Bruxelles, 17/07/2006 (Agence Europe) - L'actualité marquée par la flambée de violence au Proche-Orient a quelque peu éclipsé les questions énergétiques qui devaient être le plat de résistance du Sommet de Saint-Pétersbourg, où étaient réunis du 15 au 17 juillet les chefs d'Etat et de gouvernement du G8. Les dirigeants des huit pays les plus industrialisés de la planète ont néanmoins adopté une déclaration sur la « sécurité énergétique globale », qui n'a toutefois pas permis de cacher ni les divergences sur l'énergie nucléaire et le changement climatique, ni les réticences russes à ratifier la Charte de l'énergie.
Actualité oblige, le G8 s'est inquiété dimanche de l'envolée des prix du pétrole, particulièrement spectaculaire depuis l'offensive israélienne au Liban. Dans sa déclaration finale sur l'énergie, le G8 reconnaît que « les prix élevés et volatils du pétrole » constituent un « problème grave » auquel il convient de faire face pour « relever le défi de l'approvisionnement mondial en énergie ». En dépassant pour la première fois cette semaine le seuil de 78 dollars le baril, le prix du pétrole, qui a plus que triplé ces quatre dernières années, fait peser une véritable menace sur la croissance économique mondiale. Devant la crainte d'un embrasement du conflit au Proche-Orient, amplifié par l'incertitude en Irak et les difficiles négociations nucléaires avec l'Iran, les pays du G8, grands consommateurs d'énergie, se sont efforcés d'adresser un message politique fort en affirmant leur engagement à poursuivre leurs efforts d'économie d'énergie et d'efficacité énergétique, à réaliser des investissements sur toute la chaîne d'approvisionnement et à diversifier les sources d'énergie.
Sur ce dernier point, la déclaration finale du G8 mentionne en particulier la promotion des énergies renouvelables mais laisse la part belle à l'énergie nucléaire. Pour rallier l'Allemagne, qui a fait le choix de l'abandon progressif du nucléaire, ainsi que l'Italie, qui ne recourt d'ores et déjà plus à l'atome, les membres du G8 reconnaissent dans leur déclaration commune qu'ils « appliquent des méthodes différentes pour atteindre la sécurité énergétique » et soulignent « l'importance cruciale de la sûreté des installations ». « Nous sommes déterminés à réduire encore les risques associés à l'utilisation sûre de l'énergie nucléaire », indique le texte qui réaffirme aussi l'engagement des pays du G8 à « permettre un accès fiable pour tous les pays à l'énergie nucléaire sur une base concurrentielle et compatible avec les engagements et les normes de non prolifération ». Outre ces divergences sur la question nucléaire, les points de vue divergent aussi sur la lutte contre le réchauffement climatique. La déclaration finale laisse en effet à chacun des pays du G8 le libre choix de mener sa propre stratégie, le protocole de Kyoto n'emportant pas l'adhésion de tous ses membres, des Etats-Unis en particulier. Le texte adopté dimanche reconnaît en effet que pour ceux qui le souhaitent, le développement de l'énergie nucléaire contribuera à la sécurité énergétique mondiale et à la lutte contre le changement climatique. « Ceux d'entre nous qui ont étudié ou étudient des plans relatifs à l'utilisation et/ou au développement sûr et sécurisé de l'énergie nucléaire croient que son développement contribuera à la sécurité énergétique globale tout en réduisant la pollution de l'air et en contribuant à la lutte contre le changement climatique », souligne la déclaration finale.
La réunion de Saint-Pétersbourg, d'autre part, n'a pas permis d'aplanir les divergences entre l'Union européenne et la Russie en matière d'approvisionnement énergétique, question qui touche en particulier leurs relations gazières. Préoccupés par l'impact du conflit gazier russo-ukrainien de janvier dernier qui avait pénalisé bon nombre d'Etats membres de l'Union temporairement victimes des ruptures de livraisons de gaz de la Russie vers l'Ukraine, les Européens ont obtenu que la déclaration commune du G8 adhère, sans la mentionner, aux principes de la Charte de l'énergie élaborée en 1994 et qui prévoit l'accès ouvert aux ressources et aux infrastructures de transport énergétiques pour les pays qui l'ont ratifiée. Dans leur déclaration commune, les pays du G8 s'engagent en effet à promouvoir des « marchés ouverts, transparents, efficaces et concurrentiels pour la production d'énergie, l'offre, l'utilisation, la transmission et les services de transit » qui sont autant de « clés à une sécurité énergétique globale ». Ils s'engagent en outre en faveur de « cadres juridiques et réglementaires transparents, équitables, stables et efficaces, y compris l'obligation de respecter les contrats et de fournir en amont et en aval des investissements internationaux suffisants et viables ». L'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni ont donc obtenu, au nom de l'Union européenne, fortement dépendante de l'énergie importée de Russie, la reconnaissance, par Moscou en particulier, de principes qui lui sont chers. Ces principes seront désormais « à traduire dans la réalité », a toutefois reconnu devant la presse le président de la Commission, José Manuel Barroso.
Toujours réticente à ratifier la Charte de l'énergie et son protocole additionnel sur le transit pour préserver le monopole de Gazprom sur le transport d'énergie, la Russie a pour sa part obtenu que la Charte cite la nécessité pour les pays producteurs de pouvoir, eux aussi, investir dans l'énergie au niveau international. Référence qui constitue une garantie d'une plus grande sécurité de la demande pour la Russie, dont le gazier public Gazprom se heurte à des obstacles à l'entrée au capital de sociétés de distribution d'énergie.