Reconnaissance mondiale. Un exposé d'Eneko Landaburu sur les relations extérieures de l'UE est tout d'abord tonique et revigorant, ce qui fait du bien face au pessimisme et au défaitisme qui dominent. Le phénomène est connu: minimiser les résultats et les effets de l'intégration européenne est depuis quelque temps l'un des exercices préférés de beaucoup d'Européens. Or, en tant que directeur général des relations extérieures à la Commission européenne, M. Landaburu sait de quoi il parle ; et en passant la plupart de son temps à rencontrer les responsables des pays tiers, il connaît leur opinion. Il est donc qualifié pour souligner la «perception extrêmement positive» dans le monde de l'aventure de l'Europe unie, considérée partout comme l'un des aspects les plus positifs de l'histoire du siècle dernier. Le monde entier s'en inspire et voudrait l'imiter. On le comprend: après des siècles et des siècles de guerres intestines européennes (une tous les vingt ans en moyenne), un demi-siècle de paix et de stabilité. Avec tout ce qui arrive ailleurs !
Un contrepoids, un facteur de stabilité et un modèle. A la fin de la semaine dernière, invité par l'association «Réalités européennes du présent», association présidée par Hartmut Marhold, M. Landaburu a parlé de l'Europe en tant qu' «acteur mondial». Sans complaisance. Il a reconnu que le poids de l'Europe diminue, elle ne représentera bientôt que 5% de la population mondiale, alors que les nouveaux colosses ont bien davantage d'habitants et d'espace. Mais ces colosses, que ce soit la Chine ou l'Inde, voire la Russie, sont favorables à l'émergence de l'Europe unie, en tant que « contrepoids à d'autres hégémonies» et pour sa contribution essentielle aux défis auxquels l'humanité doit faire face: catastrophes naturelles, détérioration de l'environnement, terrorisme, déséquilibres économiques et sociaux, diffusion des armes atomiques. L'Europe est déjà et sera de plus en plus un facteur de stabilité et un modèle.
«L'Europe existe, nous existons en tant que soft power», s'est exclamé M. Landaburu: première puissance commerciale du monde, deuxième monnaie mondiale, «locomotive» dans le domaine environnemental, chef de file pour l'aide aux pays pauvres, acteur désormais incontournable dans la «diplomatie réelle» (Liban, Congo, Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, Kosovo bientôt). Et il n'a pas négligé la dimension extérieure de certaines politiques internes, en citant Galileo, auquel un nombre croissant de pays tiers souhaitent participer. La «politique de voisinage» pourrait, en cas de succès, répondre partiellement au problème des élargissements futurs et des «frontières de l'Europe», si elle corrige certaines erreurs, comme l'idée d'un régime uniforme pour tous les pays méditerranéens (alors que les situations et les ambitions sont très différentes) et si elle admet la « différenciation » entre les pays participants.
Lacunes et efforts. M. Landaburu reconnaît toutefois que l'UE n'est pas encore un véritable «acteur politique mondial», car plusieurs Etats membres hésitent à mettre en commun les souverainetés nationales et à créer les « instruments de la puissance » au niveau européen. La politique étrangère et de sécurité commune (PESC) est exclusivement «réactive» et ne dispose pas d'une capacité d'anticipation. Des efforts sont en cours dans cette direction, dans les limites qu'impose l'absence de la Constitution. Javier Solana n'est pas devenu ministre européen des Affaires étrangères ni vice-président de la Commission, mais il participe à des réunions communes de réflexion sur les grands enjeux stratégiques avec la Commission. Le service diplomatique commun n'a pas été créé mais la coopération entre les services existants (Conseil et Commission) et avec ceux des Etats membres se développe et des échanges de fonctionnaires sont programmés. On ne peut pas aller plus loin dans le cadre institutionnel actuel ; mais pour le court terme, c'est déjà quelque chose.
Et pourtant les gens n'en savent rien ! La visibilité de l'UE en tant qu'acteur mondial est presque nulle. Il faudra agir sur ce plan aussi.
M. Landaburu a également évoqué d'autres aspects, comme le respect des droits de l'homme en tant que condition pour bénéficier du soutien de l'UE: cette «conditionnalité» doit-elle être rigoureuse, ou bien faut-il éviter le risque de provoquer un raidissement des pays visés ? Une réflexion s'impose.
Les cas de quelques pays ont été évoqués dans le débat qui a suivi. Je partage toutes les orientations de M. Landaburu, sauf sa conviction que l'UE doit rester en Afghanistan avec une «présence forte». Or, la population locale considère clairement les Européens sur place comme des «occupants» ; c'est une raison suffisante pour partir, car l'Europe ne doit «occuper» la terre de personne. Si on préfère le régime des Talibans, et la drogue en tant qu'activité économique essentielle, on ne peut qu'en prendre acte.
(F.R.)