Bruxelles, 17/07/2006 (Agence Europe) - Alors que les bombardements israéliens contre les milices du Hezbollah au sud du Liban se sont encore intensifiés lundi - tout comme les tirs de missiles du Hezbollah sur Israël, y compris la ville de Haïfa - et que plusieurs pays européens ont commencé à évacuer leurs ressortissants du Liban, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont appelé lundi à la désescalade et la cessation des hostilités. Réunis en Conseil « Affaires générales/Relations extérieures » sous la présidence du ministre finlandais Erkki Tuomioja, les Vingt-cinq ont adopté des conclusions qui reflètent largement le contenu de la déclaration que le Sommet du G8 a adoptée dimanche à Saint-Pétersbourg (voir plus loin) et dans lesquelles l'UE exprime sa « grave préoccupation » face aux nombreuses victimes, à la détérioration de la situation humanitaire et à la destruction des infrastructures civiles au Liban. « Ces développements constituent une menace sérieuse pour la paix et la sécurité dans la région », lit-on dans la déclaration. Les ministres lancent un appel à la libération immédiate des soldats israéliens. Ils reconnaissent le droit légitime d'Israël à l'autodéfense, mais exhortent Israël à exercer ce droit avec « la plus grande retenue » et sans recourir à des mesures disproportionnées. « Toutes les parties doivent maintenant faire tout leur possible pour protéger les populations civiles et pour s'abstenir de prendre des mesures contraires au droit humanitaire international. Il est urgent d'arrêter la violence et de retourner à la diplomatie. Seul un processus de négociation politique peut apporter la paix durable dans la région ». Les conclusions du Conseil condamnent explicitement les attaques du Hezbollah contre Israël et l'enlèvement des deux soldats israéliens, et exigent leur libération immédiate et inconditionnelle ainsi que la cessation de toutes les attaques contre les villages et villes israéliens. Les ministres soulignent aussi que le gouvernement libanais doit regagner la souveraineté sur tout le territoire du pays, mais aussi qu'il doit aussi faire tout son possible pour empêcher des attaques contre Israël par le Hezbollah à partir de son territoire. Toutes les parties impliquées dans le conflit sont appelées à assurer que les citoyens européens qui souhaitent quitter le Liban pourront le faire rapidement et en toute sécurité.
En revanche, les ministres de l'UE ne mentionnent pas dans leurs conclusions l'idée soulevée dimanche par le G8 à Saint-Pétersbourg d'envisager l'envoi d'une force internationale de sécurité et de surveillance au Liban (voir plus loin). « A priori, c'est une question qui relève de la compétence des Nations unies », a expliqué à la presse le président du Conseil, Erkki Tuomioja. « Il n'en demeure pas moins que les Etats membres ont d'ores et déjà indiqué qu'ils seraient prêts à participer dans une telle force si elle devait être mise sur pied », a dit le ministre finlandais, ajoutant qu'il ne s'agit pour l'instant que d'une « idée ».
Au cours du déjeuner, les ministres avaient entendu un rapport du Haut Représentant de l'UE pour la PESC, Javier Solana, qui a passé dimanche quelques heures à Beyrouth pour s'entretenir notamment avec le Premier ministre libanais, Fouad Siniora (une rencontre prévue avec le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, n'a pas pu avoir lieu, « pour des raisons logistiques », a affirmé M. Solana). La situation au Liban est « dramatique », les destructions sont très importantes, a expliqué M. Solana à la presse, à l'issue du Conseil. Le Premier ministre libanais est un « homme bien, et nous le soutenons. Nous ne voulons pas que quelqu'un ou quelque chose affaiblisse le gouvernement du Liban », a-t-il souligné.
A son arrivée au Conseil en début de l'après-midi, M. Solana a estimé qu'il sera très difficile d'aboutir à un cessez-le-feu et que le mieux que l'on pouvait espérer dans les circonstances actuelles serait une désescalade. « Un cessez-le-feu est ce que tout le monde voudrait, mais je pense que nous sommes toujours loin d'une telle situation », avait-il dit.
Les conclusions du Conseil traitent aussi de la situation à Gaza. Le soldat israélien enlevé qui se trouve toujours dans les mains des milices du Hamas doit aussi être libéré immédiatement et sans conditions, demandent les ministres. La direction palestinienne doit mettre fin à la violence et aux activités terroristes, y compris le lancement de roquettes sur Israël. Les deux côtés sont aussi invités à améliorer la situation humanitaire désespérée de la population civile. L'UE reste aussi « particulièrement préoccupée » de l'arrestation, par Israël, de plusieurs ministres et parlementaires palestiniens, lit-on dans les conclusions. Ces personnes doivent être immédiatement libérées, demande l'UE (voir autre nouvelle sur l'aide de l'UE aux Palestiniens et au Liban).
Le G8 condamne les « éléments extrémistes » du Hamas et du Hezbollah - Israël a le droit à l'autodéfense, « mais doit agir avec la plus grande retenue » - Pour une force internationale de sécurité et de surveillance au Liban
Les dirigeants du G8, réunis en Sommet le week-end dernier à Saint-Pétersbourg, ont adopté le 16 juillet une déclaration sur le Proche-Orient dans laquelle ils affirment que l'explosion de la violence au sud du Liban et en Israël est l'œuvre de « forces extrémistes » qui veulent déstabiliser la région et « saboter » les aspirations à la démocratie et la paix des peuples palestinien, israélien et libanais. « Des éléments du Hamas » à Gaza et des membres du Hezbollah en territoire libanais ont lancé des attaques contre Israël et enlevé et tué des soldats israéliens, constatent les dirigeants avant d'ajouter: « Ces éléments extrémistes et ceux qui les soutiennent ne peuvent pas être autorisés à plonger le Proche-Orient dans le chaos et à provoquer un conflit élargi. Les extrémistes doivent immédiatement cesser leurs attaques ».
Quant à Israël, le message du G8 est le suivant: « Il est aussi très important qu'Israël, tout en exerçant son droit de défense, pense aux conséquences stratégiques et humanitaires de ses actes. Nous appelons à Israël à agir avec la plus grande retenue, à essayer d'éviter des pertes parmi les civils innocents et des destructions au niveau des infrastructures civiles et à s'abstenir de toute action qui pourrait déstabiliser le gouvernement libanais ». Pour les dirigeants du G8, la priorité la plus urgente sera de créer les conditions pour une cessation immédiate des violences et de jeter les bases pour une solution plus durable. Pour le G8, cela exige: - la libération et le retour, sains et saufs, des soldats israéliens à Gaza et au Liban ; - la fin des attaques contre le territoire d'Israël ; - la fin des opérations militaires israéliennes et un retrait rapide des forces israéliennes de Gaza ; - la libération des ministres et parlementaires palestiniens arrêtés par Israël. Ces conditions doivent être remplies dans l'ordre mentionné dans la déclaration, a souligné la chancelière allemande Angela Merkel. « Nous réclamons d'abord que les soldats israéliens rentrent sains et saufs en Israël et que les attaques contre Israël cessent, et ensuite, naturellement, qu'Israël cesse son opération militaire », a-t-elle dit à la presse à Saint-Pétersbourg.
Le G8 s'est aussi prononcé en faveur de la création d'une force internationale de sécurité et de surveillance au Liban sous l'égide de l'ONU. « Nous serions favorables à l'examen, par le Conseil de sécurité de l'ONU, de la possibilité d'assurer une présence internationale de sécurité/monitorage » au Liban, affirme la déclaration de Saint-Pétersbourg. « Nous sommes fermement convaincus que le gouvernement libanais doit disposer de tout le soutien nécessaire pour mettre en œuvre les résolutions de l'ONU sur le Sud-Liban. Nous demandons qu'en plus des activités de l'ONU, un nouvel observateur et une mission de sécurité soient mis en place. Cela doit être réalisé sous l'égide de l'ONU », a expliqué Mme Merkel dimanche à la presse.
Les préparatifs pour l'envoi par l'ONU d'une force internationale au Liban ont aussi dominé, lundi, la dernière journée du Sommet du G8 à Saint- Pétersbourg, où le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a appelé les parties au Proche-Orient à conclure une trêve pour permettre la mise en place d'une telle force internationale. « Nous devons obtenir des parties concernées qu'elles se mettent d'accord, aussi vite que possible, sur une cessation des hostilités pour nous donner le temps de travailler » à l'envoi de ces soldats, a dit M. Annan. Il a ajouté que la force qu'il envisageait serait « une force de stabilisation ». M. Annan attend, vers la fin de la semaine, un rapport d'une équipe de l'ONU dirigée par son conseiller politique Vijay Nambiar qui se trouve actuellement dans la région. « La seule manière de voir une fin de la violence est d'avoir une force internationale déployée dans la zone », a aussi estimé lundi le Premier ministre britannique Tony Blair. Certaines informations de la presse provenant d'Israël citaient lundi des sources non officielles du gouvernement affirmant que le Premier ministre israélien Ehoud Olmert était opposé au stationnement d'une telle force internationale au sud du Liban.