Bruxelles, 27/05/2008 (Agence Europe) - L'UE devrait saisir l'« opportunité historique » des élections présidentielles aux États-Unis pour se présenter à la future administration américaine avec ses propres priorités de manière à mieux faire valoir, à l'avenir, la position et les valeurs européennes sur les grands défis de la mondialisation et de la politique internationale, estime le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui présidera le Conseil de l'UE au moment du scrutin américain en novembre. « L'élection américaine ouvre une opportunité historique, celle de nous (l'UE) préparer pour offrir à la nouvelle administration un agenda - une feuille de route - qui corresponde à nos priorités, des grilles d'analyse des crises et des solutions que nous pourrions pousser ensemble. Sur les grands sujets politiques aussi, le monde attend de nous, de l'Union européenne, une audace et une créativité que nous sommes seuls à pouvoir incarner », a dit M. Kouchner dans un discours devant l'assemblée annuelle du European Policy Centre (EPC), le 26 mai à Bruxelles. « J'en suis convaincu, l'Europe seule peut rendre possible et suffisamment humaine une mondialisation qui soit conforme à notre histoire, à nos valeurs, à nos projets. Qui ne se fasse pas aux dépens des plus pauvres (…) Par ses fondements démocratiques, par son expérience du compromis, par la transparence de ses pratiques, l'Europe est seule à pouvoir faire de cette mondialisation une chance pour les peuples, un progrès partagé », a-t-il souligné.
La future Présidence française de l'UE, au second semestre 2008, s'efforcera de contribuer à ce que l'UE soit capable de jouer ce rôle, a dit M. Kouchner. A cette fin, elle se concentrera sur trois ambitions:
a) préparer l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne: « Il faudra désigner le président du Conseil européen et le futur Haut Représentant, poser les fondations du nouveau service européen de l'action extérieure dès le 1er janvier 2009, trouver une articulation efficace entre la présidence du Conseil européen et la présidence tournante, et définir accessoirement le rôle qui reviendra, dans ce nouveau schéma, aux ministres des Affaires étrangères ». Les nominations seront décidées « à 27 avant la fin 2008 », a souligné M. Kouchner ; interrogé sur les candidats les plus prometteurs pour le poste de président du Conseil européen, il a répondu: « Tony Blair est un bon candidat, Jean-Claude Juncker est un bon candidat, Felipe Gonzalez est un bon candidat » ; b) élaborer des réponses à la mondialisation qui soient « imprégnées des idéaux, des règles de droit et des valeurs d'humanisme qui font le modèle européen » ; concrètement, pour la future Présidence française de l'UE, cela recouvre plusieurs domaines, parmi lesquels la recherche de compétitivité (mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne rénovée adoptée en mars dernier) associée à une « solidarité renouvelée, à travers des services publics de qualité qui contribuent à la croissance, un agenda social rénové, la lutte contre les discriminations » ; sans la défense de ces objectifs, « l'UE perdrait non seulement son identité, mais encore son efficacité et sa raison d'être », a dit M. Kouchner ; autres domaines sur lesquels l'UE doit offrir aux citoyens des réponses: la politique de migration (l'objectif est d'adopter sous présidence française un « Pacte européen pour l'immigration »), le changement climatique (Paris souhaite parvenir à un accord politique sur le « paquet énergie climat » au Conseil européen de décembre) et la régulation des marchés financiers ; c) renforcer la diplomatie européenne: en dix ans, « l'Europe politique a déjà considérablement progressé » (17 opérations civiles et militaires ont été conduites jusqu'ici dans le monde entier), mais il est indispensable que l'UE se dote d'une véritable politique de défense ; « il n'y aura pas d'Europe politique sans une Europe de la défense », a dit le ministre ; « notre objectif, sur la base des avancées concrètes déjà enregistrées, est de mettre en place une vision et des objectifs partagés, des capacités communes et des moyens de défense civils et militaires crédibles. Les moyens actuellement à notre disposition, objectivement, ne sont pas à la hauteur de ce qu'est l'Europe, politiquement, économiquement et technologiquement », a estimé M. Kouchner qui a quand même conclu sur une note optimiste: si aujourd'hui, « le président soudanais bloque encore le déploiement » d'une force conjointe de l'Union africaine et des Nations unies pour la protection de la population du Darfour, « dans dix ans, je pense que l'UE sera capable de mener toute seule une telle mission de protection ». (H.B.)