Bruxelles, 08/11/2007 (Agence Europe) - A Lisbonne, qui accueille ces jours-ci (7-9 novembre) la deuxième édition des journées européennes du développement, les appels à la solidarité et au financement de l'aide requise pour que les pays les plus pauvres de la planète s'adaptent au changement climatique se sont multipliés. Les problématiques étroitement imbriquées du changement climatique et du développement ont été retenues comme thème de cet événement, dans une double perspective: le deuxième Sommet UE/Afrique (Lisbonne, 8-9 décembre) et la prochaine conférence de l'Onu sur les changements climatiques (Bali 3-14 décembre) où doivent être lancées les négociations internationales sur un régime global de lutte contre le réchauffement au-delà de 2012. Un millier de personnes - experts, décideurs politiques, représentants d'organisations internationales et d'ONG - sont réunis dans la capitale portugaise en un forum de réflexion international sur les moyens les plus adéquats de répondre aux besoins des pays déjà vulnérables, le plus durement touchés par les effets du réchauffement.
Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, l'a rappelé dans son discours introductif. « Le climat est un enjeu public mondial qui ignore les frontières, se moque des continents (…). Le changement climatique n'est pas équitable. Les pays les plus vulnérables sont ceux qui en sont le moins responsables. Personne ne fait plus pour les pays en développement que l'Europe. Nous sommes en train de renforcer notre aide, nous la rendons plus efficace en coopération avec les Etats membres et nous nous efforçons d'assurer une plus grande cohérence des autres politiques de l'UE comme celles en matière de commerce et d'environnement avec les objectifs du développement. Si nous n'intégrons pas le changement climatique dans nos politiques de développement - ici et maintenant - nous perdrons le bénéfice de tous les investissements que nous avons faits », a averti le Commissaire. D'où l'idée, proposée par la Commission en septembre dernier, de sceller entre l'UE et les pays en développement une nouvelle alliance pour aider les pays les moins avancés à s'adapter au changement climatique (EUROPE n° 9504)
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a plaidé pour « la reconnaissance du devoir de solidarité envers les pays en développement (…) qui sont les plus vulnérables aux effets du changement climatique » et salué la prise de conscience croissante de l'opinion publique mondiale que « les questions environnementales et climatiques seront des facteurs de paix importants au 21ème siècle ». S'appuyant sur les données scientifiques du panel intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), le président a rappelé l'impératif d'agir, au-delà des imprécations. "Si nous manquons notre objectif de réduire nos émissions de CO2 d'au moins 50% à l'horizon 2050 par rapport au niveau atteint en 1990, les conséquences du changement climatique en termes sociaux, économiques et environnementaux pourraient être à la fois irréversibles et incontrôlables (….) Il me semble que nous sommes au seuil d'une nouvelle ère, celle de la transformation d'un présent à forte teneur en carbone en un avenir à faible teneur en carbone (…) Les conséquences de l'inaction sont déjà perceptibles dans le monde entier. Le temps est venu de l'action concrète », a déclaré le président, en exprimant le souhait que ces journées européennes du développement contribuent à définir ce qui peut être fait.
Au nom du Conseil Développement de l'UE qu'il préside, João Gomes Cravinho, secrétaire d'État portugais aux Affaires étrangères et à la Coopération, a appelé les pays développés à donner l'exemple en prenant la tête des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Kofi Annan, ancien secrétaire général de l'Onu, s'exprimant au nom du Forum humanitaire mondial, a insisté pour que tous gardent à l'esprit que « le changement climatique est une menace globale ». Et de préciser: « Ce n'est pas une question qui oppose les riches aux pauvres, le nord au sud. C'est un problème global dont les effets sont visibles partout (…) L'UE est un fervent supporter du développement de l'Afrique et son partenaire économique le plus important. (…) Une Afrique en paix, prospère, une Afrique stable est dans l'intérêt de tous ».
Wahida Bashar Ahmed, d'ActionAid International, a appelé les décideurs politiques à remédier à une lacune importante en s'attaquant aux conséquences du changement climatique sur les populations pauvres, et en particulier les femmes, qui en subissent le plus les conséquences négatives. Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique, a estimé qu' « une grande part de la solution pour l'avenir tient dans l'alliance des ressources financières internationales ». Quel est le meilleur moyen de canaliser ces ressources, de les rendre plus efficaces ? a-t-il demandé en lançant un appel à l'investissement de fonds privés dans le développement propre, qui sera « un aiguillon pour la croissance économique ». Il appelle aussi à une « ingénierie de l'investissement intelligent » qui évite que les investissements d'aujourd'hui ne soient anéantis demain. (A.N.)