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Bulletin Quotidien Europe N° 9311
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Conditions de la relance selon les acteurs de l'histoire européenne

Lorsqu' un colloque réunit un nombre aussi élevé de personnalités qui ont contribué à édifier l'Europe unie (Jacques Delors, Etienne Davignon, Jacques Santer, Karl Lamers, Jean François-Poncet, Wim Kok, etc.) et de personnalités qui ont des responsabilités analogues aujourd'hui (Josep Borrell, Guy Verhofstadt, Poul Nyrup Rasmussen, etc.), plus Pascal Lamy et Tommaso Padoa-Schioppa, actuellement pris par des tâches différentes, on se doit d'en tirer des enseignements plutôt que des conclusions uniformes. Je parle du colloque qui, samedi dernier, a célébré à Paris le dixième anniversaire du groupement « Notre Europe ».

Les difficultés ont toujours existé. Je ne vais pas m'étendre sur l'élan et le souffle que les témoins et acteurs de l'histoire européenne apportent, ni sur la chaleur du public en les sentant si proches. Leurs souvenirs constituent en eux-mêmes une injection de confiance. Ils ont rappelé à ceux qui aujourd'hui se démoralisent si facilement que l'Europe a toujours connu des moments difficiles, même pires que les actuels ; mais elle a rebondi à chaque fois. Jean François-Poncet, négociateur du Traité de Rome pour la France, a rappelé que le «non» dramatique de son pays au premier projet d'armée européenne (le Traité de la CED) a été suivi quelques mois plus tard par la déclaration de Messine d'où est né le Traité de Rome. Il a aussi invité à «ne jamais s'arrêter face aux réticences britanniques»: le premier ministre du R.U. lui avait expliqué à Londres que son pays ne pouvait en aucun cas accepter un tarif extérieur commun applicable au Commonwealth, mais il avait ajouté: « Avancez, et si vous réussissez, on vous rejoindra un jour ». Jacques Santer a souligné combien d'innovations que l'on rêve d'introduire aujourd'hui existaient autrefois. La politique industrielle ? Sans le «plan Davignon», qui a sauvé à l'époque la sidérurgie, on ne produirait plus depuis longtemps un kilo d'acier en Europe. La politique énergétique ? La CECA et l'Euratom l'avaient organisée dans des domaines essentiels comme le charbon et l'atome. La paix entre les peuples ? En Europe, où les guerres étaient les plus fréquentes et les plus meurtrières, on l'a réalisée depuis un demi-siècle. Une politique européenne de défense ? Les responsables européens en avaient compris l'exigence dès le jour où, à Washington, le président Bush (le père du président américain actuel) avait refusé d'intervenir dans la guerre en Yougoslavie en affirmant: «C'est votre affaire à vous, les Européens ». Mais à l'époque la CEE ne disposait d'aucun instrument pour agir…

Karl Lammers a insisté sur l'importance de rebondir après les déconvenues, en rappelant l'amertume d'Helmut Kohl lorsqu'il avait constaté les réticences et réserves qui entouraient la réunification de son pays: beaucoup d'Européens avaient peur d'une renaissance de sa puissance. La réponse du chancelier, loin d'un refroidissement à l'égard de la construction européenne, avait été la renonciation à la monnaie nationale (qui faisait peur aux autres) et le soutien à la naissance de l'euro, malgré les réticences du monde économique national et même de la population. C'est en progressant que l'Europe surmonte ses difficultés.

Sauvegarder la méthode institutionnelle. Comment relancer maintenant la machine ? Pour les «anciens », la priorité est le maintien de la structure institutionnelle créée par le Traité de Rome. Avec beaucoup de brio, le Vicomte Davignon a démontré à quel point la « méthode communautaire» est vitale: la Commission doit jouer pleinement son rôle d'impulsion, sans s'efforcer de savoir d'abord si les Etats membres sont d'accord: rechercher le consensus préalable signifie vouloir faire un compromis avant de savoir sur quoi ! Le Parlement doit débattre ouvertement de tous les projets et le Conseil doit jouer son rôle d'institution communautaire sans se limiter à des négociations intergouvernementales. Tous les participants étaient d'accord à ce sujet, avec quelques réserves de Wim Kok qui ne croit pas à une relance de l'UE par la voie institutionnelle ; il faut d'abord, à son avis, rétablir la confiance dans l'évolution économique car les citoyens ne sont pas intéressés au débat sur les institutions. Le Vicomte Davignon reconnaît que le débat institutionnel n'est pas une solution en lui-même, mais rien n'est possible en l'absence des instruments permettant d'agir. Il faut mettre fin à la «période de réflexion» (tellement profonde et secrète, cette réflexion, que personne ne sait dire sur quoi elle a porté), et reprendre le débat quant au fond mais sans transiger sur l'équilibre institutionnel.

Jacques Delors, qui devait conclure ce débat, a insisté sur le rôle de la Commission: elle doit réfléchir chaque jour au bien de l'Europe, son rôle est indispensable, il n'y a pas d'alternatives.

Je résumerai demain le résultat du débat entre les représentants des générations au pouvoir.

(F.R.)

 

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