login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9669
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les aspects positifs de la crise financière ne doivent pas être négligés - Une nouvelle gestion des marchés est en train de naître dans l'UE

Annonces catastrophiques démenties. Les faits justifient de plus en plus l'idée que la crise monétaire et financière implique, à côté des difficultés dont tout le monde parle, des effets positifs à moyen et à long terme: prise de conscience politique des aspects inadmissibles de la situation précédente ; amélioration radicale de la gestion financière mondiale.

Certes, les répercussions négatives de la crise perdurent et il faut y faire face, mais sans prendre à la lettre les annonces catastrophiques des milieux financiers. Les effets sur la croissance ne sont pas, en Europe du moins, aussi catastrophiques qu'on avait voulu les annoncer ; les organismes internationaux, y compris le FMI, avaient tort, les analystes de l'UE avaient raison. Au cours du premier semestre de l'année, l'Allemagne a enregistré sa meilleure performance économique depuis 1996. Les banques qui n'avaient pas dépassé un niveau raisonnable de risques spéculatifs et de comportements abusifs limitent leurs pertes et rétablissent progressivement leur équilibre. Lorsque la crise aura été surmontée, l'économie mondiale aura une gouvernance financière plus juste et plus efficace que celle qui vient d'éclater. Ceux qui ont perverti la signification de l'activité bancaire auront moins de gains et d'avantages indus, ils seront mieux contrôlés et l'économie réelle pourra respirer. Il ne faut pas confondre les pertes des organismes financiers qui, par le passé, avaient profité sans scrupules des fruits de leurs spéculations avec les pertes de l'économie réelle, même si, dans les statistiques, les données se mélangent et la pénurie de liquidités peut créer des difficultés pour tous (dans ces cas, on l'a vu, les Banques centrales, la BCE y compris, interviennent).

Une panoplie encourageante. Dans l'UE, malgré les difficultés et les divergences, l'assainissement est en cours. La panoplie des nouvelles disciplines et des nouveaux instruments en cours d'élaboration est encourageante, les travaux du Groupe de l'euro et du Conseil Economie/Finances le prouvent. Nos lecteurs ont pu les suivre et je n'y reviens pas sinon pour souligner que les projets retenus par les ministres vont au-delà du domaine strictement financier (transparence des marchés, surveillance, fonctionnement des agences de notation, disciplines pour l'activité des «Fonds souverains» des pays tiers, etc.), car ils couvrent aussi d'autres sujets qu'autrefois les mêmes ministres négligeaient, tels que: a) la nouvelle stratégie douanière de l'UE (avec le renforcement de la répression de la contrefaçon et de la fraude, ainsi que l'amélioration de la sécurité des marchandises importées et du commerce) ; b) l'intention d'introduire la «bonne gouvernance fiscale» dans les accords avec les pays tiers, non seulement ceux qui sont déjà liés à l'UE par des accords bilatéraux - Suisse, Monaco, Liechtenstein, Andorre, Suisse- mais aussi d'autres pays tiers notamment asiatiques (il est question de Singapour, Macao et Hong-Kong), ainsi que certaines anciennes colonies européennes. L'analyse de la Commission indique que l'épargne déposée dans ces pays continue à échapper largement à la fiscalité européenne (voir notre bulletin n° 9659).

L'indignation de Jean-Claude Juncker. Des divergences sensibles subsistent sur les disciplines et les règles à introduire, mais l'intention de créer un système normatif européen contraignant (et non seulement des orientations à appliquer par les intéressés eux-mêmes) semble progresser. Le ton du président du Groupe de l'euro, Jean-Claude Juncker, à l'égard des abus du monde financier, confirme la volonté d'agir. Dans sa conférence de presse du 13 mai, M. Juncker avait eu des mots très durs pour les rémunérations abusives que les grands patrons de la finance et de l'industrie parfois s'attribuent: il avait parlé de «dérapages proprement scandaleux», d'un «fléau social» (voir notre bulletin n° 9660), en précisant: «nous courrons le risque de ne plus être compris par nos citoyens si nous lançons des appels à la modération salariale alors que les chefs d'entreprise font l'inverse ». Le Commissaire européen Joaquín Almunia a observé qu'une recommandation de la Commission contient déjà des indications à ce sujet, mais elle n'a eu aucun résultat. La Présidence slovène du Conseil ÉcoFin a annoncé que des mesures seront mises à l'étude au prochain semestre, sous Présidence française, dans le but de «moraliser le capitalisme». Cette intention a soulevé quelques réactions scandalisées dans une partie de la presse (alors que les entrepreneurs ont fait preuve de davantage de dignité). Mais M. Juncker a précisé que ses intentions se réfèrent à des instruments fiscaux. Il est question d'agir sur les parachutes dorés (dont les montants sont parfois ahurissantes, on le sait) et sur le régime des stocks options. Deux États membres, l'Allemagne et les Pays-Bas, sont en train d'élaborer des mesures fiscales vigoureuses, et des réactions positives arrivent de France et d'Italie. L'objectif de l'UE est de définir des orientations au niveau communautaire, et de viser ensuite le niveau mondial.

Des réticences subsistent. Les progrès ne sont pas toujours faciles. Les ministres eux-mêmes sont réticents à perdre certaines compétences nationales. L'idée des eurobonds pour financer des grands projets publics d'ouvrages d'art d'intérêt européen (qui avait été déjà lancée par Jacques Delors) n'aurait, selon les experts, aucune chance d'aboutir, parce que plusieurs ministres rejettent l'idée d'une dette publique européenne qui échapperait à leur contrôle mais dont leurs pays seraient coresponsables. Ce projet est soutenu surtout par les États membres les plus endettés ou les moins riches. L'idée d'une représentation commune de l'UE dans les grandes institutions financières internationales et notamment le FMI n'a pas davantage de chances de progresser dans un avenir prévisible ; Jean-Claude Juncker a constaté, avec son ironie habituelle, que plusieurs responsables politiques, après examen du dossier, reconnaissent que ce serait raisonnable et ils y sont favorables en principe… jusqu'au jour où ils deviennent à leur tour ministres des Finances.

Meilleure compréhension. Le scepticisme global serait toutefois déplacé ; le fait en lui-même de discuter ensemble permet de mieux comprendre l'attitude du voisin et facilite la solidarité. Des indications en provenance de Paris assurent par exemple que la France a renoncé à l'hypothèse de réduire l'autonomie de la Banque centrale européenne ou de modifier son mandat ; un dialogue renforcé entre l'Eurogroupe et la BCE est désormais l'objectif reconnu.

La surveillance du système bancaire, dans ses différents aspects, demeure au centre des discussions, notamment à propos du partage des responsabilités entre les autorités de surveillance nationales et européennes. Un régulateur européen unique semble impensable, mais il est largement admis que les systèmes purement nationaux sont insuffisants et parfois inefficaces, car les activités des grandes banques dépassent partout le cadre national, elles sont actives dans l'ensemble de l'UE ; les crises bancaires ne peuvent plus être gérées que par des instruments européens. Un système permettant une information complète et des décisions rapides est indispensable. On y travaille activement. Il est devenu possible d'y croire.

(F.R.)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
SUPPLÉMENT