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Bulletin Quotidien Europe N° 9623
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Méditerranée: le compromis n'élimine pas les perplexités et les doutes

Le vide et la méfiance. Les aspects inacceptables et anti-communautaires du nouveau projet d'Union pour la Méditerranée ont été éliminés. Que reste-t-il ? Le vide et la méfiance. La querelle est aplanie, mais le résultat est tellement mince que l'on peut se demander s'il valait la peine de risquer une querelle franco-allemande. L'hypothèse d'une Union entre les pays riverains était inadmissible du point de vue de l'UE et ne correspond pas aux aspirations des pays de l'autre rive, et les phrases sur le projet de civilisation ont confirmé ce qu'elles étaient dès le départ: un exercice rhétorique. Tous les objectifs indiqués dans le petit texte que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont soumis à leurs collègues du Sommet (reproduit dans notre bulletin d'hier) sont prévus par les instruments existants, qui couvrent en outre les domaines qui sont par définition communautaires, comme le commerce et (dans la zone Schengen) l'immigration légale.

On pouvait au moins espérer que le projet apporte un élan nouveau, un enthousiasme renouvelé à une politique qui se traîne. Mais même l'effet d'entraînement est douteux, tant les réactions paraissent réticentes et dans quelques cas méfiantes. Certains pays de l'UE craignent un glissement vers la Méditerranée des ressources financières de la «politique de voisinage». Alexander Vondra, vice-premier ministre tchèque, avait déclaré le mois dernier à Paris: «Nous sommes opposés à une institutionnalisation de la dimension méditerranéenne. Si nous nous lançons dans cette voie, nous aurons une Europe baltique, une Europe centrale, une Europe méditerranéenne… Que resterait-il de l'Union européenne ?».

Positions et ambitions divergentes. Les pays tiers méditerranéens sont encore plus sceptiques et perplexes, car leurs ambitions pour les relations futures avec l'UE diffèrent de pays à pays et ils n'ont aucune intention d'être regroupés dans un ensemble unique. La Turquie est déjà liée à l'UE dans une Union douanière et, de son point de vue, le pas ultérieur ne peut être que l'adhésion. Le Maroc réclame des relations bilatérales spéciales. L'Algérie rejette l'hypothèse d'une zone de libre-échange et elle se satisfait de l'accord actuel, avec l'ajout d'un partenariat stratégique bilatéral pour l'énergie, en sortant de la logique purement commerciale. Par contre, la Tunisie est déjà, pour l'essentiel, dans une situation de libre-échange avec l'UE, et c'est ça qui l'intéresse. La Libye se situe toujours en marge. Liban et Syrie (avec ce dernier pays, les projets de coopération économique progressent mais le blocage politique subsiste) ont d'autres priorités et d'autres objectifs. Inutile d'insister sur la situation d'Israël, considéré par plusieurs pays riverains comme un intrus ennemi.

Rien n'incite ces pays disparates à constituer un groupe compact dans une Union globale avec l'UE. Même leurs attitudes politiques sont parfois radicalement différentes, notamment à l'égard du terrorisme des extrémistes musulmans. L'Algérie a toujours reproché à certains gouvernements de l'UE de ne pas être assez fermes à l'égard des terroristes, de les accueillir trop facilement et de leur laisser trop de liberté d'action. L'Algérie souhaite renforcer la collaboration avec l'UE dans la lutte contre le terrorisme ; son ministre des Affaires étrangères a parlé d'une coopération pour contenir la menace terroriste de manière globale et intelligente (voir le compte rendu de sa conférence de presse par Fathi B'Chir dans notre bulletin d'avant-hier), et la position du Maroc est à cet égard, pour l'essentiel, analogue.

Plusieurs Etats membres de l'UE considèrent que le projet demeure imprécis et confus, avec un mélange peu clair entre le processus de Barcelone et l'Union pour la Méditerranée. La France et l'Allemagne ne sont même pas parvenues à aplanir leur divergence sur la co-présidence du côté européen, qui, selon la France, devrait toujours revenir à un pays riverain, ce que l'Allemagne n'accepte pas par principe.

Quelques résultats positifs possibles, si… Certains résultats positifs sont quand même possibles. Le premier serait une gestion davantage paritaire de la politique méditerranéenne de l'Europe, donnant aux pays tiers participants un rôle véritable de codécision ; mais ceci présuppose qu'ils soient d'accord entre eux. Plus important, quelques projets d'intérêt véritablement commun, comme la lutte contre la pollution de la mer Méditerranée, pourraient recevoir un nouvel élan. Mais sur le plan général, les différences des intérêts, des situations et des ambitions des pays tiers méditerranéens rendent politiquement et économiquement impossible la globalisation de la région. Les grandes cérémonies unitaires sont peu utiles et peu efficaces ; elles accentuent plutôt les divergences et radicalisent les positions de principe, voir par exemple (notre bulletin n° 9618) l'échec d'une réunion sur le processus EuroMed, et certains débats de l'Assemblée parlementaire commune. Alors que des projets plus modestes mais concrets ont du succès, les faits le prouvent. (F.R.)

 

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