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Bulletin Quotidien Europe N° 9459
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/concurrence

Kroes et Mandelson répondent aux critiques françaises

Bruxelles, 02/07/2007 (Agence Europe) - S'exprimant samedi dernier à Paris lors d'un colloque du club politique « Nouvelle République » (dirigé par le ministre français de l'Agriculture Michel Barnier), la Commissaire à la Concurrence Neelie Kroes a souligné l'importance pratique et idéologique des principes de concurrence dans l'espace économique européen. « Une concurrence équitable et sans distorsions dans une marché libre et élargi nous profite à tous », a-t-elle estimé dans une riposte à peine voilée aux récentes critiques du président français Nicolas Sarkozy. Mme Kroes s'est donc engagée à « apporter des clarifications sur ce que la concurrence a bel et bien apporté aux citoyens européens ».

La politique européenne de concurrence ne poursuit pas un concept abstrait de « libre concurrence » mais reconnaît plutôt qu'« un marché qui fonctionne mieux fournit de meilleurs produits et services aux consommateurs, à de meilleurs prix ». En s'appuyant sur les procédures récentes contre les cartels de la bière ou des ascenseurs (EUROPE n° 9362 et 9371), Mme Kroes a illustré les effets négatifs pour les consommateurs et l'économie dans son ensemble des ententes illégales et des autres restrictions à la libre concurrence. Ce qui, toutefois, ne signifie pas qu'elle s'oppose aux « champions nationaux » mais ceux-ci doivent, selon elle, faire leurs preuves dans un marché libre et sans nuire aux intérêts du consommateur.

La Commissaire a par ailleurs souligné combien la France a bénéficié de la mondialisation. « L'Europe ne doit pas craindre la mondialisation », a-t-elle dit, rappelant, chiffres à l'appui, que la France est au premier rang en Europe pour les investissements directs à l'étranger (IDE), à la fois comme terre d'accueil et comme source d'IDE à l'étranger. Les défis de la mondialisation, selon les propos de Mme Kroes, sont à relever non pas par une protection artificielle des industries, mais par une adaptation de l'économie. Une adaptation qui peut, le cas échéant, mériter le soutien de l'État. Les « mauvaises réponses » seraient avant tout le protectionnisme, qui mène « presque inévitablement à un cercle vicieux de représailles », mais également les aides de compensation. Une tactique non seulement « inefficace » mais en outre responsable de l'érosion de la politique de cohérence européenne et de « compétitions dévastatrices de subventions » entre les États membres, juge Mme Kroes, avant de marteler: « Nous ne pouvons pas « sur-subventionner »' le monde. Nous ne devons même pas le tenter ». Les « bonnes réponses » consisteraient en revanche en la création en Europe de conditions propices aux entreprises, en la mise en œuvre de conditions de concurrence globale équitables et en le maintien de l'ouverture des marchés européens.

S'agissant de l'assistance de l'Etat, Mme Kroes a approuvé l'investissement dans l'éducation, la recherche et le développement, et la promotion de la sécurité d'emploi par le biais de la flexibilité, la flexicurité ». Elle a également évoqué les projets de la Commission en matière de réforme des aides d'État, et de nouveau cadre pour la R&D et l'innovation comme exemples d'une assistance étatique positive et qui ne fausse pas indûment la concurrence. « C'est ce dynamisme qui fera de l'Europe ouverte une bénéficiaire de la mondialisation », a-t-elle expliqué avant d'estimer qu'un « protectionnisme défensif » serait aussi inefficace dans l'ère du commerce moderne que la ligne Maginot ne l'a été en 1939.

Ouverture et concurrence, Mandelson réplique lui aussi à Sarkozy.

Dans un discours donné le même jour à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, son collègue au Commerce Peter Mandelson a lui aussi contre-attaqué après la suppression, lors du dernier Conseil européen (21 et 22juin) et à la demande de la France, de l'expression « concurrence libre et non faussée » dans le futur traité pour l'Union. Paris avait en effet obtenu que la concurrence ne soit plus mentionnée comme un des principes de l'Union dans l'accord interinstitutionnel. « La concurrence ne devrait pas être une sorte de dogme ou de religion. Mais elle ne devrait pas être un gros mot non plus », a estimé le Commissaire au Commerce, soulignant qu'elle « a contribué à enrichir l'Europe et à faire de la France l'une des économies les plus productives d'Europe ». « La concurrence nous permet de garantir le dynamisme et l'efficacité de nos marchés, d'assurer des prix bas pour les consommateurs et de simuler l'innovation », a-t-il ajouté.

M. Mandelson a également répliqué aux critiques sur ses positions libre-échangistes en matière de politique commerciale et sur sa « naïveté » dans les négociations de l'OMC. « Nous devons rejeter la notion selon laquelle les seules politiques à mettre en oeuvre face à la mondialisation seraient de nous en retirer ou de nous cacher. Nous ne pouvons faire ni l'un, ni l'autre, et je crois que le nouveau gouvernement français le reconnaît », a-t-il insisté, rappelant que son rang de premier exportateur mondial démontre combien l'Union profite de l'ouverture des marchés mondiaux. Conscient que le rythme élevé des changements résultant de la mondialisation crée de l'insécurité en Europe, M. Mandelson prône, pour y répondre, une réforme des systèmes de protection sociale, de la fiscalité et du marché du travail et la défense de l'innovation. En revanche, il met en garde contre les risques liés à l'édification d'une Europe forteresse par le recours à des barrières commerciales. « La réponse à une Europe forteresse serait une Amérique forteresse ou une Chine forteresse. Nous avons besoin d'ouverture réciproque, pas de barrières réciproques », a-t-il conclu. (cd / eh)

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