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Bulletin Quotidien Europe N° 9292
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/russie

à Lahti, les franches discussions sur la démocratie et les relations avec la Géorgie montrent que les divergences de vues entre les Vingt-cinq et Moscou sont loin d'être aplanies

Lahti, 23/10/2006 (Agence Europe) - « Tous nos sujets de préoccupation » ont été abordés, a affirmé le président de la Commission, José Manuel Barroso à l'issue du dîner informel qui a réuni vendredi soir (20 octobre), en clôture du Conseil européen informel, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union et le président russe Vladimir Poutine. Les dirigeants européens et le président russe ont en effet discuté de la situation interne en Russie et de questions internationales de manière « très franche », a assuré le Premier ministre finlandais et président en exercice du Conseil européen, Matti Vanhanen. Des déclarations glanées çà et là montrent toutefois que, par certains aspects sur l'énergie comme sur les questions de politique interne russe, les divergences de vues entre l'Union et Moscou sont loin d'être aplanies.

Deux semaines après l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, l'Union n'a manqué de faire part de sa « profonde préoccupation » sur l'évolution de la démocratie et de la liberté d'expression en Russie. Au nom des Vingt-cinq, M. Vanhanen a demandé à son invité russe que le meurtre d'Anna Politovsakaïa, « crime terrible », « fasse l'objet d'une investigation approfondie et que les responsables soient traduits en justice ». Répétant qu'il avait « été choqué comme toute la communauté internationale », M. Poutine a assuré que Moscou ferait toute la lumière sur ce meurtre et qu'il avait « donné des instructions pour que l'enquête soit transparente et approfondie ». Selon le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, le président russe a affirmé devant les dirigeants européens ne pas exclure qu'il s'agisse d'une « provocation ». Tancé par le président du Parlement européen Josep Borrell, ainsi que les Premiers ministres danois Anders Fogh Rasmussen et suédois Fredrik Reinfeldt sur la situation des droits de l'homme, de la liberté d'expression et de la presse ainsi que sur la corruption dans son pays, le président russe n'a guère apprécié d'être apostrophé sur les dérives autoritaires de son régime. A M. Borrell, qui s'est demandé si la Russie était « encore une démocratie », M. Poutine a rétorqué que l'Espagne n'échappait pas à la corruption avant de lancer au président du Conseil italien Romano Prodi: « Mafia est un mot italien, pas russe ».

Le président russe est également resté intraitable en réponse aux explications demandées, au cours du dîner, par le président polonais Lech Kaczynski, sur l'embargo commercial à l'encontre de la Géorgie et sur l'expulsion des ressortissants géorgiens en territoire russe. « Ce n'est pas la Russie qui est responsable de l'escalade » depuis l'arrestation des « espions » russes arrêtés par les autorités géorgiennes, mais Tbilissi, qu'il a accusé de tout mettre en œuvre pour « provoquer un bain de sang » pour reprendre le contrôle dans les enclaves russes de la région caucasienne. « Les raisons de ce conflit ne résident pas dans les relations entre la Russie et la Géorgie, mais dans les relations entre la Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud », a insisté M. Poutine devant la presse. « L'initiative de faire monter les tensions ne vient pas de la Russie », mais de la Géorgie qui a l'intention de rétablir son intégralité territoriale dans ces deux enclaves russes « par des moyens militaires », a-t-il poursuivi, avant d'assurer que les relations entre Tbilissi et Moscou « pourront être normalisées » dès que la Géorgie aura changé sa politique à l'égard de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. « Ne nous accusez pas par principe ou pour quelque chose que nous ne pouvons pas faire », a ajouté le président russe en soulignant que la Russie ne pouvait pas prendre la responsabilité pour tous les « conflits gelés » qui existent dans les pays de l'ex-URSS.

Samedi, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a exclu une solution militaire pour rétablir le contrôle du gouvernement central sur l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. « De façon certaine, absolue et catégorique, nous n'entamons pas de confrontation militaire », a expliqué M. Saakachvili, repoussant les propos de M. Poutine.

Interrogeant lui aussi sans ménagement, au cours du dîner, le président russe sur le climat délétère des relations entre Moscou et Tbilissi, le Premier ministre letton Aigars Kalvitis a par ailleurs demandé des éclaircissements à M. Poutine sur la situation en Tchétchénie. En réponse, le président russe s'est plaint, devant les Vingt-cinq, du traitement réservé à la minorité russe dans les pays Baltes.

Enfin, les dirigeants européens et leur invité ont discuté de questions internationales. « Nous coopérons déjà beaucoup sur des questions de politique internationale telles que l'Iran, la Corée du Nord et le Moyen-Orient, mais nous avons néanmoins convenu qu'il y a toujours de l'espace pour renforcer davantage cette coopération », a déclaré M. Vanhanen devant la presse, en se félicitant par ailleurs que la Dimension nordique sera renforcée entre l'Union, la Russie, la Norvège et l'Islande.

A Lahti, les discussions avec M. Poutine ont donc été franches tout en évitant la confrontation. Il n'était en effet pas question de se fâcher avec le dirigeant du pays premier fournisseur en gaz de l'Union. Alors que le Premier ministre estonien, Andrus Ansip, a plaidé, plus tôt dans la journée, en faveur d'un « équilibre entre les valeurs communes et les intérêts de l'Union » dans les relations avec Moscou, la chancelière allemande Angela Merkel ne s'est pas montrée prête à sacrifier les intérêts énergétiques de son pays sur l'autel des droits de l'homme en appelant les Vingt-cinq à « guider la Russie vers la voie démocratique et de l'économie de marché ». « Je suis heureuse que l'on parle avec M. Poutine plutôt que de M. Poutine », a-t-elle affirmé devant la presse. Tout aussi diplomate, le président français Jacques Chirac a rappelé que « droits de l'homme et énergie sont deux choses différentes ». « Il n'est pas question de lier des actions morales à des actions économiques », a-t-il insisté en soulignant que la Russie et l'Union ont chacune « des intérêts légitimes que l'on doit chercher à harmoniser ». (eh / hb)

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