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Bulletin Quotidien Europe N° 9501
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Orientations qui s'imposent pour le réexamen de la politique agricole de l'UE

L'évolution en hausse des prix agricoles de base offre l'occasion pour réfléchir aux orientations de deux événements essentiels: la conclusion des négociations commerciales mondiales de l'OMC et le réexamen de la politique agricole commune (PAC) de l'UE (voir cette rubrique d'hier). Sur le premier point, cette rubrique soutient depuis longtemps qu'il est vain de s'attendre à des résultats spectaculaires de la dernière heure dans le Doha round ; il vaudrait mieux considérer comme suffisamment positifs les résultats déjà atteints, plutôt que de les compromettre dans des bagarres qui empoisonneraient l'atmosphère. Quelques ajustements finaux, pour que personne ne se sente frustré, et le commerce mondial recevrait le coup de fouet qu'il attend, dans des conditions acceptables pour tous et positives pour l'avenir.

Absence de vision. De son côté, grâce à l'évolution des prix agricoles, le réexamen de la PAC pourrait prendre une orientation conforme aux préoccupations et aux exigences environnementales, alimentaires et autres. La réforme envisagée n'entrera en application qu'en 2013, mais elle doit être préparée à l'avance ; le «bilan de santé» de cette politique va être déjà discuté en 2008 et 2009. Les orientations de la commissaire Mariann Fischer Boel ne sont pas adéquates. Elles manquent de vision, négligent la signification de l'activité agricole pour l'Europe et reprennent les pires clichés bien connus: l'activité agricole considérée essentiellement comme un «deuxième travail», une activité d'appoint rémunérée essentiellement par des subventions publiques ; des marchés de plus en plus ouverts à la concurrence mondiale ; des réductions de la production européenne. La commissaire ne cite pratiquement jamais des éléments essentiels comme l'autonomie alimentaire de l'Europe (stratégiquement essentielle), les besoins mondiaux croissants de produits alimentaires pour combattre les pénuries et les famines, les exigences impérieuses d'équilibre territorial, le respect des traditions et des paysages. Mme Fischer Boel a pris souvent de bonnes décisions ponctuelles de gestion de la PAC (grâce à ses collaborateurs ?), mais elle ne montre aucune vision d'ensemble.

La légende du coût de la PAC. Par ailleurs, ceux qui mettent l'accent sur le coût de la PAC (ils sont encore nombreux, même dans les Etats membres «agricoles») font preuve du même manque de vision et se laissent influencer par les apparences. La part significative, par ailleurs en baisse, que le budget européen consacre à l'agriculture doit être évaluée en tenant compte que c'est le seul secteur où les dépenses sont entièrement (ou presque) couvertes par l'UE. Il serait possible de réduire la part européenne en généralisant le cofinancement avec les Etats membres. Mais ceci se ferait au détriment des pays les moins favorisés (la Pologne y comprise), qui ne disposent pas de ressources nationales suffisantes pour partager les coûts, alors que les Etats membres «contributeurs nets» en tireraient un avantage comptable. D'après des calculs fiables, les dépenses agricoles cumulées de l'UE et des Etats membres, y compris celles consacrées au développement rural, représentent à peu près 0,55% du PIB européen. C'est un pourcentage légèrement inférieur à celui des Etats-Unis et du Japon. Est-ce excessif ? On pourrait même se demander si ce n'est pas trop peu.

L'indispensable réforme. Ce qui précède ne signifie aucunement que rien ne devrait être modifié, loin de là. La PAC actuelle entretient des «rentes de position» dont bénéficient excessivement certaines catégories d'agriculteurs ; ces rentes doivent être corrigées (ce ne sont pas les filières les plus prospères qui doivent être surtout soutenues) et la transparence des soutiens doit être renforcée (un projet en ce sens est en discussion).

En outre et surtout, la tendance à rendre les subventions totalement indépendantes de la production agricole (découplage) doit être corrigée. Les réformes successives ont exagéré dans cette direction, dans le souci d'ouvrir de plus en plus le marché européen aux importations en provenance du monde entier. Ainsi, les agriculteurs reçoivent des primes au titre de la protection de l'environnement et des paysages, indépendamment de ce qu'ils produisent. Et l'on voudrait aller encore plus loin dans ce sens, afin d'ouvrir encore davantage les frontières de l'UE. Cette orientation décourage les agriculteurs et ne laisse subsister que certaines spécialités ; elle doit être partiellement corrigée. Les hausses récentes des prix mondiaux devraient encourager ce changement de cap, afin d'éviter qu'une partie croissante des terres agricoles de l'Europe ne reste en friche (c'est l'activité agricole qui, pour l'essentiel, entretient le territoire). Dans ce but, la «préférence communautaire» doit être sauvegardée et éventuellement rétablie.

Les risques sont énormes: une politique erronée réduirait la sécurité d'approvisionnement, compromettrait la qualité et la sécurité des produits, augmenterait les déséquilibres territoriaux, entraînerait des pertes d'emploi et provoquerait la délocalisation de l'industrie alimentaire. C'est inacceptable.

(F.R.)

 

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