Strasbourg, 27/04/2007 (Agence Europe) - Les députés européens n'ont pas eu de mots assez durs, le 26 avril à Strasbourg, pour condamner, avec la plus grande vigueur, la dictature du Président Mugabe, les agressions brutales et les arrestations arbitraires dont sont victimes les opposants au régime, et la faillite à laquelle Robert Mugabe a mené son pays, le Zimbabwe. Tous se sont néanmoins félicités de l'initiative des chefs d'Etat et de gouvernement de la SADC qui, lors de leur Sommet extraordinaire, le 29 mars dernier à Dar El Salam, ont pris la responsabilité régionale de lancer le dialogue entre l'opposition et le gouvernement, avec les bons offices du médiateur et Président sud-africain, Thabo Mbeki.
La résolution, mise au vote à l'initiative du conservateur britannique Geoffrey Van Orden, et adoptée à la quasi-unanimité (68 voix pour, 1 voix contre, aucune abstention), relaie clairement ce message et appelle les Etats membres de l'UE à appliquer strictement les sanctions ciblées imposées par l'UE aux dirigeants incriminés du Zimbabwe, y compris l'embargo sur les armes et les restrictions dans l'octroi des visas. A cet égard, le Parlement demande au Conseil de garantir qu'aucune des personnes interdites de visa ne soit invitée ni n'assiste au Sommet UE-Afrique programmé à Lisbonne en décembre prochain. En outre, la résolution invite le Royaume-Uni qui assure la Présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies « d'inscrire le Zimbabwe à l'ordre du jour du Conseil de sécurité. A l'ouverture du débat, M. Van Orden s'est insurgé contre « un dictateur qui opprime son peuple, a mis son pays à genoux » (un taux d'inflation qui sera de 5000 % en fin d'année, 90% de chômage, un VIH pandémique) et « peut continuer à faire empirer la situation ». Formulant l'espoir que la médiation de Thabo Mbeki « permettra des élections justes et équitables », l'eurodéputé a plaidé pour que, dans l'intervalle, l'UE continue de faire pression avec ses sanctions, dûment appliquées. « Je demande à la Commission et au Conseil d'envisager un programme d'aide massive pour le peuple », a-t-il lancé.
Devant les eurodéputés, Günter Nooke, s'exprimant au nom de la Présidence allemande du Conseil, a dénoncé « l'escalade de la violence et le traitement brutal des manifestants » par un régime qui « a laissé tomber le masque de la démocratie ». Si « la situation économique est déplorable, la répression toujours plus importante, la population et même le parti de Mugabe se tournent de plus en plus contre lui», a-t-il noté, satisfait que le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ait, le 29 mars dernier, invité Mugabe à respecter les droits de l'homme et de l'Etat de droit. Et d'ajouter: « Nous constatons, comme l'ensemble de la région, qu'il y a moins de solidarité avec Mugabe. Cela me remplit d'espoir (...) Nous assistons à un climat de fin de règne », plaidant pour que soit lancée « la réflexion sur l'après-Mugabe ». Rappelant que l'UE est prête à soutenir l'initiative de la SADC, mais que les sanctions resteront d'application (EUROPE n° 9412), M. Nooke a ajouté: « Une solution ne sera possible qu'avec l'aide des partenaires africains. Ceux-ci ont demandé à l'UE de faire preuve de patience. Mais nous ne pouvons rester de simples observateurs. Nous continuerons à réagir. L'UE ne peut pas se taire et ne se taira pas ». Au nom de la Commission, Joaquin Almunia a insisté sur l'importance du « dialogue avec les pairs régionaux » sur une crise « qui ne pourra être résolue que par le dialogue de toutes les forces politiques ». Précisant que la Commission est sur la même ligne que la Présidence allemande, il a rappelé la décision prise de « bien informer la région et l'Afrique du contenu des sanctions de l'UE » (interdiction de visas, gel des avoirs, embargo sur les armes). « La coopération commerciale et économique n'est pas affectée. En 2006, l'UE a mobilisé 193 millions d'aide pour le Zimbabwe dont 86 millions par la Commission européenne et 107 par les Etats membres au bénéfice direct de la population », a souligné le Commissaire. (an)