Bruxelles, 13/09/2007 (Agence Europe) - Face au vieillissement démographique de l'UE et au déclin annoncé de sa population active, la Commission européenne a confirmé, jeudi 13 septembre, son ambition d'inverser la tendance. Pour ce faire, elle compte avant tout s'appuyer sur une immigration « hautement qualifiée », utile à l'économie européenne, à l'image de ce que font les Etats-Unis, l'Australie ou le Canada, passés champions pour attirer les cerveaux des pays en voie de développement. « Nous devons changer, même si ce n'est qu'en partie, notre façon habituelle de penser l'immigration », a lancé le commissaire chargé de l'Immigration, Franco Frattini, à l'occasion d'une conférence de haut niveau sur l'immigration à Lisbonne. « Regardons l'immigration comme un enrichissement et comme un phénomène incontournable du monde d'aujourd'hui, pas comme une menace », a-t-il ajouté.
Dans son discours, le commissaire a présenté les grandes lignes de deux textes importants, encore à finaliser avant leur adoption, prévue le 23 octobre. Un premier projet de directive vise à donner aux travailleurs hautement qualifiés un accès plus aisé au marché du travail européen et à améliorer leurs conditions de résidence dans l'UE. Il prévoit une procédure accélérée, assortie de garanties (contrat de travail, qualifications professionnelles, niveau de salaire) pour l'entrée sur le territoire de l'Union, avec la création d'une « carte bleue » qui octroiera aux migrants toute une série de droits. Notons que les jeunes professionnels devraient bénéficier de conditions spécifiques. Le droit de résidence dans le premier pays de destination serait d'abord limité à deux ans, renouvelable. L'accès à un autre pays de l'UE serait soumis à certaines conditions, au bout de deux ou trois ans passés dans un premier Etat membre. Et pour ne pas pénaliser la mobilité des migrants, il pourrait leur être permis de cumuler les périodes de résidence dans différents Etats membres afin de bénéficier plus vite d'un titre de résident permanent dans l'Union. Face aux craintes que peut susciter ce genre de mesures concernant la fuite des cerveaux, le Commissaire Frattini a relativisé, estimant que la venue de travailleurs qualifiés en Europe aurait un « impact positif » sur leurs pays d'origine. Selon lui, cette stratégie pourrait non seulement lever les pressions exercées sur le marché du travail d'origine du migrant, mais aussi favoriser les versements d'argent de l'Europe vers le pays d'origine, tout en permettant aux migrants, une fois formés, de retourner chez eux. Il existe toutefois des pays et des professions, surtout en Afrique, où l'émigration des personnes qualifiées est un problème. C'est la raison pour laquelle M. Frattini ambitionne la création de « normes éthiques » de recrutement en fonction du pays. Parallèlement à cela, le commissaire a annoncé le déblocage, dans les jours à venir, de 10 millions d'euros afin de mettre en place le projet de centre de gestion des migrations à Bamako (Mali). En plus de ses nombreuses fonctions, il est vraisemblable qu'à terme cette structure serve d'antenne relais à l'Union européenne pour recruter des travailleurs maliens en fonction de l'offre existante dans les Etats membres. Ces derniers resteront toutefois les seuls à décider du nombre de migrants qu'ils veulent admettre sur leur territoire.
Un deuxième texte vise à réduire l'écart entre les droits des citoyens européens et les droits des travailleurs de pays tiers, notamment en matière d'assurance sociale, de conditions de travail, de reconnaissance de qualification. Ces droits ne seront pas définis par la directive. Le texte devrait se limiter à définir les domaines dans lesquels un « traitement égal » devrait s'appliquer entre les ressortissants des pays tiers et les nationaux. Les Etats membres resteront cependant libres de maintenir ou de proposer des droits plus favorables. « Malheureusement, les immigrés travaillent souvent dans des conditions qui ne sont pas dignes de l'Union européenne au début du 21ème siècle », a souligné le Commissaire chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Egalité des chances, Vladimír Špidla, se félicitant de l'initiative proposée. En 2008, d'autres propositions de directive suivront: l'admission légale dans l'UE des travailleurs saisonniers, la rémunération des stagiaires, et les séjours des travailleurs étrangers bénéficiant d'un transfert vers une entreprise située dans l'UE.
La population active de l'UE doit commencer à décliner dès 2011. L'Allemagne, l'Italie et la Hongrie - sont les pays qui ont le plus besoin d'étrangers. A l'heure actuelle, on estime que 85 % des migrants sans qualification arrivent en Europe, tandis que 5 % s'établissent outre-Atlantique. A l'inverse, 55 % des migrants qualifiés optent pour les Etats-Unis, et seulement 5% pour l'Europe. (bc)