Lahti, 20/10/2006 (Agence Europe) - Concilier politiques actives du marché du travail, modalités contractuelles flexibles, éducation et formation tout au long de la vie et protection sociale: tel est le défi que pose la « flexicurité », concept récent qui était au centre des débats du Sommet social tripartite de Lahti, vendredi matin, avant l'ouverture du Conseil informel des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union. Organisé conjointement par la Présidence finlandaise de l'UE et la Commission européenne, ce Sommet social avait pour objectif principal de donner l'occasion, pour la première fois, aux représentants syndicaux et patronaux de contribuer au débat sur ce thème (voir aussi EUROPE n° 9290). A l'issue de la réunion, présidée par le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen et le président de la Commission José Manuel Barroso, il semblait qu'un consensus se soit dégagé parmi les politiques et les partenaires sociaux en faveur d'une flexibilité respectant l'équilibre entre les exigences du marché et celles de la protection sociale des travailleurs. Certes, l'interprétation de la notion d'équilibre diffère selon que l'on se trouve dans le camp des employeurs ou dans celui de ceux qu'ils emploient, comme l'indiquent les interventions de leurs représentants au Sommet social. Reste que des discussions en vue d'aplanir leurs divergences de vues sont en cours. S'exprimant au nom du président de l'Unice Ernest-Antoine Seillière (Unice, employeurs), qui n'était pas présent à Lahti, Christoffer Tawell a indiqué que l'Unice « espérait vivement que (les) discussions avec la Confédération européenne des syndicats (CES) seraient couronnées de succès, de manière à pouvoir en présenter les résultats avant le prochain Sommet social tripartite de mars 2007(soit avant l'ouverture du Sommet de Printemps: Ndlr) ». Cette contribution des partenaires sociaux européens devrait en effet alimenter une future communication de la Commission sur la flexicurité.
A l'issue du Sommet social, le Premier ministre finlandais a déclaré que la réunion s'était déroulée dans un « esprit constructif ». « Par flexicurité, il faut entendre disposition au changement, maîtrise du changement, équilibre entre flexibilité et sécurité sur le marché du travail. Nous y sommes tous prêts. La vieille Europe, mais une Europe armée des compétences qui conviennent, peut très bien être à la hauteur dans le contexte de la concurrence mondialisée. Le bon fonctionnement du marché du travail et la qualité de la vie professionnelle en Europe sont des atouts décisifs pour cette Europe innovante dont nous allons parler plus tard dans la journée avec
les autres chefs d'État et de gouvernement », a expliqué Matti Vanhanen.
Ce dernier a également fait état des négociations relatives à la révision de la directive sur le temps de travail. Il a déclaré avoir évoqué la question à plusieurs reprises avec les chefs d'État et de gouvernement de l'UE et annoncé que la Présidence finlandaise, qui estime que la position des organisations syndicales sur la directive sera cruciale, a préparé une nouvelle proposition de compromis qui sera soumise au Conseil le 7 novembre. Réagissant vendredi midi à cette information par la voix de la porte-parole du Commissaire Špidla, la Commission européenne a accueilli favorablement cette initiative, « car elle obligera tout le monde à bouger ». Rappelons que 23 États membres ne respectent pas les dispositions de la directive actuelle, et que faute d'accord sur la proposition visant à la réviser, la Commission se verra dans l'obligation d'ouvrir des procédures d'infraction à leur encontre. Les participants au Sommet social informel ont exprimé leur soutien aux efforts déployés par la Finlande pour trouver une solution à la question.
S'agissant de la flexicurité, José Manuel Barroso considère que « nous ne pouvons améliorer notre capacité d'adaptation sans accroître la flexibilité. Cependant, la création d'une nouvelle sécurité d'emploi, fondée sur le partenariat et l'éducation et la formation tout au long de la vie, doit s'inscrire dans cette démarche ». Et le président de la Commission de souligner l'importance de trouver un équilibre entre ces exigences: « We need a flexi and a curity », a-t-il lancé. Le Commissaire à l'emploi, aux affaires sociales et à l'égalité des chances a souligné quant à lui le rôle important des partenaires sociaux: « Ils sont idéalement placés pour trouver de nouvelles façons de travailler. Nombre de solutions liées à l'amélioration de la flexibilité et de la sécurité sur le lieu de travail résident au niveau de l'entreprise ou de la branche professionnelle et sont largement tributaires de la bonne coopération entre les deux côtés du secteur ». Et Vladimír Špidla d'ajouter: « Les discussions ne seront pas faciles, mais le plein appui des partenaires sociaux est vital. Une contribution commune de leur part sur la question de la flexicurité constituerait une avancée très importante dans la quête d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi en Europe ».
S'exprimant au nom des employeurs, Christoffer Tawell a souligné que l'approche en matière de flexicurité « exigeait des stratégies nationales claires faites d'un mélange équilibré de mesures économiques et sociales pour doper la création d'emplois et aider les gens à optimiser leurs chances sur le marché du travail ». Ce qui, pour l'Unice, signifie: « 1) une réglementation du travail flexible avec des règles (…) de protection contre les licenciements et une variété de contrats d'emplois pour répondre aux différents besoins des sociétés et des travailleurs conjuguée à un engagement fort de lutter contre le travail non déclaré ; 2) la mise en place de politiques de marché du travail (…) efficaces, ce qui présuppose que les marges budgétaires nécessaires aient été créées pour permettre un tel investissement et 3) l'existence d'un système de protection sociale 'employment friendly', en particulier une assurance chômage qui comporte des droits mais aussi des obligations pour les chômeurs par opposition à l'octroi inconditionnel d'un revenu de remplacement. »
Enfin, la CES a fait valoir qu'elle veillerait à ce que la flexicurité ne fasse pas l'objet « d'une seule interprétation restrictive ». En d'autres termes, le mouvement syndical n'acceptera pas que la flexibilité l'emporte sur la sécurité. La CES a plaidé en faveur de l'équilibre, c'est-à-dire d'une approche combinant des systèmes sociaux forts « avec des mesures actives d'accompagnement des travailleurs, dans les périodes de transition, comme c'est le cas dans les pays scandinaves ». Pour la Confédération européenne des syndicats, une flexicurité qui se limiterait à obliger les salariés à abandonner leurs droits fondamentaux et à accepter des emplois de plus en plus précaires est inacceptable dans la mesure où elle serait source d'insécurité et donc contre-productive. « Nous sommes en faveur d'une flexicurité à condition qu'elle crée des situations gagnant-gagnant (« win-win ») aussi bien pour les travailleurs que pour les entreprises, une flexicurité qui mette l'accent sur la qualité de l'emploi et les relations industrielles », a déclaré John Monks, secrétaire général de la Confédération, lors de la réunion. « L'Union européenne a besoin d'une flexicurité qui développe les capacités des travailleurs et crée des emplois, a-t-il poursuivi, ce qui suppose une politique en matière de formation tout au long de la vie, des politiques actives de l'emploi, de protection sociale et de soutien aux travailleurs ». (ol)