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Bulletin Quotidien Europe N° 9234
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/agriculture

Députés et experts s'opposent à la politique d'arrachage de vignes, tout en convenant de la nécessité d'une réforme profonde

Bruxelles, 17/07/2006 (Agence Europe) - Lors d'une audition sur l'avenir du secteur vitivinicole, organisée le 12 juillet par la commission parlementaire de l'agriculture, la plupart des députés et des participants ont vivement protesté contre la proposition visant à arracher 400.000 hectares de vignes et, plus généralement, contre la libéralisation du marché. Tous les participants ont reconnu la nécessité d'une réforme radicale du secteur, en particulier celle de revoir les mesures actuelles de gestion du marché. Le rapporteur du PE, Katerina Batzeli (socialiste grecque), a estimé que la nouvelle OCM sur le vin ne doit « en aucun cas » se départir de la nouvelle approche de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de 2003, surtout compte tenu des contraintes de l'OMC, qui incitent l'UE à classer dans la « boîte verte » (aides dont les effets de distorsion des échanges sont nuls ou minimes) un certain nombre d'interventions communautaires. Mme Batzeli a critiqué surtout la proposition sur l'arrachage de vignes qui, selon elle, risque de se traduire par une « forte réduction de la production dans l'UE » et va réduire la compétitivité du secteur européen, créer des problèmes environnementaux et affecter le tissu économique et social dans les zones rurales, avec des « conséquences économiques irréversibles ». Le risque est que les besoins des consommateurs européens soient satisfaits en augmentant les importations des vins de pays tiers dans l'UE. La commission de l'agriculture votera le 23 octobre le rapport, qui passera en plénière le 14 novembre. La Commission présentera ses propositions législatives en décembre prochain ou au début 2007.

Lars Hoelgaard, directeur général adjoint à la DG Agriculture, a justifié les options de réformes proposées par la Commission en déclarant qu'avec les mesures actuelles, le secteur européen n'est « pas capable de répondre aux défis ». Avec l'ouverture des marchés et la baisse des protections tarifaires, « on assiste » à une augmentation des achats de vins originaires de pays tiers, surtout dans les Etats membres de l'UE non producteurs de vins. M. Hoelgaard a rappelé que la consommation de vins dans l'UE baisse de 750.000 hectolitres par an. « Il faut permettre à nos producteurs de concurrencer les pays tiers », a dit M. Hoelgaard, en soulignant les avantages naturels des régions de l'UE (climat, sol, température, pluies). La Commission estime que les programmes de développement rural offrent de nombreuses possibilités pour aider le secteur, et suggère de supprimer les mesures de marché actuelles (distillation) qui « sont généralement inefficaces ». Les 500 millions d'euros dépensés chaque année pour ce type de mesures alimenteront les enveloppes nationales des Etats membres, qui pourront décider de l'utilisation de ces fonds en fonction de leurs priorités. M. Hoelgaard a rappelé les deux options de réforme radicale préconisées par la Commission: - la première, en une seule étape, prévoit l'abolition à partir de 2010 des droits de plantations, la suppression des mesures de marché et l'affectation des crédits ainsi économisés aux enveloppes nationales et aux programmes de développement rural ; - la seconde, en deux étapes, consiste à « nettoyer le marché avant de laisser agir les forces du marché », en proposant aux exploitants qui le souhaitent de recourir à l'arrachage de 400.000 ha de vignes en cinq ans, avec une aide de 2,4 milliards d'euros sur la période.

Patrick Agrain, de VINIFLHOR, a précisé que la production européenne de vin, depuis 1995, a cessé de décroître et que la production communautaire repart à la hausse (+ 300.000 hl par an dans l'UE). Selon lui, ce rythme de croissance n'est pas incompatible avec la croissance de la demande mondiale. « Notre problème n'est peut-être pas de produire trop, mais de vendre plus ». M. Agrain a reconnu que le secteur était confronté à une baisse de la consommation intérieure, mais, d'après ses estimations, d'un rythme inférieur à 700.000 hl par an, plutôt de l'ordre de 200.000 hl par an. Il a expliqué que le principal facteur de dégradation du bilan communautaire est l'évolution du solde import-export avec les pays tiers: nous continuons à exporter plus que nous importons, mais, en volume (pas en valeur), le niveau des importations est en train de rattraper celui de nos exportations, a-t-il précisé. Ces dernières années, nous perdons à peu près 400.000 hl par an de solde import-export avec les pays tiers, et notre problème n'est pas la chute de la consommation interne, mais le manque de compétitivité, « car nous ne fabriquons pas ce que le consommateur attend », surtout pour les vins de moyenne qualité, a-t-il ajouté. « Comment vérifier que les hectares qui partiront seront bien les seuls hectares inadaptés au marché ? », a conclu M. Agrain.

La ministre de l'Agriculture de la région espagnole de Castilla-La Mancha, Mercedes Gomez Rodriguez, s'est opposée elle aussi à la philosophie des options de réformes proposées. Selon elle, les propositions de la Commission risquent d'entraîner des délocalisations d'entreprises. « Nous souhaitons poursuivre le soutien accordé aux entreprises qui produisent des moûts et de l'alcool vinique - deux produits qui ne sont pas excédentaires sur le marché - bénéficier de ressources suffisantes pour des actions de promotion des vins de qualité, moderniser nos pratiques œnologiques et préciser les informations à disposition des consommateurs », a expliqué la ministre. « Voilà pourquoi nous allons proposer d'autres solutions », a-t-elle lancé, tout en admettant qu'une réforme radicale est nécessaire. Francisco Javier Ero, le ministre régional de la Rioja (Espagne), a estimé que la réforme ne doit pas se résumer à l'arrachage des vignes. Il faut « renforcer la compétitivité, accroître les ventes en gagnant de nouveaux marchés », et notre vision de la réforme va dans le sens de la promotion et de la qualité, a conclu le ministre.

João Vieira, de la Confédération nationale de l'agriculture portugaise (CNA), a jugé la proposition de la Commission inacceptable. José Ramón Fernàndez Barrero, secrétaire général du Comité européen des entreprises vins (CEEV), a estimé que le défi à relever est de « renforcer la compétitivité du secteur dans un marché ouvert et mondial ». Il n'y a plus de bulle européenne protectionniste, nous ne pouvons plus nous replier sur nous-mêmes, a-t-il dit, en notant qu'il n'y a pas de compétitivité « si nous n'avons pas les faveurs du consommateur ». Le CEEV partage les objectifs de la réforme tels qu'ils figurent dans la communication de la Commission, a expliqué M. Barrero, mais « la Commission se trompe » en pensant que l'arrachage est une mesure fondamentale. Il faudrait, selon le CEEV: - maintenir l'objectif de compétitivité dans tous les secteurs du marché ; - améliorer la qualité des produits dans les gammes où il existe une âpre concurrence avec les pays tiers ; - assouplir les règles de présentation de produits européens aux consommateurs. Rudolf Nickening, du Deutscher Weinbauverband (vignerons d'Allemagne) partage l'analyse de la Commission: « il faut reconquérir des parts de marché et en conquérir de nouvelles ». Mais il s'est prononcé lui aussi contre l'arrachage de vignes qui, dit-il, se traduira par une augmentation des importations.

Du côté des parlementaires européens, María del Pilar Ayuso Gonzalez (PPE-DE, espagnole) estime que si on arrache des vignes, on va finalement laisser le champ libre aux concurrents des vins des pays tiers. « Il faut, pour renforcer notre compétitivité, rechercher d'autres marchés », a-t-elle plaidé. L'arrachage coûte cher et on sera obligé de transformer du moût en provenance de pays tiers sur ces terrains laissés en jachère, a expliqué la parlementaire, qui s'est opposée aussi à l'utilisation des programmes de développement rural pour aider les producteurs de vins. Rosa Miguélez Ramos (PSE, espagnole) a critiqué elle aussi les mesures d'arrachage préconisées et a reconnu les lacunes de l'OCM actuelle en ce qui concerne les mesures de marché. María Isabel Salinas Garcia (PSE, espagnole) a estimé qu'il ne serait pas logique de consacrer un tiers du budget à l'arrachage, et qu'il faut plutôt miser sur la qualité et la promotion de nos vins. Astrid Lulling (PPE-DE, luxembourgeoise) est « bouche-bée » devant les contradictions dans la proposition de la Commission. Selon elle, le fait d'autoriser la fabrication de vin avec des moûts concentrés importés ou encore le mélange de vins communautaires avec des vins importés risque d'aggraver les excédents dans l'UE. Elle s'est opposée à la politique d'arrachage subventionnée: « veut-on arriver à une situation en Europe où il est plus rémunérateur d'arracher que de produire ? », s'est-elle écriée. Elisabeth Jeggle (PPE-DE, allemande) a plaidé pour une politique volontariste et ambitieuse passant par une révision de l'OCM vin. Dans le même groupe, sa compatriote Christa Klass a demandé d'explorer la piste des budgets régionaux (à l'intérieur de l'enveloppe nationale) pour soutenir les producteurs de vins. Vincenzo Lavarra (PSE, italien) a souligné la nécessité de valoriser le patrimoine de la viticulture européenne (aussi bien les vins de qualité que ceux de table). Selon lui, il faut fixer des limites précises sur les pratiques œnologiques. « L'importation de moûts de pays tiers contribue à affaiblir les activités de nos producteurs », a estimé M. Lavarra, qui a jugé beaucoup trop draconienne la proposition de la Commission sur l'arrachage de vignes.

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