour de la réunion ministérielle de l'OMC qui vise à arrêter les grandes lignes d'un accord multilatéral sur les modalités de libéralisation des échanges mondiaux. S'exprimant devant la presse dans l'après-midi, le leader des pays émergents du G-20, aux côtés du Brésilien Celso Amorim, s'est dit « optimiste » après l'offre faite la veille par Susan Schwab de réduire à moins de 15 milliards de dollars (USD) par an les soutiens internes américains (EUROPE n° 9708). « Il faut admettre que les États-Unis ont bougé. C'est bon signe », a-t-il souligné, assurant néanmoins attendre des « mouvements encore plus marqués » de tous les pays développés. Dans sa proposition initiale, le G-20 demande que Washington baisse ses soutiens internes jusqu'à 12 milliards USD par an ; le projet d'accord du médiateur agricole de l'OMC, Crawford Falconer, demande pour sa part une baisse comprise entre 13 et 16,4 milliards USD. En agriculture, M. Nath, dont le pays se range aussi aux côtés de l'Indonésie au sein du groupe des pays « Amis des produits spéciaux », le G-33, a également réaffirmé son attachement au maintien, dans un accord éventuel, du mécanisme de sauvegarde spéciale qui permettrait aux pays en développement de protéger leurs producteurs temporairement en cas d'augmentation massive soudaine des importations. Sur les produits industriels (NAMA), M. Nath a souligné l'importance pour les pays en développement de « protéger leurs jeunes industries de plus en plus compétitives ». Dans ce contexte, il a quelque peu critiqué la clause « anti-concentration », voulue par les pays développés, qui vise à empêcher un pays d'exclure du champ de la libéralisation une importante concentration de produits appartenant à la même catégorie, comme les véhicules et les vêtements. Sur les services, M. Nath a promis une « offre concrète » mais exigé en retour « de bonnes offres », en particulier sur les réglementations intérieures pour qu'elles ne constituent pas des entraves aux investissements, ainsi que sur le mode 4 de l'AGCS, qui concerne le déplacement de particuliers à l'étranger pour fournir des services dans un autre pays. « La conférence de signalisation sur les services doit donner des indications qui ne soient pas réversibles », a-t-il averti. Enfin, M. Nath a souligné l'importance des indications géographiques (IG) pour l'Inde, qui veut protéger son riz Basmati. Sur les IG, la négociation s'annonce difficile pour l'UE et la Suisse, qui comptent respectivement 818 et 23 produits d'appellation d'origine contrôlée, puisque Mme Schwab a indiqué mardi que les États-Unis n'entendent pas s'engager dans cette négociation qui « ne fait pas partie du mandat ».
Par la voix de son porte-parole Keith Rockwell, mardi matin, Pascal Lamy a reconnu après une réunion de sept heures mardi en Green room, où se réunissent à huis clos les ministres, que les négociations étaient passées à un « stade intensif ». Le directeur général de l'OMC a toutefois appelé les pays membres à intensifier davantage leurs discussions après des « progrès modestes » enregistrés depuis trois jours. Le processus a pris une journée de retard puisque la conférence de signalisation sur les services prévue jeudi a été reportée à vendredi.
Enfin, à l'issue d'une réunion des ministres du Commerce de l'UE qu'elle présidait, la Française Anne Marie Idrac a remercié la Commission pour sa fermeté en Green room. Mme Idrac a aussi souligné que les NAMA constituent désormais un « sujet d'attention extrême » pour les Vingt-sept. « Sur les questions agricoles, nous n'avons plus rien à offrir. Nous attendons une réciprocité sur nos intérêts offensifs, les NAMA, pour lesquels il nous faut des niveaux bas sur les coefficients et les flexibilités pour les pays émergents. Et nous voulons que la clause « anti-concentration » soit effective et pas seulement un tigre de papier », a-t-elle conclu. (E.H.)