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Bulletin Quotidien Europe N° 9623
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/conseil europeen

La stratégie de Lisbonne toujours sur les rails

Bruxelles, 14/03/2008 (Agence Europe) - « La stratégie de Lisbonne a été couronnée de succès et nous pensons qu'il en sera de même au cours du second cycle », s'est félicité devant la presse le Premier ministre slovène et président en exercice de l'UE, Janez Jansa. Lancé ce vendredi 14 mars par le Conseil européen, le nouveau cycle triennal (2008-2010) de la stratégie pour la croissance et l'emploi reprend largement les orientations précédentes. Cela constitue une « excellente base de travail » et « autant de nouvelles opportunités d'agir, de moderniser l'économie européenne et de l'adapter aux technologies d'avenir », a souligné M. Jansa.

Les bases de l'économie européenne restent solides, même si la croissance économique sera probablement plus faible en 2008 qu'elle ne l'était en 2007 (2,9%), constatent d'emblée les conclusions du Conseil européen, lequel estime que l'évolution enregistrée ces dernières années est certes liée à la conjoncture favorable, mais aussi aux réformes structurelles engagées dans la cadre de la stratégie de Lisbonne et aux effets positifs de l'euro et du marché unique. Mais les perspectives mondiales se sont dégradées (la Commission table sur une croissance de 2% dans l'UE en 2008 - EUROPE n° 9607) et l'on doit se garder de tout triomphalisme et ne pas relâcher les efforts, poursuit le texte. Les chefs d'Etat ou de gouvernement ont dès lors reconduit les lignes directrices intégrées actuelles pour la période à venir (EUROPE n° 9613 et 9614), souscrit aux recommandations spécifiques par pays présentées dans le rapport stratégique de la Commission de décembre (EUROPE n° 9562) et appuyé la proposition de programme communautaire de Lisbonne qui complète les mesures prises au niveau national (EUROPE n° 9598). Ce nouveau cycle sera essentiellement axé sur la mise en œuvre des quatre piliers définis en mars 2006 en matière: - de connaissance (R&D et innovation) ; - d'environnement des entreprises ; - d'investissement dans le capital humain et de modernisation du marché du travail ; - d'énergie et de changement climatique (voir autre nouvelle).

Investir dans la connaissance et l'innovation. Des résultats significatifs ont été enregistrés depuis 2005 dans les domaines de la recherche de la connaissance et de l'innovation, se félicitent les conclusions, qui appellent à nouveau les Etats membres à investir davantage pour parvenir à l'objectif d'investissement de 3% du PIB dans la R&D (un objectif dont la plupart des pays sont encore loin). Ils sont donc invités à préciser, dans leurs programmes nationaux de réformes, la manière qui leur permettra d'atteindre cet objectif et comment ils contribueront à la création et à la gouvernance de l'Espace européen de la recherche. Le Conseil européen soutient les projets clés tels que Galileo, l'IET, le Conseil européen de la recherche, etc. et l'utilisation accrue de l'Internet à haut débit. Ce service devrait être accessible à tous les établissements scolaires d'ici 2010 et des objectifs ambitieux devraient être fixés pour l'accès des ménages, indiquent les conclusions, sans toutefois prévoir de chiffres précis. Les Etats membres de l'UE doivent éliminer les obstacles à la libre-circulation de la connaissance en instaurant une « cinquième liberté » qui vise notamment à: accroître la mobilité transfrontalière des chercheurs et des étudiants, rendre le marché du travail plus ouvert et concurrentiel pour les chercheurs et tenant mieux compte des besoins des familles, promouvoir l'exploitation optimale de la propriété intellectuelle afin d'intensifier le transfert des connaissances vers les entreprises (une « Charte IP » doit être adoptée avant la fin de l'année), lancer une nouvelle génération d'installations de recherche de premier ordre, etc.

Libérer le potentiel des PME. Le Conseil européen se félicite des progrès accomplis en 2007 en matière d'amélioration de la législation et appelle à poursuivre les efforts. L'objectif de réduction d'un quart, d'ici à 2012, des charges administratives causées par le droit communautaire est maintenu et passera par l'adoption accélérée et systématique de propositions législatives spécifiques (une nouvelle évaluation est prévue au plus haut niveau dans un an). Le Conseil européen est aussi favorable à un suivi annuel de la révision du marché unique. Souhaitant agir dans les domaines où les obstacles sont importants et les opportunités réelles, il se prononce pour une intensification de la concurrence dans les industries de réseau (énergie et communications électroniques), tout en estimant nécessaire d'accorder toute l'attention requise à la dimension sociale et aux services d'intérêt général. Il considère aussi capital d'améliorer le fonctionnement du marché intérieur électronique à travers la mise en place de solutions d'interopérabilité pour la signature électronique. Afin de soutenir les PME, les chefs d'État et de gouvernement souhaitent que le Conseil examine, dans les meilleurs délais, le « Small Business Act » pour l'Europe annoncé pour juin prochain. Selon eux, les PME devraient pouvoir bénéficier de dérogations aux exigences administratives liées à la législation européenne, d'un statut de société privée européenne, d'un accès plus aisé aux financements, et les entreprises innovantes d'un accès favorisé aux marchés publics. Au plan international, le Conseil européen est d'avis que l'UE agisse pour modeler la mondialisation économique. Il salue l'intention de la Commission de présenter un rapport annuel sur l'accès aux marchés en recensant les pays et les secteurs où subsistent des difficultés. L'UE devrait encourager le libre-échange et l'ouverture des marchés, améliorer le système commercial multilatéral, conclure des accords bilatéraux « ambitieux », intensifier l'intégration avec ses pays voisins et les pays candidats, assurer un accès fiable à l'énergie et aux matières premières stratégiques, consolider ses relations économiques avec les économies émergentes et développer le dialogue réglementaire avec ses partenaires internationaux.

Investir dans le capital humain et moderniser les marchés du travail. Le Conseil européen estime qu'il faudrait renforcer le pôle « éducation » du triangle de la connaissance formé par la recherche, l'innovation et l'éducation, dispenser un enseignement de grande qualité et investir davantage et plus efficacement dans le capital humain et dans la créativité tout au long de la vie. Il attend la proposition de la Commission européenne concernant un agenda social renouvelé. Le Conseil invite la Commission à présenter une évaluation détaillée des besoins futurs en matière de compétences en Europe jusqu'à l'horizon 2010 en tenant compte des incidences du progrès technologique et du vieillissement démographique. Il demande aux Etats membres d'agir concrètement pour: - faire baisser sensiblement l'illettrisme chez les jeunes et le nombre de jeunes en décrochage scolaire, pour inciter davantage d'adultes (travailleurs faiblement qualifiés et plus âgés) à tirer parti des possibilités d'enseignement et de formation et de faciliter davantage la mobilité géographique et professionnelle ; - promouvoir une participation accrue au marché du travail et lutter contre sa segmentation pour garantir une inclusion sociale active ; - améliorer la cohérence et la coordination des politiques économiques, sociales et de l'emploi afin de renforcer la cohésion sociale. Le Conseil européen demande enfin aux Etats membres d'appliquer les principes communs en matière de flexicurité en exposant dans leurs programmes nationaux de réforme de 2008 les dispositions qu'ils prendront au plan national pour les concrétiser.

Quelle stratégie pour l'après 2010 ?

Afin de conserver l'élan en faveur des réformes structurelles et du développement durable, le Conseil européen invite la Commission et le Conseil et les coordinateurs nationaux à entamer une réflexion sur l'avenir de la stratégie de Lisbonne au-delà de 2010.

Pour Guy Verhofstadt, le processus de Lisbonne doit aller de l'avant, il faut le renforcer. Il est important de réfléchir au processus qui sera d'application après 2010, « pour moi il faut renforcer le caractère contraignant de ce processus comme cela a été le cas pour la zone euro avec le Pacte de stabilité et de croissance (PSC), où il y a naturellement une politique de convergence qui s'applique », a souligné le Premier ministre belge, qui participait cette fois à son dernier Conseil européen. Selon le nouveau président chypriote, le communiste Dimitris Christofias, « la priorité principale devrait être la dimension sociale de la stratégie de Lisbonne » de façon à rendre la face humaine de l'UE plus visible. On ne peut pas dire que le social soit en panne, mais il manque à la stratégie de Lisbonne « ce degré d'ambition qui serait de mettre en place ce socle minimal de droits sociaux », a estimé le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. Le fait d'avoir des règles minimales ne veut pas dire avoir les mêmes pour tous les pays, mais un niveau plancher infranchissable, précise-t-il, en soulignant le rôle positif joué par la monnaie unique dans la création d'emplois au cours des dernières années. « L'Espagne a fait une contribution majeure à cette stratégie avec une création très importante d'emplois ces quatre dernières années et une impulsion sans précédent à l'éducation et à la recherche et au renforcement technologique », a souligné son homologue espagnol, José Luis Zapatero. Lors d'un point presse séparé, le président du Comité des régions, Luc Van den Brande, s'est félicité de la prise en compte des communautés locales et régionales dans la stratégie de Lisbonne. « Il est évident que cohésion territoriale et cohésion sociale et économique doivent être encore plus liées à cette stratégie » à l'avenir, a-t-il déclaré. (M.B./A.B./G.B.)

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