*** CATHERINE ILIC, CHLOE LEPRINCE: God Save l'Europe. L'Europe vue par les Britanniques. Editions Jacob-Duvernet134 rue du Bac, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 42226365 - Courriel: louis.sfg@noos.fr). 2006, 183 p., 18,90 €. ISBN 2-84724-101-9.
"Au large de l'Europe est ancrée une île dont les journaux avaient titré un jour de gros temps de l'année 1911: La Manche en plein brouillard: le continent coupé du monde !"… Ainsi s'ouvre ce petit ouvrage jouissif qu'il est vivement conseillé d'emporter avec soi afin de ne pas bronzer idiot, sans pour autant se faire mal à la tête. Avec talent, deux journalistes à la plume aussi acidulée que tonique instruisent le procès, à charge et à décharge, des Européens récalcitrants que seraient les Britanniques. Un travail journalistique tout en nuances qui a vu ces correspondantes en poste à Londres multiplier les rencontres tous azimuts afin que, de la confrontation des points de vue et sensibilités, émerge un portrait ne relevant pas de la caricature.
Pourquoi les Britanniques sont-ils, face à l'Europe, "un pied dedans, un pied dehors" ? Pourquoi se montrent-ils si "souvent prompts à faire de la Manche un océan infranchissable… tandis qu'ils n'hésitent pas à surnommer l'Atlantique the pound - le lac" ? Pour Catherine Ilic et Chloé Leprince, la mer explique bien des choses. L'océan, d'un côté, qui a permis à la Grande-Bretagne de bâtir le premier Empire du monde sur le négoce et la maîtrise des mers. La mer qui, en d'autres mots, "a non pas isolé, mais rapproché nos voisins du reste du monde". D'ailleurs, rappellent les auteurs, lors du référendum de 1975 sur le maintien du pays dans l'Europe communautaire, le camp anti-européen avait fait campagne sur la base d'un slogan révélateur: "Sortir de l'Europe et entrer dans le monde" ! Mais la mer aussi qui, face au continent, forge une forme d'insularité psychologique et, surtout, cisèle une histoire politique toute particulière, du Bill of Rights au common law en passant par la Magna Carta ou l'Habeas Corpus. Cette spécificité nationale ferait que "les Britanniques, et surtout leurs gouvernements, ont d'emblée perçu le projet européen comme une œuvre de facture française, c'est-à-dire un texte inspiré par un Etat fort et dirigiste", Bruxelles et, en particulier, la Commission européenne ayant eu tôt fait d'apparaître, dès lors, "comme les symboles d'une souveraineté abdiquée". C'est sur cette… vague que n'ont cessé, en tout cas, de surfer les responsables politiques britanniques, à commencer par Churchill qui, à en croire Hugo Young, auteur du monumental The Blessed Plot, "encouragea l'Europe à se méprendre sur la Grande-Bretagne et la Grande-Bretagne à se méprendre sur elle-même". De Hugh Gaitskell, le travailliste qui eut l'honneur de se voir affubler le premier de l'étiquette "eurosceptique", à Tony Blair en passant par Lady Thatcher et son "anti-européanisme épidermique", les Européens à tout le moins frileux ont, à l'ombre de Westminster, tenu le haut du pavé dans les allées du pouvoir. Au point qu'être pro-européen en terre hostile, à l'instar d'un Kenneth Clarke ou d'un Denis MacShane, relève de la gageure. Même l'incontestablement europhile Tony Blair, "qui pensait marquer son règne en embrassant la monnaie unique", a manqué son rendez-vous avec l'Histoire euro-britannique. Pour Timothy Garton Ash, directeur du Centre d'études européennes du St Anthony's College à l'Université d'Oxford, l'une des raisons principales en est qu'"il n'a pas eu le courage d'affronter la presse eurosceptique, tant il est vrai que "lorsque vous êtes marié depuis plus de trente ans à la même personne et que vous vous demandez toujours si vous avez bien fait de vous marier, il y a forcément quelque chose qui ne tourne pas très rond"… Un chapitre entier - et meurtrier ! - est consacré à la "prise d'otage médiatique" de l'Europe par une "presse de caniveau" sans pareille et par une presse de qualité qui, à l'occasion, "trempe aussi sa plume dans l'europhobie", à tel point que Ian Barber, du service de presse de la Représentation de la Commission à Londres, va jusqu'à poser la question de "l'intégrité journalistique d'une presse qui prive les lecteurs britanniques de la vérité sur les politiques et les institutions de l'Union".
Voici pour la face visible de l'iceberg britannique. Mais que penser des citoyens britanniques ? Quels sont leurs sentiments réels envers l'Europe ? Pour le savoir, Catherine Ilic et Chloé Leprince ont été musarder chez les élèves britanniques qui sont "au fond de la classe", eux qui prisent moins que d'autres jeunes Européens les possibilités offertes par le programme Erasmus et qui sont depuis longtemps les victimes d'une "hitlérisation" des cours d'histoire, même si un cours de citoyenneté ouvert à la dimension européenne est devenu obligatoire depuis peu. Elles ont suivi par delà la Manche ces Britanniques qui sont devenus les "champions du tourisme médical" et dentaire en particulier, suite aux défaillances du système de santé britannique. Elles ont arpenté des campagnes où beaucoup d'agriculteurs leur ont dit que la réforme de la Politique agricole commune voulue par les autorités britanniques constituerait, pour eux, "un nouveau coup de massue". Elles ont été se promener à Liverpool qui se relève économiquement et socialement grâce à l'apport conséquent des Fonds structurels, ce que les autorités se gardent bien de faire savoir. Elles ont mis le cap sur des stades où les supporters se passionnent pour les actions d'un Cantona hier, d'un Thierry Henri aujourd'hui. Elles ont suivi, enfin, ces familles britanniques de plus en plus nombreuses qui mettent le cap vers le continent, le temps des vacances ou à l'heure de la retraite… Toutes choses qui, à la longue, pourraient conduire à ce que ce constat de Reijo Kempinnen, représentant de la Commission en Grande-Bretagne, perde de sa pertinence: "Le scepticisme britannique se nourrit d'ignorance, d'un réel manque d'information et d'une certaine xénophobie".
Michel Theys
*** DEIRDRE CURTIN, ALFRED E. KELLERMANN, STEVEN BLOCKMANS (sous la dir. de): The EU Constitution: The Best Way Forward ? T.M.C. Asser Press (P.O. Box 16163, NL-2500 BD The Hague. Tél.: (31-70) 3420359 - fax: 3420359 - Internet: http://www.asserpress.nl ). 2005, 555 p.. ISBN 90-6704-200-5
Ce bel ouvrage recueille les contributions, classées en six thèmes, d'une quarantaine d'auteurs issus des milieux académiques et des institutions européennes. Par exemple, la première partie traite du processus d'élaboration de la Constitution et de sa ratification, les auteurs y exposant notamment leurs réflexions sur l'iconographie constitutionnelle européenne, les tensions entre l'intergouvernementalisme et le constitutionnalisme. Bruno de Witte y parle des solutions qu'il pressent en cas de crise pendant le processus de ratification et Anne Peters s'interroge sur le bien-fondé des référendums. Un autre thème abordé est l'influence du Traité sur la vie démocratique dans l'Union, comme l'inclusion des parlements nationaux, l'accès du public aux documents et le rôle du médiateur européen. D'autres parties abordent plus précisément des points tels que la transparence, la distribution des pouvoirs, l'accès à la justice, ou proposent des perspectives nationales sur l'impact de la Constitution. Ce livre procède du trente-quatrième colloque sur la législation européenne organisé par l'Asser Institute en 2004, pendant la Présidence néerlandaise. Achevé quelques jours avant les référendums français et néerlandais (sur l'issue desquels Deirdre Curtin est plutôt pessimiste dans son introduction), l'ouvrage se retrouve, comme de nombreux autres livres sur le traité constitutionnel, dans la situation peu confortable de ceux qui traitent d'un évènement qui n'a pas eu lieu (pour le moment ?). Cependant, la Constitution pourrait renaître de ses cendres et reste une référence pour les débats sur l'avenir de l'Union, cet ouvrage étant, dans ce cadre, un outil très riche.
(FRo)
*** KONRAD AMANN, LUDOLF PELIZAEUS, ANNETTE REESE, HELMUT SCHMAHL (sous la dir. de): Bayern und Europa. Festschrift für Peter Claus Hartmann zum 65. Geburtstag. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2005, 451 p.. ISBN 3-631-53540-6.
Dans ce volume qui rend hommage au Pr. Peter Claus Hartmann à l'occasion de son 65ème anniversaire, vingt-six contributions sont recueillies sous le thème général "La Bavière et l'Europe". Elles proposent une vue d'ensemble fascinante sur l'histoire bavaroise et européenne du Moyen Age jusqu'à nos jours. L'approche interdisciplinaire privilégiée dans cet éclairage accorde de l'attention aux thèmes de l'histoire de la musique et de l'Eglise, parallèlement aux sujets historiques plus larges et traditionnels. Une fresque remarquable !
(CDi)
*** ERAN GUDUZ: Das türkische und französische Nation-Verständnis im Vergleich. Zwischen staatsbürgerlicher Gleichheit und kultureller Differenz. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 514. 2005, 116 p.. ISBN 3-631-53510-4.
Cette étude bien ciselée porte sur les paradoxes de la citoyenneté telle qu'elle est postulée en France et en Turquie. Son auteur prend comme point de départ les ressemblances structurelles des concepts français et turcs de "nation". Ensuite, les interprétations respectives de la nation sont examinées à l'aide de théories de la nation, la problématique de la reconnaissance des minorités recevant, dans ce contexte, une attention approfondie. En France, cette discussion concerne surtout les immigrants maghrébins, tandis que la Turquie doit se réconcilier avec ses minorités autochtones.
(CDi)
*** HELGE BEYER: Kosten-nutzen-analytische Beurteilung der Auswirkungen der GAP-Reform 2003 auf den EU-Getreidesektor. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 3129. 2005, 179 p.. ISBN 3-631-53894-4.
Des marchés sans cesse plus déséquilibrés, des fardeaux budgétaires de plus en plus lourds à supporter, des défis politiques qui empoisonnent de plus en plus la vie au niveau du commerce international… C'est dans ce contexte débilitant que le Conseil européen, réuni à Luxembourg le 26 juin 2003, a pris la décision de procéder à une réforme majeure de la Politique agricole commune. Pour ce qui est des céréales, les points essentiels de cette réforme sont le découplage, l'option de la régionalisation ainsi que les restrictions pour les paiements directs aux entreprises individuelles. Dans cette étude, les conséquences de cette réforme pour les marchés céréaliers et ceux qui y opèrent sont analysées et jaugées. Pour l'auteur, la réforme n'exerce qu'une influence modeste si on la compare aux effets de la mise en oeuvre continue de l'Agenda 2000. Helge Beyer avance toutefois qu'elle entraîne, dans l'ensemble, un mieux-être du secteur céréalier évalué aux alentours de 1,1 milliard d'euros pour la période 2005-2010.
(CDi)
*** JEAN-MARIE SERMIER: OCM sucre: réformer pour durer. Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 4 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40636121 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information", n° 2602. 2005, 131 p., 5 €. ISBN 2-11-119458-1.
Depuis plus de treize ans maintenant, la plus ancienne et la plus intégrée des politiques communes de l'Europe connaît une révolution permanente dans le but de s'adapter aux nouvelles demandes et aux pressions des négociations commerciales multilatérales. Cependant, la réforme du secteur sucrier n'est pas une réforme comme les autres. D'une part, explique le député français qui signe ce Rapport d'information très complet, l'OCM sucre et ses mécanismes de fonctionnement, quasiment inchangés depuis leur création, constituent une "quintessence de la PAC ancien régime". D'autre part, observe Jean-Marie Sermier, l'Europe doit, pour la première fois de son histoire, réduire l'une de ses productions agricoles au point d'y perdre son indépendance alimentaire, ce pour se mettre en conformité avec les conclusions de l'Organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce. En conséquence, la Commission a avancé, en juin de l'année dernière, un projet de réforme visant à réduire, sur un délai très court, la production communautaire. L'auteur perçoit cette proposition comme un réel progrès par rapport aux orientations de juillet 2004, jugées politiquement inacceptables et économiquement absurdes, et juge qu'elle constitue une base de départ acceptable. Néanmoins, juge l'auteur, pour être acceptés par la France et ses partenaires, les textes de la Commission doivent être rendus plus justes et ne pas délaisser la question, jugée centrale, de la préférence communautaire. C'est pourquoi ce Rapport d'information s'attache, dans un premier temps, à présenter les enjeux d'une réforme devenue inévitable, évalue ensuite les propositions de la Commission et avance enfin des idées pour aider à la résolution du problème.
(NDu)
*** BRIGITTA LURGER, SUSANNE AUGENHOFER: Österreichisches und Europäisches Konsumentenschutzrecht. Springer-Verlag (Vienne. Internet: http://www.springer.at ). Collection "SpringerNotes - Rechtswissenschqft". 2005, 214p.. ISBN 3-211-27827-3.
Cet ouvrage offre un très utile état des lieux des droits autrichien et européen relatifs à la protection du consommateur. L'introduction traite de la question générale de la protection du consommateur et du droit communautaire pertinent, s'intéressant, par exemple, aux modèles de consommateurs, aux formes différentes que prend leur protection ou à l'éventuelle application excessive de directives. Vient ensuite une mise en question des normes individuelles du droit européen et de leur mise en œuvre au niveau autrichien. Cette présentation de dispositions "autonomes" en matière de droit de protection du consommateur aborde la question des possibilités d'imposition de ce droit. Deux chapitres sont voués au thème de la pureté et la protection du consommateur et à la problématique propre aux contrats de consommation transfrontaliers. Le tout est abordé à travers des études de cas et des questions, ce qui facilite l'assimilation de la matière. L'ouvrage contient aussi de nombreuses références à la littérature pertinente, ce qui en fait un instrument de travail fort utile.
(CDi)
*** Dokumente. Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit e.V. (86 Dottendorfer Straße, D-53129 Bonn. Tél.: (49-228) 92129365 - fax: 690385 - Courriel: aboservice@guez-dokumente.org - Internet: http://www.zeitschrift-dokumente.org ). Juin 2006, n° 3, 112 p., 4,50 euros. Abonnement: 18,90 euros.
La revue du dialogue franco-allemand propose un dossier sur le tourisme, que ce soit sur les derniers développements en France - le pays qui reçoit le plus de touristes - et en Allemagne - le pays qui en "exporte" le plus -, sur le tourisme comme instrument de connaissance ou encore sur les stéréotypes liés aux touristes.