Bruxelles, 31/03/2008 (Agence Europe) - La commission de la pêche du Parlement européen a organisé, jeudi 27 mars, une audition publique sur l'avenir du secteur européen de l'aquaculture (pisciculture et conchyliculture). Certains participants ont souligné que les perspectives de croissance de l'aquaculture en Europe sont bonnes, compte tenu du fait que la pêche ne suffit pas pour répondre à la demande des consommateurs en produits de la mer qui ne cesse d'augmenter. Toutefois, certains orateurs ont indiqué que la production européenne en produits d'aquaculture commence à stagner, à cause de la concurrence effrénée des pays asiatiques et des difficultés, dans certaines régions, pour trouver de nouveaux sites où implanter des entreprises aquacoles.
Le secteur de l'aquaculture dans l'UE produit actuellement environ 1,3 million de tonnes de produits pour un montant de quelque 3 milliards d'euros. Ceci équivaut à environ un tiers de la valeur totale de la production du secteur communautaire de la pêche et un cinquième en tonnage produit. L'aquaculture emploie plus de 80000 personnes à plein temps.
Lara Barazi-Yeroulanou, de la Fédération grecque des maricultures, a expliqué que, d'ici à 2030, l'aquaculture dans le monde devra produire 85 millions de tonnes de produits de la mer par an pour satisfaire la consommation. « C'est une industrie que l'UE ne peut pas ignorer », a-t-elle lancé, en estimant que le potentiel de la production européenne est encore largement inexploité: la production de l'UE est d'environ 1,5 million de tonnes, contre 48 millions de tonnes de production mondiale. Elle a insisté sur l'importance de lancer une campagne d'information sur: - les bienfaits sur la santé de la consommation de produits issus de l'aquaculture ; - la sécurité des produits grâce aux règles sanitaires très strictes ; - le respect de l'environnement. Mme Barazi a aussi appelé à une réforme de l'organisation commune de marché (OCM) des produits de la pêche et de l'aquaculture avec les suggestions suivantes: - établir une distinction entre la pêche et l'aquaculture (les structures de production sont très différentes) ; - fournir des mécanismes appropriés d'intervention (des prix de référence pour chaque espèce) ; - parvenir à une mise en œuvre stricte et uniforme des règles d'étiquetage ; - encourager la formation d'alliances interprofessionnelles. « L'aquaculture européenne peut survivre mais ne peut pas croître », a regretté Mme Barazi.
Elena Mente, de l'Université de Thessalonique, a rappelé que la Grèce est le plus grand producteur en Europe de bar et de dorade d'élevage, avec 100 000 tonnes en 2006 et que l'Italie est le principal marché pour ces deux espèces. Elle a évoqué par ailleurs de « très bonnes perspectives » pour l'aquaculture biologique qui n'en est encore qu'à ses premiers balbutiements.
Julie Dinimant, attachée de direction au Comité national de la conchyliculture (en France), a précisé que la production en Europe de coquillages représente plus de 50% du tonnage effectué par le secteur de l'aquaculture. La France fournit 90% des huîtres dans l'UE (près de 130 000 tonnes sur 142 000 t, loin devant l'Espagne). S'agissant des moules, l'Espagne est loin devant (295 000 t), devant le Danemark et les Pays-Bas. Mme Dinimant a vanté certains mérites de la conchyliculture, une activité « extensive, en milieu ouvert et qui n'a pas d'impact sur son environnement ». En plus, ce secteur rend des services aux écosystèmes (en retirant du carbone et en constituant un puits d'azote). Les qualités essentielles pour le développement de la conchyliculture sont: - la protection des eaux conchylicoles (mais la directive-cadre 2000/60/CE sur l'eau prévoit l'abrogation dès 2013 de la directive 91/492/CEE sur la qualité des eaux conchylicoles, ce qui inquiète l'orateur et le secteur) ; - l'accès aux sites (il faut gérer les conflits potentiels avec les activités concurrentes que sont l'urbanisation et le tourisme) ; - la promotion des produits et du savoir-faire européens.
L'Espagnol Javier Ojeda, directeur de l'APROMAR (Association patronale des producteurs de cultures marines), a présenté les dernières technologies en aquaculture qui ont permis de mieux comprendre les interactions avec l'environnement, de mieux traiter les poissons et de mieux évaluer les qualités nutritionnelles des produits. Alistair Lane, le directeur général de la Société européenne d'aquaculture, a noté que de nombreux consommateurs ignorent l'origine du poisson qu'ils consomment. Il a préconisé la création d'une plateforme européenne pour les consommateurs et fait référence au code de conduite des producteurs d'aquaculture dans l'UE.
« Nous savons, en Europe, comment produire poissons et coquillages d'élevage. Pourtant, la Communauté européenne importe presque 50% de ses besoins en produits de la mer », s'est alarmé Richie Flynn, secrétaire général de l'Association des éleveurs irlandais, section aquaculture. L'aquaculture, par exemple en Asie et en Amérique du Sud, est le secteur alimentaire qui augmente le plus rapidement. Alors que la production aquacole dans l'UE a tendance à stagner et baisse même dans certains segments de l'industrie, a déploré M. Flynn.
« Il n'y a pas d'autre alternative que l'augmentation de la production aquacole pour satisfaire la demande de poissons par le consommateur européen (…) et le marché européen est le premier débouché pour le marché du poisson ou du coquillage dans le monde », a dit le représentant de la Commission européenne. Celle-ci prévoit d'adopter en novembre une communication sur une stratégie révisée de développement de l'aquaculture européenne. (L.C.)