Bruxelles, 18/07/2006 (Agence Europe) - Alors que la Commission européenne a annoncé pour le premier semestre de 2007 une nouvelle stratégie à long terme pour la politique européenne de l'espace, tout semble indiquer que l'on s'achemine vers une réduction des ambitions décrites dans le Livre blanc de 2003 sur l'espace. C'est ce qui ressort des discussions conduites, au sein du groupe à haut niveau sur l'espace qui réunit des représentants des Etats membres et de la Commission. Un diplomate n'hésite pas à parler d'enterrement du document « ambitieux et réaliste » de 2003 à un moment où l'industrie spatiale européenne, confrontée à une forte concurrence, s'inquiète pour son avenir (voir aussi EUROPE n°9212).
Plusieurs problèmes sont à l'origine de cette panne de la politique européenne de l'espace. Tout d'abord, l'absence de traité constitutionnel a privé la Commission d'une base juridique et d'une ligne de crédit qui auraient sans aucun doute soutenu le développement de cette politique. En même temps, note un parlementaire, le dossier de l'espace est passé de la DG Recherche, où il bénéficiait d'un fort soutien, à la DG Industrie où il ne suscite pas le même enthousiasme. Rattaché à la sécurité et ne bénéficiant d'un financement qu'au titre du 7ème programme-cadre (environ 200 millions d'euros par an dont 85% pour GMES), le spatial restera l'un des parents pauvres de la politique communautaire des sept prochaines années. Le Système global de surveillance pour l'environnement et la sécurité (GMES) peine d'ailleurs à voir le jour, même si l'unité dirigée par Herbert von Bose vient de mettre en place un Bureau GMES chargé d'activer le travail de développement de GMES en y associant le Centre commun de recherche et les autres DG concernées (Environnement, Agriculture, RELEX, etc.). Lorsque ces travaux auront abouti, la Commission pourrait essayer d'avancer dans la mise en œuvre de GMES en commençant par mettre en place des projets concernant la surveillance maritime et la gestion des crises, a estimé Herbert von Bose lors d'une réunion du groupe de travail Espace au Sénat belge le 6 juillet. A titre personnel, il a espéré qu'il devienne possible, lors de la révision des Perspectives financières en 2009, de créer une petite ligne budgétaire pour GMES à côté de celle qui existe pour Galileo. Le futur système de radionavigation par satellite bénéficie effectivement de crédits, mais qui devront être complétés en revoyant à la hausse la participation du secteur privé pour assurer le financement de l'ensemble de la constellation, trente satellites au total. C'est une des choses qui doivent être réglées alors que le contrat de concession n'est toujours pas signé. A noter que des discussions sont toujours en cours entre les Etats membres et la Commission sur la politique d'accès au signal sécurisé PRS (définition des groupes d'utilisateurs et des conditions d'utilisation des récepteurs sécurisés) et que la question de l'utilisation à des fins militaires (en particulier pour le ciblage ou le pilotage de missiles) n'est toujours pas tranchée.
Si le socialiste belge Philippe Busquin, qui préside l'Intergroupe Espace au Parlement européen, déplore les retards de démarrage de GMES et le budget minimal accordé à Galileo alors qu'un « effort beaucoup plus important » serait nécessaire face à la concurrence américaine mais aussi russe, chinoise et indienne, il doit bien reconnaître que l'espace ne suscite pas l'enthousiasme parmi les députés européens. Seule une dizaine de députés - parmi lesquels figurent deux astronautes - l'Italien Umberto Guidoni (PdCI) et le Tchèque Vladimir Remek (KSCM) -, le socialiste français Gilles Savary, la Française Christine De Veyrac (UMP) et le démocrate-chrétien allemand Karl von Wogau - participent régulièrement aux réunions de l'Intergroupe qui consacrera en novembre un débat aux vols habités.
Dernier acte de la présidence belge de la Conférence interparlementaire européenne de l'espace, un colloque réunira les parlementaires sur le thème « Espace, Défense et Sécurité » du 18 au 22 septembre à Kourou, en Guyane. Plus d'une centaine de parlementaires se sont déjà inscrits, a indiqué François Roelants du Vivier, l'actuel président de la Conférence. Le parlement italien doit en assurer la présidence en 2007 et les parlements de Pologne et de Roumanie viennent de manifester leur intention d'adhérer à cette organisation interparlementaire.