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Bulletin Quotidien Europe N° 9334
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/jai

Les musulmans sont victimes d'une forte discrimination dans l'UE

Bruxelles, 22/12/2006 (Agence Europe) - Dans l'UE, la discrimination envers les musulmans reste plus que jamais une réalité. Telles sont les conclusions d'un rapport de l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) publié le 18 décembre. L'islamophobie, la recrudescence des agressions, des discriminations en matière d'emploi, d'éducation et de logement y sont pointées du doigt.

L'étude de 117 pages, intitulée « Les musulmans au sein de l'Union européenne: discrimination et islamophobie », examine les données disponibles sur les discriminations et actes d'islamophobie. L'EUMC, qui estime à au moins 13 millions le nombre des musulmans (3,5% de la population) dans l'Union européenne, précise même que « l'importance et la nature des actes de discrimination et d'islamophobie dont sont victimes les musulmans européens restent sous-documentées et sous déclarées », sauf en Grande-Bretagne et en Finlande. Pour la directrice de l'Observatoire Beate Winkler, « il reste beaucoup à faire pour s'assurer que les musulmans européens bénéficient des mêmes droits à l'égalité de traitement et de la même qualité de vie que les autres Européens ». D'une manière générale, les témoignages recueillis laissent apparaître le désappointement des musulmans devant la perception de leur religion par la société. « La diversité ethnique de ces communautés est très peu reconnue, de même que la diversité des traditions et des courants », résume l'UEMC. Un mal dont « les médias et les politiciens » sont largement tenus pour responsables.

L'EUMC évoque des centaines de cas signalés de violence ou de menaces depuis 2004: des actes de vandalisme contre des mosquées et des centres islamiques, des insultes visant des femmes voilées ou encore des agressions, comme cette famille somalienne au Danemark attaquée par un groupe armé de battes de baseball ornées de croix gammées et de slogans racistes. Selon le rapport, « l'islamophobie » est due à une tendance croissante à associer l'ensemble des musulmans aux actes de terrorisme commis par un petit nombre ; s'y mêle une xénophobie préexistante, propageant la discrimination dans de nombreux milieux. L'étude souligne que les « données relatives à des incidents à connotation religieuse sont collectées de façon limitée ». Seule la Grande-Bretagne publie une liste de crimes racistes qui identifie spécifiquement ceux commis contre les musulmans. Les musulmans pensent que leur acceptation est de plus en plus fondée sur l'« assimilation » et l'idée selon laquelle ils devraient perdre leur identité musulmane, souligne Mme Winkler. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, beaucoup ont le sentiment de faire l'objet « d'une suspicion générale de terrorisme », ajoute-t-elle. Le document cite pourtant des exemples de collaborations réussies entre associations musulmanes et police, en Belgique, aux Pays-Bas, notamment après l'assassinat de Théo Van-Gogh, en Autriche ou en Grèce. Mais le sentiment d'être a priori traité comme un suspect est fort au sein de la communauté. L'organisation appelle également à rendre obligatoire une formation de la police à la diversité culturelle, à veiller à l'intégration dans les écoles et à encourager une couverture médiatique équilibrée afin d'éviter de stigmatiser les musulmans.

Le rapport recommande aux dirigeants de l'UE de faire appliquer sans réserve les directives européennes anti-discriminatoires de 2000 (relatives à l'égalité raciale et à l'égalité en matière d'emploi) et à faire un meilleur usage de leurs dispositions, notamment en ce qui concerne les mesures en faveur de l'égalité. A noter que la décision-cadre de 2001 relative à la lutte contre le racisme et la xénophobie n'a toujours pas été adoptée par le Conseil de l'Union européenne. La Commission espère qu'elle le sera sous Présidence allemande. « Les mesures et les pratiques de lutte contre la discrimination et la marginalisation sociale doivent devenir des priorités politiques », plaide l'EUMC. Aujourd'hui, les musulmans européens « sont souvent représentés de manière disproportionnée dans les zones où les conditions de logement sont mauvaises, alors que leur réussite scolaire est inférieure à la moyenne et leur taux de chômage, lui, supérieur à la moyenne ». Le rapport cite à titre d'exemple une étude française: en 2004, l'Université de Paris I a envoyé des curriculum vitae émanant de personnes dont on pouvait deviner l'origine ethnique en réponse à 258 offres d'emploi de vendeur. Résultat: la probabilité d'obtenir une réponse positive était cinq fois moins élevée pour les candidats originaires d'Afrique du Nord. « Des obstacles freinent la promotion sociale de nombreux musulmans européens, notamment chez les jeunes. Cela peut donner lieu à un sentiment de frustration et d'exclusion sociale », relève le rapport, qui souligne que « le racisme, la discrimination et la marginalisation sociale sont des menaces sérieuses à l'intégration et à la cohésion communautaire ».

L'Observatoire, qui cite tout de même des initiatives de dialogue réussies (au Luxembourg, en Allemagne ou au Pays-Bas), réclame un effort d'information et plus de volonté d'intégration des musulmans de la part des Etats membres. A défaut, la discrimination et le racisme risquent « de saper le sentiment d'appartenance qu'ont les musulmans à l'UE ».

En décembre 2006, le conseil Justice et Affaires intérieures de l'Union européenne a décidé d'élargir le mandat de l'EUMC qui deviendra, au début de 2007, l'agence de l'UE pour les droits fondamentaux. (bc)

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