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Bulletin Quotidien Europe N° 9384
Sommaire Publication complète Par article 35 / 36
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 724

*** OLLI REHN: Europe's Next Frontiers. Nomos (Baden-Baden) et Center for Applied Policy Research (21 Maria-Theresa Strasse, D-81675 Munich. Tél.: (49-89) 21801300 - fax: 21801329 - Courriel: cap.office@lrz.uni-muenchen.de - Internet: http://www.cap.uni-muenchen.de ). Collection "Münchner Beiträge zur europäischen Einigung", n° 14. 2006, 123 p.. ISBN 3-8329-2417-5.

Comme tous les grands projets, l'Union européenne engendre son lot d'incertitudes. L'une d'elles, peut-être celle qui fait naître le plus d'émotions contradictoires, d'attentes, de suspicions et de débats enflammés, est la question des frontières de l'Europe. Certains les voient comme une limite fixe, défensive, une sorte de ligne Maginot en somme. Cependant, pour Olli Rehn, l'actuel commissaire européen à l'Elargissement, il ne faudrait pas les appréhender dans le sens de "borders", donc de frontières délimitées et statiques telles qu'elles existent entre les pays, mais bien dans le sens de "frontiers", c'est-à-dire de zones limitrophes dynamiques qui, à l'image des territoires ambitionnés lors de la conquête de l'ouest américain, recèlent certes leur part de défis, mais également d'opportunités à saisir. Pour l'auteur, les frontières - dans le sens de "borders" - "limitent nos esprits, entravent les actions et réduisent notre influence", tout le contraire des frontières (dans le sens de "frontiers") qui "libèrent nos esprits, stimulent l'action et augmentent notre influence".

Si les questions de l'élargissement de l'Union, de ses rapports de voisinage et de son positionnement dans un monde complexe et en mutation constituent les matières principales de son ouvrage, Olli Rehn ne se limite pas pour autant à son pré carré. En européen convaincu, il insère ces thèmes dans une vision plus globale de ce qu'est actuellement l'Union et de ce qui devrait être entrepris pour la faire avancer. Ainsi, lorsqu'il aborde la question des frontières, il va au-delà de la définition physique de la chose pour aborder les trois grands défis de l'Union, des terrains où, selon lui, elle doit fournir des résultats concrets si elle veut que les citoyens renouent avec elle: rétablir la confiance en l'économie, faire de l'Union une entité politique fonctionnant correctement et trouver un nouveau consensus au sujet de l'élargissement. Et comme, pour toutes choses, on ne peut progresser efficacement en se basant sur des idées reçues, Olli Rehn tient donc, entre autres, à rectifier certains mythes qui, concernant l'Union et son élargissement, ont la dent dure. Il déboulonne ainsi le trop fameux "plombier polonais" qui a suscité - et continue d'ailleurs à le faire - la méfiance dans beaucoup de pays, peut-être en particulier en France où il est devenu, comme l'avait écrit le journaliste Stéphane Marchand, "le cauchemar social du Français". Pour le commissaire, les racines de cette frayeur sont à chercher dans le manque de confiance de la population envers l'économie européenne, ce qui l'amène aussi à lancer une mise en garde contre la tentation de se "replier dans la forteresse Europe". Il en va de même pour la question de l'adhésion de la Turquie, qu'Olli Rehn met en parallèle au célèbre morceau "Should I stay or should I go" des Clash, tant elle semble être sujette à des réactions contradictoires. Pour lui, la ligne de conduite que devrait suivre l'Union à son égard est simple: "Nous devrions simplement être à la fois justes et fermes. Nous devrions être justes et maintenir notre engagement à donner à la Turquie la chance de montrer qu'elle peut remplir les critères d'accession à la lettre". Et d'ajouter: "Nous devrions être fermes en maintenant une conditionnalité rigoureuse, qui est le moteur des réformes et de la modernisation de la Turquie". D'ailleurs, les rapports entre l'Occident et le monde islamique constituent l'un des autres thèmes majeurs de ce livre, le commissaire y voyant certes des défis, mais aucune fatalité funeste. L'auteur met d'ailleurs en garde contre les fausses dichotomies qui abondent dans bien des discours.

Que ce soit au sujet des frontières géographiques de l'Union, de sa capacité d'absorption, de l'équilibre entre intégration et élargissement ou encore du "soft power" de l'Union, Olli Rehn offre de manière simple et parlante, dans cet ouvrage, les réflexions non seulement d'un commissaire bien au fait des multiples réalités européennes, mais aussi d'un citoyen désireux de voir l'Europe dont il fait partie devenir une entité qui, à la fois, assume son rôle sur la scène internationale et œuvre à améliorer la qualité de vie de ses citoyens.

Frederik Ronse

*** RENAUD DEHOUSSE, FLORENCE DELOCHE-GAUDEZ, OLIVIER DUHAMEL (sous la dir. de): Elargissement. Comment l'Europe s'adapte. Presses de la Fondation nationale des sciences politiques (Centre d'études européennes, 117 bld Saint-Germain, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 45498367 - fax: 45498360). Collection "Evaluer l'Europe", n° 1. 2006, 127 p., 10 €. ISBN 2-7246-1020-2.

A tort ou à raison, l'Europe telle qu'elle se construit est "devenue un problème, tant pour les gouvernants qu'aux yeux des gouvernés". Mais précisément, à tort ou à raison ? Pour faire la part du vrai et du faux, "pour aider chacun à distinguer la défausse injustifiée de la critique fondée, le cliché répété du reproche mérité", le Centre d'études européennes de Sciences Po a récemment créé l'Observatoire des institutions européennes dont cet ouvrage - qui en appelle beaucoup d'autres puisque le but avoué est d'offrir une évaluation annuelle de chacune des institutions et des multiples acteurs qui y travaillent - est la première contribution. Sa singularité est d'être l'aboutissement d'une démarche scientifique résolument empirique: elle privilégie une approche quantitative relativement peu utilisée dans les milieux académiques, l'équipe internationale de spécialistes des questions institutionnelles qui compose l'Observatoire se fixant pour première mission de rassembler un maximum de données objectives et vérifiables, voire dans certains cas où cela s'avérerait nécessaire, des données qualitatives et soumises à discussion, "mais toujours fondées sur l'observation rigoureuse et honnête des faits". Sur cette base, l'Observatoire se donne pour mission d'effectuer un travail de construction d'outils d'analyse en vue de "repérer les fausses pistes, les appréciations sommaires ou trompeuses", l'objectif final étant de favoriser des jugements fondés et étayés. Sur le thème retenu cette fois, celui de l'impact de l'élargissement "big bang", la démarche conduit à des conclusions inattendues et même surprenantes puisque les données rassemblées tendent surtout à prouver la capacité d'adaptation persistante de l'Union. Les auteurs mettent ainsi en lumière que l'Union ne connaît aucun blocage. Sans doute produit-elle moins d'actes législatifs que les années précédentes, mais la diminution du nombre de propositions de la Commission est vraisemblablement moins liée à l'élargissement qu'au vouloir faire moins mais mieux revendiqué par l'équipe de José Manuel Barroso. S'il est loisible de s'en inquiéter, les données rassemblées par Olivier Costa, Renaud Dehousse et Florence Deloche-Gaudez tentent à démontrer que la capacité de la Commission à alimenter le processus décisionnel en propositions nouvelles n'est pas atteinte. Autre constat, plus décoiffant encore: l'Europe décide plus rapidement ! Quelles que soient les règles de vote (unanimité ou majorité qualifiée) ou les procédures (Conseil seul, codécision, consultation), la durée moyenne entre la transmission d'un acte législatif et son adoption au Conseil est passée de 459 jours avant l'élargissement à 331 jours depuis mai 2004. Par quel miracle ? D'abord, en l'absence de réformes institutionnelles formelles, les décideurs européens ont mis en œuvre des mécanismes informels d'adaptation, le phénomène étant notamment illustré par un meilleur dialogue entre le Conseil et le Parlement européen. Enfin, tout en continuant à privilégier la prise de décisions par consensus, le Conseil hésiterait moins, désormais, à recourir au vote. Du coup, les actes suscitant des coalitions majoritaires seraient arrêtés plus rapidement. A l'inverse, en obligeant chacun à choisir son camp, l'accélération du passage au vote conduirait à l'émergence de minorités de blocage sur lesquelles viendraient s'échouer d'autres propositions. Toutes choses qui prouvent que l'Union fonctionne, autre chose étant de savoir si elle fonctionne bien ou mal par rapport aux attentes des citoyens.

(PBo)

*** SYLVIE GOULARD: Le coq et la perle: cinquante ans d'Europe. Editions du Seuil (Paris). 2007, 187 p., 12 €. ISBN 978-2-02-092628-7

Maintenant, je sais comment répondre. On me demande parfois d'indiquer un livre que je conseillerais à des jeunes ou à des adolescents qui souhaitent connaître quelque chose de cette Europe en construction, si mal comprise et souvent décriée, et jusqu'à hier, j'hésitais. Je n'hésite plus: c'est le livre de Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen - France et professeur à Science Po (Paris) et au Collège d'Europe (Bruges), que je conseillerai à chaque coup. Pourquoi ne deviendrait-il pas un livre de texte pour les écoles supérieures ? Il a deux qualités qui sautent aux yeux. D'abord, l'auteur croit à ce qu'il écrit, le souffle passe, son enthousiasme est contagieux. Ensuite, les grands esprits qui ont fait l'Europe sont dépoussiérés: l'image qui sort des pages de Mme Goulard est celle de personnalités vivantes, audacieuses et généreuses ; la légende selon laquelle il s'agissait de bureaucrates ou de calculateurs ambitieux est détruite à la base. On voit agir et se battre ceux qui estimaient qu'il fallait enfin en finir avec les siècles et les siècles de guerres fratricides, retrouver ce qui unit les Européens et les rassembler, non pas par la force, non pas en vue de la domination des plus forts, mais par la fraternité, la communauté culturelle, les racines et les idéaux communs, tout en respectant les différences et les identités de chacun. On l'a compris, ce livre est autre chose qu'une suite de dates, de succès et d'échecs, de progrès et de reculs. L'auteur indique la couleur dès les premières pages: "Ce livre redonne la parole à ceux qu'il est convenu d'appeler les pères fondateurs, dont la pensée est méconnue aujourd'hui".

Le premier résultat est de démolir radicalement l'idée d'une Communauté qui avait, à sa naissance, des objectifs marchands. Je renvoie au choix de citations éclairantes que l'auteur propose et à son commentaire: "La lecture des fondateurs fait apparaître combien leur innovation rompait avec l'ordre ancien, tandis que les pratiques récentes de l'Union y ramènent". Et elle s'étonne de constater que "certains enseignants et étudiants savent parfaitement qui étaient les premiers pharaons d'Egypte mais ignorent tout des premiers fondateurs courageux de l'unité de l'Europe", en observant que les faussetés sur l'aventure européenne sont "tellement bien amplifiées par la presse anglophone, si écoutée à Bruxelles, qu'elles sont désormais tenues pour vraies". Suit une description passionnée, vivante et alerte de la réalité de l'Europe, laquelle est respectée et écoutée partout lorsqu'elle parle et agit comme un ensemble (la politique commerciale, l'euro), mais est vide et rhétorique ailleurs. Le système institutionnel communautaire représente, selon Sylvie Goulard, "la révolution passée inaperçue". Mais rien n'est acquis: "ni le marché unique ni l'euro ne seront durables si la crise de confiance se prolonge".

Ce livre est un véritable appel à retrouver la foi et la confiance, sans prétendre "fusionner les Etats, qui sont une réalité historique", mais en comprenant que le partage de souveraineté librement consenti "n'est pas un abandon de souveraineté mais une autre manière de l'exercer". Ceux qui le comprennent avanceront ensemble car si l'on veut redonner un sens à la construction européenne, il faudra que les pays et les peuples qui partagent une vision commune se rassemblent.

(FR)

*** EMMA CREWE, MARION G. MÜLLER (sous la dir. de): Rituals in Parliaments. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). 2006, 209 p.. ISBN 3-631-51993-1.

Les Parlements sont des éléments incontournables de la vie démocratique d'un pays, même si d'aucuns voient leur influence diminuer en raison de facteurs tels que leur subordination aux traités internationaux ou le rôle accru de l'exécutif dans certains pays. Ils sont l'objet de bien des études, mais il est un élément qui n'avait pas, jusqu'à présent, fait l'objet de beaucoup d'attention: la nature et le rôle des rituels dans les parlements. On pourrait s'étonner du thème et réagir comme les Lords britanniques, surpris d'apprendre qu'ils allaient faire l'objet d'une étude ethnographique. Pourtant, Emma Crewe rappelle que, "plutôt que d'être une simple expression culturelle ou un outil utilisés par les politiciens, les rituels dans la chambre des Lords est la façon quotidienne de faire de la politique". Et d'ajouter: "Comme Spencer le souligne, la politique est un processus culturel, inséré dans les idéologies de la société au sens large, plutôt qu'une activité isolée de la culture". La Chambre des Lords n'est que l'un des terrains d'étude de cet ouvrage qui s'intéresse aussi, par exemple, aux rituels au Sénat américain, aux parlements écossais et hongrois ou encore à l'Assemblée française.

(FRo)

*** L'Europe en formation. Les cahiers du fédéralisme. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.org - Internet: http: //http://www.cife.org ). 2006, n° 4, 200 p., 11 €. Abonnement: 30 €.

S'ouvrant sur un hommage à l'enseignant et militant européen Guy Michaud, récemment disparu, ce numéro de la revue fondée par Alexandre Marc contient un dossier consacré au "modèle social européen". Il s'ouvre sur une analyse des récentes parutions scientifiques en la matière, Hartmut Marhold observant notamment que "ce qui fait hésiter certains auteurs de parler d'un modèle social européen est probablement le fait qu'ils ne sont pas en mesure d'appliquer au défi de la définition l'idée d'une coexistence entre unité et diversité - tous ceux en revanche qui partent de l'idée de l'existence d'un tel modèle sont bien sûr parfaitement conscients du fait qu'il existe plusieurs variations d'un fonds commun d'éléments fondamentaux". Le directeur de la publication relève aussi que l'impact social des politiques d'intégration économique et monétaire (marché unique, euro) ne sont pas pris en compte par les chercheurs travaillant sur la question, pas davantage que les politiques de redistribution que sont les politiques régionale, de cohésion et agricole. D'autres contributions éclairent la problématique à travers les manques et travers actuels imputables au néo-libéralisme et à la globalisation financière, ainsi que de la manière dont elle est vécue dans différents pays de l'Union, en particulier dans certains de ceux qui sont venus rejoindre le club européen voici trois ans. Ce Dossier est prolongé par une réflexion relative à "une nouvelle approche du Minimum social garanti" (aussi appelé, dans la mouvance des fédéralistes proches des idées d'Alexandre Marc, allocation universelle) à la lumière d'une réédition, dix ans après sa sortie, d'un ouvrage défrisant de l'Américain Jeremy Rifkin, "La fin du travail", Mireille Marc-Lipiansky se félicitant que le pragmatisme de l'un puisse être plus efficace que la révolution prônée par les autres, le chemin étant, lui, le même.

(MT)

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