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Bulletin Quotidien Europe N° 9235
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Sommet du G8 et énergie: principes généraux retenus, divergences confirmées

Trop long et souvent banal. Tout comme prévu. Le Sommet du G8 a approuvé sa longue, trop longue, déclaration sur la sécurité énergétique mais il n'a réglé aucun des problèmes qui étaient ouverts à la veille de la réunion, et qui le restent. Jaloux peut-être du Conseil européen, dont la longueur des «conclusions» est parfois inversement proportionnelle à leur portée réelle, le Sommet de Saint-Pétersbourg a voulu montrer qu'il est lui aussi capable de remplir des pages et des pages de banalités où l'on doit chercher à la loupe les passages significatifs. J'exagère peut-être, car il n'est jamais inutile de mettre par écrit, au niveau les plus élevés, les principes de base sur lesquels quelque chose pourrait être construit à l'avenir. Acceptons, donc, le résumé scolaire énumérant les défis énergétiques auxquels le monde est confronté (les prix sont volatils, la demande mondiale d'énergie va augmenter, l'environnement est fragile), et faisons bonne mine aux prouesses intellectuelles soulignant l'ampleur des investissements nécessaires pour améliorer la situation, la nécessité que les marchés de l'énergie soient transparents, efficaces et productifs, l'opportunité de combattre la corruption et l'apport de l'énergie propre pour lutter contre le changement climatique. Et, surtout, prenons bonne note du principe maintenant acquis et qui n'était pas accepté il y a quelque temps par M. Poutine, à savoir la nécessité d'une réglementation juridique «transparente, équitable, stable et effective», incluant l'obligation de respecter les contrats, afin de générer un afflux suffisant d'investissement. L'intention unanime de travailler à la réduction des barrières aux échanges et aux investissements est aussi explicitement soulignée.

Quelques accents bien placés. Il faut également considérer comme positive, à mon avis, l'insistance sur les économies d'énergie et sur le recours à des technologies avancées permettant de réduire la consommation. L'ampleur des résultats possibles dans ces deux domaines était déjà reconnue en Occident, les Etats-Unis ayant rejoint l'UE qui la souligne depuis longtemps (même si les résultats sont encore insuffisants) ; le succès est d'en avoir convaincu Vladimir Poutine. En Russie (ainsi qu'en Ukraine, où les autorités et les usagers sont encore sous l'influence de la négligence historique de l'URSS dans ce domaine), les gaspillages sont encore énormes, des études récentes le confirment. Autre aspect significatif: l'accent enfin placé avec vigueur sur le secteur des transports. Le texte souligne que les transports dévorent les deux tiers de la consommation mondiale de pétrole, et que c'est là qu'il faut agir. Depuis combien de temps les écologistes et les Verts du PE insistaient sur ce point ! Enfin, c'est fait, et le paragraphe 21 énumère les orientations à suivre pour y porter remède (la responsabilité du transport aérien dans la consommation et dans les émissions nocives est explicitement citée). Il ne reste que l'essentiel: concrétiser les orientations indiquées.

Rien de nouveau, en revanche, à propos du nucléaire. Les commentaires qui ont mis l'accent sur les désaccords en ce domaine font, à mon avis, fausse route: le Sommet s'est limité à confirmer que les positions nationales divergent et il n'a même pas essayé d'harmoniser les orientations, tout en définissant quelques recommandations pour ceux qui ont choisi, ou qui choisiront, le nucléaire.

Les références à l'énergie renouvelable, au développement d'infrastructures sûres et fiables et à la volonté d'aider les pays pauvres à avoir accès à l'électricité et aux autres formes d'énergie sont conformes à ce qu'on pouvait attendre. On n'avait pas besoin des huit personnalités les plus puissantes du monde pour les rédiger, un diplomate assisté d'un professeur universitaire aurait pu le faire. D'ailleurs, tout indique que les chefs de gouvernement n'en ont pas discuté: ils ont approuvé ce qui avait été préparé.

Trois divergences subsistent. Il reste à parler des aspects qui étaient controversés avant la réunion et qui le restent, le texte s'étant limité à avaliser les timides compromis élaborés à l'avance (voir cette rubrique dans le bulletin n. 9228). On trouve ainsi quelques allusions à la sécurité non seulement de l'offre mais aussi de la demande et à la nécessité de règles communes pour l'évaluation des réserves de pétrole et d'autres sources d'énergie, qui sont les deux points où les positions (et les intérêts) de la Russie et des Occidentaux sont en forte opposition. À propos de la Charte de l'énergie, la divergence a été aplanie (provisoirement) par une astuce dialectique: le texte de Saint-Pétersbourg ne dit pas que les chefs d'Etat ou de gouvernement sont favorables à cette Charte et à son entrée en vigueur, mais qu'ils en «appuient les principes». La Russie peut ainsi continuer à rejeter la ratification de ce document tout en laissant comprendre qu'elle pourrait accepter d'en mettre en œuvre les principes, à ses conditions bien entendu. En clair: rien ne change. Je reviendrai demain sur ces trois aspects essentiels sur lesquels se concentrent actuellement les divergences. (F.R.)

 

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