Bruxelles, 04/06/2008 (Agence Europe) - En marge de son intervention devant la commission du commerce international du Parlement européen, vendredi dernier (EUROPE n° 9672), le directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, a accordé un entretien exclusif au service de presse du PE, lequel l'a interrogé sur les possibilités d'action de l'OMC face à la flambée des prix alimentaires, au changement climatique et à l'épuisement des ressources naturelles.
Flambée des prix alimentaires. Sur ce point, l'ancien commissaire européen au Commerce estime que « ce que peut faire l´OMC, c'est être utile dans un meilleur ajustement entre la demande - qui est plus forte qu'avant, notamment dans la consommation des céréales - et l'offre - c'est-à-dire la capacité des pays, et notamment en développement, à augmenter leur production. La courroie de transmission entre les deux, c'est le commerce ». « Mais il faut évidemment que les pays riches comprennent que les subventions qu'ils versent endommagent le système de production dans un certain nombre de pays du tiers monde. Il faut qu'ils acceptent des disciplines supplémentaires. On le savait depuis longtemps: cette crise remet ça à l'ordre du jour, à un moment important pour la négociation », fait toutefois valoir M. Lamy.
Relations entre commerce, changement climatique et épuisement des ressources. Interrogé sur la manière dont l'OMC peut contribuer à mieux équilibrer le partage des ressources qui se raréfient, son directeur a répondu: « La première manière de le faire c'est plutôt un peu plus de commerce qu'un peu moins. Si les Égyptiens devaient produire toutes les céréales qu'ils mangent et qui, aujourd'hui, sont affreusement chères, il n'y aurait plus une goutte d'eau dans le Nil ! Donc le commerce, de temps en temps, est un moyen de faire appel aux ressources naturelles, là où elles sont le mieux disponibles ». Par ailleurs, a-t-il ajouté, « il y a tout ce qu'on peut faire sur le plan tarifaire: favoriser du point de vue des droits de douane les biens environnementaux, ouvrir davantage le marché des services environnementaux. Il y a plein de pays du tiers monde qui en ont maintenant les capacités ». Sur l'après-Kyoto, Pascal Lamy affirme: « Nous pouvons accompagner un accord qui, un jour peut-être, je le souhaite, reviendra sur le post-Kyoto et les questions du changement climatique. Ce ne sont pas des choses qui se négocient à l'OMC...Mais il est évident que le jour où il y aura un accord qui succédera à Kyoto -et il sera sûrement plus large et sans doute plus astreignant que Kyoto-, il faudra que nous nous ajustions. Comme ce sont, en gros, les mêmes membres qui négocient les règles sur le changement climatique et ceux qui négocient les règles sur le commerce, ça ne devrait pas a priori faire de difficultés majeures ».
Enfin, pour le directeur de l'OMC, intensifier les échanges commerciaux ne signifie pas forcément accroître la pression sur les ressources naturelles. « Il faut se méfier des évidences et regarder tous les calculs », argumente-t-il, expliquant qu' « il y a des cas, par exemple si le prix de l'énergie n'est pas au bon niveau du point de vue du changement climatique, où le commerce laisse une mauvaise empreinte sur le changement climatique. Et il y a plein d'autres cas où l'empreinte est meilleure si vous faites du commerce. » (O.L.)