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Bulletin Quotidien Europe N° 9373
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La sécurité d'approvisionnement en gaz est au cœur des préoccupations de Varsovie

Varsovie, 23/02/2007 (Agence Europe) - Veto au lancement des négociations pour le nouvel accord de partenariat entre l'Union et la Russie, veto au soutien financier de l'Union via un prêt de la Banque européenne d'investissement au projet de gazoduc sous marin germano-russe en mer Baltique, opposition ferme mais pas définitive à la séparation patrimoniale (« ownership unbundling ») des activités de production et de réseau dans le secteur du gaz en Pologne, Varsovie ne transigera pas: la sécurité énergétique du pays, en particulier la sécurité d'approvisionnement en gaz, la préoccupe et elle veut des garanties.

S'il ne représente que 11 à 12% de la consommation d'énergie primaire du pays largement dominée par le charbon (60%), le gaz naturel, essentiellement utilisé pour la production de chaleur et l'industrie chimique en Pologne, est une source d'énergie stratégique qui rend vulnérable la Pologne du fait de sa dépendance aux importations de gaz russe. Et, aux yeux de Varsovie, en utilisant à deux reprises, au détriment de certains Etats membres de l'Union, l'énergie comme une arme politique contre l'Ukraine d'abord en janvier 2006 puis le Bélarus en janvier dernier pour limiter sa perte d'influence sur des Etats de l'ex-URSS, Moscou a largement entaché son image de partenaire énergétique fiable. Recevant mercredi 21 février au ministère polonais de l'Economie un groupe de journalistes européens, Piotr Wozniak a rappelé l'attachement de Varsovie à ce que Moscou ratifie la Charte de l'énergie et son protocole de transit. Le ministre polonais de l'Economie n'a cependant pas explicitement relié cette question au lancement des négociations pour le nouvel accord de partenariat avec la Russie, dont l'issue dépend surtout de la levée des restrictions russes sur les exportations de viande polonaise. Reconnaissant qu'il n'est « pas nécessairement le meilleur instrument » pour assurer la sécurité de l'approvisionnement polonais en gaz russe, M. Wozniak a toutefois estimé qu'étant basé sur des principes de réciprocité, la Charte de l'énergie et son protocole de transit sont essentiels pour assurer un « traitement équitable des parties ». « Si nous n'obtenons pas [sa ratification par la Russie], alors nous ne pouvons pas coopérer » dans le domaine des relations énergétiques, a insisté M. Wozniak.

Le ministre polonais a également confirmé l'opposition de Varsovie au projet Nordstream, le pipeline germano-russe qui vise à acheminer dès 2010 le gaz russe vers l'Allemagne. Déplorant qu'il ait été conçu dans le dos de Varsovie avant l'entrée de la Pologne dans l'Union, M. Wozniak a estimé que le projet germano-russe « menace les intérêts » de son pays et ne lui offre aucune garantie de sécurité énergétique. « Personne d'autre que nous peut dire si nous sommes en sécurité ou non », a-t-il déclaré, en référence aux récentes déclarations des dirigeants du projet, dont l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder. Défendant son projet à Bruxelles au début du mois de février (EUROPE n° 9362) pour s'assurer d'un soutien financier de l'Union via un prêt de la BEI, M. Schröder avait en effet assuré que Nordstream contribuerait au renforcement de la sécurité énergétique des pays voisins de l'Allemagne. Or, l'octroi d'un prêt de la BEI nécessite l'unanimité en sa faveur au sein du Conseil des gouverneurs de la Banque où plusieurs Etats membres bloquent, notamment parce que le projet ne satisfait pas certaines exigences environnementales. « Nous ne bloquons pas pour bloquer. [Le projet Nordstream] constitue une menace écologique [en mer Baltique], une menace de distorsion du marché du gaz et une menace pour la sécurité d'approvisionnement de la Pologne », a insisté M. Wozniak, assurant que Varsovie n'infléchira pas sa position sur ce dossier. Le gouvernement polonais craint notamment que le projet germano-russe, pourtant identifié comme une interconnexion prioritaire par la Commission et dont le coût pourrait, selon certains analystes industriels, s'élever à 15 milliards d'euros, encourage la Russie à augmenter ses prix pour financer l'investissement. Varsovie craint, en outre, qu'en contournant la Pologne, le projet donne la possibilité à Moscou de couper ses fournitures de gaz au pays sans affecter l'Europe de l'Ouest.

La position de Varsovie à l'égard du marché intérieur de l'énergie et de la question de la séparation des activités de production et de réseau (unbundling) illustre aussi parfaitement les préoccupations polonaises en matière de sécurité énergétique dans le secteur du gaz. M. Wozniak a notamment souligné l'opposition polonaise à l'option de la séparation patrimoniale (ownership unbunling) pour le gaz. S'il s'est dit satisfait de l'ouverture du marché de l'électricité au secteur privé et de la gestion de la transmission par des compagnies privées, il a toutefois estimé que les gazoducs et les infrastructures gazières devaient rester sous le contrôle de l'Etat qui ne pourra « relâcher son contrôle que lorsque l'approvisionnement sera diversifié ». Détenu à 85% par l'Etat, PGNiG contrôle les importations polonaises de gaz et un autre monopole, Gas System, contrôle la distribution. « Nous avons besoin de temps, peut être deux ans, et alors nous pourrons penser à la privatisation du secteur, à la séparation de propriété et aux investisseurs étrangers », a expliqué M. Wozniak. « Nous devons d'abord diversifier nos sources d'approvisionnement et nous sortir de la dépendance à une seule source », a-t-il ajouté. Dans ce contexte, le ministre polonais de l'Economie a indiqué que Varsovie aimerait diversifier son approvisionnement en gaz de manière à ce que, à terme, un tiers provienne de la Russie, un tiers de la Norvège et un tiers d'autres pays tiers comme l'Algérie. C'est pourquoi la Pologne projette d'établir un terminal pour le gaz naturel liquéfié en mer Baltique pour accueillir des importations en provenance d'Algérie et de construire un pipeline la connectant avec la Norvège. (eh)

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