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Bulletin Quotidien Europe N° 9406
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour Jean-Claude Juncker, l'accord sur un nouveau traité est possible

Il n'est pas surprenant que Jean-Claude Juncker ait été largement interrogé par les médias de plusieurs Etats membres à l'occasion du cinquantième anniversaire du Traité de Rome. Il est le doyen du Conseil européen (il en fait partie depuis janvier 1995), il est le seul président de longue durée d'un organisme ministériel européen (l'Eurogroupe) et il avait été l'un des principaux artisans du Traité de Maastricht qui a donné naissance à l'euro. Son opinion a du poids en Europe. Je rends compte de ses interviews (notamment à La Tribune et à Les Echos), après celles de Jacques Delors dont j'ai fait état hier.

Un nouveau traité est indispensable. M. Juncker croit à la possibilité d'un nouveau traité européen à négocier rapidement pour remplacer le projet rejeté par deux Etats membres: «si l'on ne s'éloigne pas de la substance du traité constitutionnel, un accord est possible». Sur quelles bases ? «Je pense que la première partie du projet, qui aligne les nouveaux arrangements institutionnels, doit être maintenue. Je n'accepterais pas que la deuxième partie relative aux droits fondamentaux ne figure pas sous une forme à déterminer dans le nouveau traité. Quant à la troisième partie, maudite et largement inexpliquée parce que largement inexplicable, il faudra en sauvegarder les avancées: une base légale pour la politique de l'énergie ; améliorations institutionnelles en matière de politique extérieure et de diplomatie ; passerelle pour la politique sociale ».

La génération qui est actuellement au pouvoir doit « léguer aux suivantes un ensemble architectural qui ne pourra plus être détruit. » C'est indispensable parce qu'en l'absence d'institutions fortes et de règles communes, « lorsque vous n'aurez plus une génération pour vous raconter les choses telles qu'elles étaient avant que l'Europe existe, vous allez retomber dans des considérations exclusivement nationales.» Et
M. Juncker a rappelé ce jour de décembre 1997 où le Conseil européen avait pris la décision définitive sur l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale et, en tant que président, il avait demandé aux chefs de gouvernement des nouveaux Etats membres d'indiquer où ils étaient dix ans auparavant:
«sur huit, six étaient en prison». Qui se le rappelle encore ? Et qui est conscient des tempêtes qui auraient frappé à plusieurs occasions différentes monnaies européennes si l'euro n'avait pas existé ?

Voici par ailleurs la position de M. Juncker sur deux questions économiques controversées.

A. Fonctionnement du groupe de l'euro. Les ministres de la zone euro discutent déjà entre eux le fond des problèmes au sein de l'Eurogroupe: « Nous discutons très librement entre nous de tous les sujets: les différentiels d'inflation et de croissance d'un pays à l'autre ; la rapidité des mécanismes de transmission des décisions monétaires d'un pays comparé à ses voisins ; les grands choix budgétaires pour l'ensemble de la zone et dans chaque pays pris individuellement. Révéler ces discussions serait propice à l'image du président, mais au stade où nous sommes comporterait de très grands risques. Donner une trop grande visibilité aux travaux de l'Eurogroupe pourrait tuer dans l'œuf le début d'une véritable coordination des politiques économiques, parce que tout cela disparaîtrait dans des polémiques internes à chaque Etat membre. (…) Rien ne nous empêche de renforcer la coordination des politiques économiques ; mais la volonté manque dans certains pays ». Pourquoi ? Sans répondre directement, M. Juncker a observé que la coordination des politiques économiques implique que « personne ne bouge avant que le signal soit donné pour tous, et donc elle enlève de la liberté de mouvement aux politiques économiques nationales. C'est la logique de la monnaie unique ».

B. L'impôt des sociétés. M. Juncker a dit: « Je suis partisan de l'idée de coordonner, voire harmoniser les bases de l'imposition. Quant à en faire un élément de coopération renforcée, ce serait sans doute souhaitable. Mais là encore, des gouvernements hésitent. »

Deux phrases du président. Je termine cette «revue des revues de presse» par deux phrases du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso:

« Il faut oublier le projet d'un super-Etat fédéral. Je pense qu'il n'est même pas souhaitable. Après la seconde guerre mondiale, l'idéal des Etats-Unis d'Europe a pu être mobilisateur, mais l'Europe s'est élargie et elle doit respecter sa diversité, qui est une richesse. »

À propos de la «déclaration de Berlin» (qui n'a pas enthousiasmé beaucoup de monde, y compris moi): « Ne sous-estimez pas la valeur des gestes symboliques. Et n'oubliez pas que c'est le premier texte de cette ampleur auquel les douze pays récemment intégrés dans l'UE ont contribué. »

(F.R.)

 

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