Strasbourg, 25/10/2006 (Agence Europe) - C'était prévisible (voir EUROPE n° 9293), le vote sur les résolutions concernant l'ouverture d'un dialogue entre le gouvernement espagnol et l'ETA, ainsi que son bras politique, la Batasuna, a suscité un certain émoi mercredi dans l'hémicycle du PE. La résolution des socialistes, appuyée par les libéraux, les Verts, et la GUE/NGL, qui voit dans ce dialogue la seule possibilité de mettre fin aux agissements de l'ETA, l'a emporté, mais de justesse: 321 pour, 311 contre et 24 abstentions. Les résolutions, d'une tout autre teneur, du PPE/DE et de l'UEN, avaient été rejetées par la plénière avec, quand même, 302 voix pour, 322 contre et 31 abstentions. Ces votes sur le processus de paix espagnol, qui se sont déroulés en présence, dans les tribunes, de parents des victimes de l'ETA, n'ont pas eu lieu dans le calme. Il faut dire que la nouvelle de la découverte d'une cache d'armes attribuée à l'ETA, dans le sud-ouest de la France, n'avait pas contribué à apaiser les esprits. Immédiatement après le rejet des deux premières résolutions, c'est l'autorité du président Josep Borrell lui-même qui a été mise en cause: il n'aurait pas dû présider lors de ce vote, selon Avril Doyle (PPE/DE, irlandaise). Et certains parlementaires, notamment tchèques et polonais, ont dit qu'ils n avaient pas compris sur quoi on avait voté. M. Borrell a alors fait procéder à un autre scrutin, qui a donné, à quelques voix près, le même résultat.
Dans sa résolution, le PE fait sienne la déclaration du Conseil européen de mars 2006, dans laquelle ce dernier accueille avec satisfaction les rapports du président du gouvernement espagnol sur le cessez-le-feu permanent annoncé par le groupe terroriste ETA, et souscrit à la communication du 22 mars 2006 du président Borrell. Celui-ci affirmait qu'il s'agissait d'une bonne nouvelle pour la société espagnole et le reste de l'Europe, prouvant qu'il est possible de combattre le terrorisme grâce à la démocratie. En outre, le Parlement: - demande au Conseil et à la Commission de prendre les mesures appropriées ; - condamne la violence, incompatible avec la démocratie, et exprime sa solidarité avec les victimes du terrorisme ; - soutient la lutte contre le terrorisme et l'initiative de paix au Pays Basque par les institutions démocratiques espagnoles dans le cadre de leurs compétences exclusives. Le PE a rejeté un amendement de Mme Grossetête au nom du PPE/DE, qui demandait que l'UE rejette catégoriquement toute prétention à une modification de l'intégrité territoriale d'un Etat membre « par recours ou menace de recours à la violence ».
Dans une brève déclaration en ouverture du débat, Paula Lehtomäki a affirmé que la Présidence finlandaise du Conseil est satisfaite de toutes les actions mises en oeuvre visant à faire en sorte que l'ETA renonce aux méthodes terroristes et parvienne à une solution de paix.
La Commission européenne est profondément préoccupée par le drame du terrorisme au Pays Basque, a confirmé Franco Frattini: 800 personnes tuées au cours de quatre décennies, menaces permanentes, chantage, voici le résultat des activités de l'ETA. Un résultat qui paraît cependant s'affaiblir progressivement, constate le Commissaire, en saluant la déclaration du chef du gouvernement espagnol sur l'annonce d'un cessez-le-feu, ainsi que la déclaration du président de la Commission européenne sur l'ouverture d'un dialogue pour essayer de mettre fin au terrorisme. C'est un sujet « complexe et délicat » mais la Commission est convaincue que le gouvernement espagnol « trouvera le bon chemin ». « Aujourd'hui, nous ne devons pas être divisés », a conclu M. Frattini, « car nous luttons contre un ennemi commun, le terrorisme ».
Oui, nous devons, dans ce débat, être respectueux les uns des autres, a admis le président du groupe PPE/DE, Hans-Gert Pöttering, qui s'est cependant montré sceptique sur les réelles intentions de l'ETA. Comment pouvons-nous les croire, s'est-il exclamé, s'ils ne sont même pas prêts à demander pardon à leurs victimes (en citant l'une d'entre elles, le mari de l'élue basque socialiste Barbara Dührkop). C'est pour cette raison que son groupe a tenu à maintenir sa propre résolution. Ce n'est que par le dialogue que l'on peut mettre fin à la spirale de violence, a soutenu en revanche le président du groupe socialiste, Martin Schulz, en disant son admiration pour le courage du gouvernement espagnol, et en soulignant que la position de ce gouvernement est « dans la tradition de tous ses prédécesseurs… je n ai pas toujours été d'accord avec M. Aznar, mais il avait raison quand il a affirmé qu'il ne s'agissait pas seulement d'un problème espagnol ». Graham Watson, président du groupe ALDE, a enchaîné: « Nous devons soutenir tout gouvernement espagnol qui essaierait de mettre fin au terrorisme », en reconnaissant que cette démarche comporte nécessairement des risques. Pour les risques qu'ils ont pris dans le processus de paix en Irlande du nord, John Hume et David Trimble ont eu le prix Nobel de la paix… S'exprimant en espagnol, la co-présidente des Verts/ALE, Monica Frassoni, a dit son accord: « il faut soutenir tout ceux qui prennent des risques », citant une phrase de Gandhi: « Il n'existe pas un chemin pour la paix, c'est la paix ». Mme Frassoni a polémiqué à propos de l'ancien premier ministre espagnol Aznar: oui, il a voulu porter le problème basque au Parlement européen, mais pour obtenir son appui pour sa propre politique, une politique de confrontation qui divisait la société basque. Le président du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, a salué à son tour l'attitude responsable de M. Zapatero, exprimée dans son discours du 28 juin, et souhaité que les élus d'autres groupes puissent souscrire à la résolution commune. « Nous ne devons pas ignorer la douleur des victimes », a affirmé Brian Crowley, président du groupe Union pour une Europe des nations, en citant les victimes de l'IRA (3000 en 30 ans), mais il faut regarder vers l'avenir. En s'assurant que ceux avec qui on veut parler sont vraiment engagés à chercher une solution pacifique, mais aussi en sachant que, lorsqu'on s'engage dans un tel processus, on est bien obligé de « parler avec l'ennemi …les occasions qui se présentent doivent être saisies, et non pas prédéterminées ». Jens-Peter Bonde, président du groupe Indépendance et démocratie, en s'interrogeant sur ce que l'Europe peut faire pour aider l'Espagne à trouver une solution, a rappelé l'expérience de sa propre région danoise, frontalière avec l'Allemagne, dont le sort avait été déterminé par un référendum: en se décidant pour le Danemark, les citoyens ont mené une véritable politique de réconciliation, et les minorités allemandes ont obtenu les droits qu'elles souhaitaient. Le débat s'est terminé comme il s'était ouvert, sur une note de scepticisme. James Allister, élu non inscrit d'Irlande du nord, a choisi l'exemple de l'IRA, et des promesses faites et non tenues, dates à l'appui, pour exprimer sa crainte que l'ETA fasse de même.
Le chef de l'opposition espagnole, le président du Partido Popular Mariano Rajoy, confirme dans une interview au Figaro de mercredi son hostilité contre le fait même d'ouvrir un débat sur ce problème au sein des institutions européennes (ce qu'avait fait en son temps son prédécesseur Aznar, NDRL). Ce serait, selon lui, donner raison à l'ETA, qui souhaite internationaliser le débat. Si les libéraux français votent pour la résolution commune, affirme-t-il, ils devront donner des explications au Partido Popular. M.Rajoy rejette tout parallélisme avec le cas de l'Irlande du Nord, et insiste sur le fait que la trêve actuelle a été négociée entre le gouvernement et un groupe terroriste, alors que, en l998, la trêve avait été déclarée suite à un arrangement entre le Parti national basque et l'ETA. « José Maria Aznar n'a jamais négocié … il n'a eu qu'une réunion avec l'ETA dans un petit village suisse au cours de laquelle il a dit que l'Etat de droit n'accepterait aucune négociation politique ». Pour M. Rajoy, la seule solution est le désarmement et la dissolution de l'ETA, qui permettrait à Batasuna de devenir une formation politique légale. (lg/hb)