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Bulletin Quotidien Europe N° 9266
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JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/cia

L'Espagne dément être impliquée dans les activités illégales de la CIA et s'engage à demander aux Etats membres de réagir aux propos du Président Bush - Appel des députés à la clarté du Conseil et de la Commission

Bruxelles, 15/09/2006 (Agence Europe) - L'Espagne dément toute implication de sa part ou de la part de ses services secrets dans les activités illégales de la CIA en Europe, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos. « Je peux vous affirmer catégoriquement que, sous réserve de ce que les enquêtes révéleront, le gouvernement espagnol n'est pas au courant des activités illégales de la CIA ou de l'existence de centres de détention en Espagne », a affirmé jeudi M. Moratinos devant la commission temporaire du Parlement européen qui enquête sur cette affaire. Il a ajouté que son gouvernement « n'a pas autorisé que la loi soit violée » et a réitéré sa confiance envers les services secrets de son pays: « Nos services n'ont jamais été en relation directe ou indirecte avec les Etats-Unis dans le cadre de ce dossier et il n'y a pas eu non plus d'accord secret entre notre gouvernement et les Etats-Unis ». M. Moratinos, le premier responsable de haut rang à venir s'exprimer devant la commission temporaire, a néanmoins admis que le territoire espagnol « pourrait avoir été utilisé non pas pour commettre de tels crimes, mais comme lieu de transit », puisque 66 vols suspects à caractère civil avaient été repérés en Espagne. Etant donné leur itinéraire particulier passant par Kaboul, Bagdad, la Libye, le Maroc ou l'ex-Yougoslavie, ces vols ont peut-être été utilisés à des fins en violation des droits de l'Homme ou des règles internationales, a-t-il estimé, tout en expliquant: les avions suspects qui ont fait escale en Espagne ont été visités, et rien dans l'attitude des équipages n'a semblé étrange, ce qui laisse penser qu'aucun d'entre eux n'abritait des personnes séquestrées. Si les enquêtes en cours devaient découvrir des éléments à charge contre les autorités espagnoles, ce ne serait d'ailleurs pas la faute de l'actuel gouvernement, a-t-il laissé entendre, mais plutôt celle de l'équipe Aznar au pouvoir jusqu'en 2004.

Devant les députés, M. Moratinos s'est par ailleurs formellement engagé à demander à ses homologues, lors du Conseil Affaires générales de vendredi, de prendre position sur les récentes déclarations du Président Bush qui a avoué l'existence de prisons secrètes hors des Etats-Unis (EUROPE n°9260). « Je demanderai que le Conseil réfléchisse à la question et prenne une position (…), je ferai écho de vos préoccupations et de celles de toute l'UE à mes homologues », a-t-il assuré. Face à certains députés qui ont réclamé l'application de l'article 7 du Traité de l'UE, M. Moratinos a dit: « Nous travaillons dans l'hypothétique. Il faut d'abord apporter des preuves, et s'il y a violation, il faudra des responsables ». Quant aux propos de Georges Bush, le ministre s'est contenté de déclarer: « Monsieur Bush ne précise pas que les camps en question se situent sur territoire européen. Ne cédons pas à l'anti-américanisme facile; les Etats-Unis sont une grande nation et leur Cour suprême a travaillé avec efficacité pour en arriver à ces déclarations de la part de Bush ». Les députés ont eux aussi réagi aux déclarations du Président américain, à commencer par leur Président Carlos Coelho (PPE-DE, portugais): « Je me félicite que le Président Bush ait fait cette déclaration, ce qui prouve que nous avions raison de créer cette commission temporaire. L'Italien Jas Gawronski (PPE-DE) a tenu à rappeler que « Bush ne s'est pas excusé, il a juste cité les faits et a dit que les prisons de la CIA resteraient opérationnelles si de nouveaux terroristes étaient pris ». D'autres députés ont lancé un appel aux gouvernements européens afin qu'ils fournissent des détails de leur participation dans ces opérations. Le rapporteur Claudio Fava (PSE, italien) de la commission temporaire a pris note du « silence complet qui règne à la Commission et au Conseil depuis que Bush s'est exprimé » et se demande « pourquoi le Conseil n'a pas trouvé la force de condamner » ces révélations. « Nous voulons davantage », a réclamé Sarah Ludford (ALDE, britannique), avant de dénoncer « l'attitude arrogante » du Conseil. Giusto Catania (GUE/NGL, italien) a conclu pour sa part que « la discrétion des Etats européens suite aux déclarations de Bush ne peut être expliquée que d'une seule manière: ils n'étaient pas du tout surpris par cette nouvelle ».

Les députés ont été confrontés à de nouvelles allégations sur les restitutions extraordinaires. Bernhard Docke, avocat de Murat Kurnaz (Turc vivant en Allemagne), qui a été détenu à la prison de Guantanamo de fin 2001 à août 2006, a indiqué qu'il n'y avait pas de preuve justifiant la détention de son client, qui avait été torturé. Gül Pinar, avocat de la famille de Mohammed Zammar, un Allemand arrêté au Maroc en 2001 et susceptible d'être détenu dans une prison syrienne, a indiqué que les proches de ce dernier ne savaient pas où il se trouvait et s'il était encore vivant. Francesca Longhi, avocate de Abou Elkassim Britel (Italien détenu au Maroc), a indiqué que son client avait été transporté au Maroc « sous l'égide de la CIA » en mai 2002. « Notre gouvernement a choisi de ne pas se mêler de cette affaire », a-t-elle regretté.

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